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1er mai : la face cachée du Pacte pour l’emploi

lundi 5 mai 2008, par Amir Khadir, françoise david

tiré du site de Québec Solidaire

par Amir khadir et Françoise David

Le 1er mai nous rappelle chaque année la dure réalité du combat des travailleuses et des travailleurs pour des salaires décents et des conditions de travail acceptables. Il est donc utile de revenir sur le Pacte pour l’emploi dévoilé récemment par le gouvernement Charest.

Une fois n’est pas coutume, cette annonce a été saluée à la fois par le monde patronal et syndical. Ce Pacte, séduisant à première vue, propose toute une panoplie de mesures volontaires qui, à terme, devraient permettre à 50 000 personnes assistées sociales de sortir de la pauvreté par une réintégration bien soutenue au marché du travail. Le Pacte prévoit aussi des mesures favorisant la formation de la main-d’oeuvre ayant déjà un emploi.

Mais au-delà des apparences, le Pacte pour l’emploi cache des contradictions inquiétantes.

Le marché du travail actuel se caractérise par la présence de deux catégories d’emplois :

des emplois rémunérés correctement, à durée indéterminée, spécialisés, où la main-d’oeuvre est scolarisée et bien formée ;
des emplois précaires, mal payés, où la main d’oeuvre est souvent sous-scolarisée et peu formée.
Nulle part, le Pacte pour l’emploi ne s’interroge sur la qualité des emplois auxquels accéderont les personnes chômeuses et assistées sociales. La prime au travail offerte par l’État viendra compléter un salaire que l’on prévoit déjà insuffisant ! Cette prime cessera au bout d’un an, plaçant les personnes concernées devant un manque à gagner consternant.

Plutôt que de subventionner les entreprises qui paient un salaire insuffisant, Québec solidaire propose une hausse du salaire minimum à 10,43 $ l’heure, permettant ainsi à l’ensemble des travailleuses et travailleurs d’atteindre au moins le seuil de faible revenu.

Et les femmes ?

Nous nous interrogeons tout particulièrement sur les emplois qui seront offerts aux femmes. Celles-ci occupent une large part des emplois sous-payés, précaires et sans perspectives d’avenir. 18 % des femmes travaillent à moins de 10 $ l’heure et seulement 20 % d’entre elles sont syndiquées dans le secteur privé (contre 35 % des hommes).

Les travailleuses immigrantes, souvent très scolarisées, travaillent dans des emplois non qualifiés et mal payés. Le Pacte pour l’emploi offrira-t-il des mesures adaptées aux situations particulières des femmes ? Leur permettra-t-il d’accéder à des emplois traditionnellement masculins ? Les stages dans des entreprises d’insertion pourront-ils durer plus que les six mois réglementaires, pour soutenir durablement des femmes et des hommes éloignés du marché du travail ? Nulle réponse à ces questions dans le Pacte pour l’emploi.

Quelles garanties d’emploi ?

Les employeurs qui acceptent d’embaucher une personne éloignée du marché du travail se verront verser une subvention salariale et le remboursement d’une partie des frais d’accompagnement engagés par l’entreprise. Fort bien.

Nous savons cependant que des entreprises bénéficiant déjà d’une subvention salariale embauchent des personnes assistées sociales et chômeuses pour quelques mois et les congédient une fois la période de subvention écoulée. Les travailleurs n’ont pas de droit de recours. On s’étonne ensuite du syndrome des portes tournantes : travail-chômage-aide sociale. La moindre des choses serait d’obliger les entreprises bénéficiant de subventions salariales à conserver à leur emploi les travailleuses et travailleurs qui remplissent les exigences de l’emploi. Et l’entreprise doit avoir le fardeau de démontrer, le cas échéant, qu’une personne ne remplit pas ces exigences.

Le Pacte pour l’emploi vise particulièrement les personnes éloignées du marché du travail. Parmi elles, de nombreuses personnes immigrantes. On préconise l’élargissement du programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi. Des regroupements de personnes immigrantes ont salué cet accroissement de l’accessibilité à une mesure qui a fait ses preuves mais qui reste marginale au regard de l’ampleur des besoins.

Par la même occasion, ils déplorent le peu d’attention portée aux véritables barrières empêchant des milliers d’immigrants d’accéder à des emplois qualifiants et bien rémunérés : la non-reconnaissance des diplômes acquis à l’étranger, le manque de cours de français et de formations d’appoint adaptées aux besoins des immigrants, le refus des employeurs de donner une première chance aux nouveaux arrivants et, rappelons-le, une discrimination évidente à l’embauche dans le cas d’immigrants hautement qualifiés et parlant français. Ce dernier problème touche particulièrement les communautés arabo-musulmanes.

Le Pacte pour l’emploi ne résout aucune de ces situations problématiques. Il faudra, pour y arriver, une approche concertée de plusieurs ministères et un véritable plan d’action ferme et vigoureux.

Outil de lutte contre la pauvreté ?

Le Pacte pour l’emploi envoie le message suivant : la lutte contre la pauvreté passe par l’obtention d’un emploi. Oui, à condition d’offrir des emplois durables, rémunérés décemment et dans des conditions acceptables, loin de la précarité.

Sachant cependant que seulement le tiers des personnes assistées sociales dites « aptes au travail » auront droit à des mesures d’aide et d’accompagnement, que propose-t-on aux autres ? Le maintien d’une demi-indexation au coût de la vie de leurs prestations déjà très maigres (551 $ par mois). Le refus maintes fois répété de bonifier les prestations de base. L’augmentation dérisoire du nombre de logements sociaux, condamnant ainsi des milliers de personnes à payer plus de 50 % de leurs faibles revenus en loyer.

Cette logique gouvernementale conduit tout droit au mépris de la dignité humaine. Ce que propose Québec solidaire ? Soutenir le retour à un travail décent et valorisant chaque fois que c’est possible et donner à toute personne dans le besoin les moyens d’échapper à la misère par des prestations décentes et l’accès à un logement à prix abordable. La justice sociale est à ce prix et, pour l’heure, seul Québec solidaire est prêt à le payer.

Amir Khadir et Françoise David

porte parole de Québec solidaire