La Gauche

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Afghanistan : Chaos à Kaboul

par Llewellyn H. Rockwell, Jr.

mercredi 7 juin 2006

Tandis que les regards ne se tournaient vers les enquêtes sur le meurtre de civils à Haditha, Irak, par des soldats US, ou le meurtre de civils à Ishaqui, Irak, par des soldats US, et aussi un nouveau scandale qui a surgi après le meurtre par des soldats de deux femmes, dont une était enceinte, à Mossoul, Irak, d’autres nouvelles nous parviennent d’un autre poste avancé de l’Empire US.
La semaine dernière, Kaboul, Afghanistan, était à feu par des protestations massives. Aujourd’hui, le couvre-feu et la loi martiale ont été imposés, mais parviennent à peine à garder le couvercle fermé sur une situation qui ne pourra pas durer éternellement. Les 23.000 troupes étrangères sont débordés.

Les émeutes à Kaboul sont un signal sinistre pour l’Empire US. Observez les vidéos à la télé. Ces gens sont plus téméraires que jamais. Ce ne sont pas des guérillas privés. Ce ne sont pas des militaires. Ce sont des citoyens ordinaires qui se lèvent contre l’empire avec tous les moyens à leur disposition pour chasser l’envahisseur. Ils lancent des pierres, des bâtons, et sont heureux de tuer tous ceux qui sont soupçonnés un tant soi peu de collaborer avec l’ennemi, y compris les travailleurs humanitaires et les commerçants. Ils marchent en plein jour, presqu’à la recherche d’un acte martyr. Ils défient la police, l’armée, les fusils, les blindés. Ils ont une exigence précise : les Etats-Unis doivent quitter leur pays immédiatement.
Les émeutes se sont déclenchées après un acte abominable décrit pas les média US comme un "accident de la route". Un tank a dévalé une colline à Kaboul et a écrasé une large file de voitures. On peut imaginer ce que diraient les média si un énorme 4X4 avait dévalé une rue de Manhattan : ils parleraient des morts. Mais dans ce cas, les média nous ont simplement rassuré qu’un explication simple pouvait être trouvée.
Plus de cent personnes furent blessées. Autour d’une dizaine furent tuées (il y a encore débat sur le nombre précis). Les soldats US ont simplement invoqué une défaillance mécanique. Nous sommes si désolés de vous avoir contrariés ! Mais les travailleurs humanitaires sur place ont dit que le convoi militaire roulait vite et dangereusement, heurtant les voitures garées au bord de la route avant même le grand choc.
Pendant les émeutes, une vingtaine de personnes ont été touchées par balles. Des vidéos montrent des soldats tirant à la mitraillette au-dessus de la foule. Les soldats US affirment qu’ils étaient en état de légitime défense. Mais l’argument tombé lorsque l’on découvrit que trois des victimes étaient des civils qui vaquaient à leurs occupations. C’est alors que le chef de la police à Kaboul, un type que les Etats-Unis sont censés contrôler de A jusqu’à Z, s’est présenté pour dire que les soldats US ont tiré dans la foule comme un simple mesure de contrôle.
Il ne s’agit là que du dernier carnage en date. Depuis le 17 mai 2006, 372 Afghans ont été tués par ce que l’on appelle les forces de coalition dirigées par les Etats-Unis, ce qui en fait signifie par les Etats-Unis.
Pendant ce temps, les insurgés ont tué une vingtaine de policiers Afghans au service de l’Etat contrôlé par les Etats-Unis. Les insurgés tirent des roquettes contre des voitures et tuent des politiciens. La sécurité ne règne nulle part dans pays pour tous ceux qui sont soupçonnés de collaborer avec les occupants. Les attentats suicides sont en augmentation.
La situation n’est pas stable. Il est impossible que les Etats-Unis puissent contrôler ce pays. Pendant des années, on a dit que les Etats-Unis ne voulaient pas et n’allaient pas affronter la même situation que l’Union Soviétique dans les années 80. Mais il devient de plus en plus difficile de voir la différence, sauf que les Etats-Unis pourraient bien se montrer encore plus stupides et rester là-bas encore plus longtemps.
Savez-vous ce que les gouvernements détestent le plus ? La résistance. Ceci est vrai, en tous temps et en tous lieux. Ils tentent de l’écraser quel qu’en soit le prix, comme si la vie de l’état en dépendait, ce qui est le cas. Cela dit, la résistance peut dans certains cas se révéler plus fort que l’état qui, après tout, ne constitue qu’une minorité de la population, mais qui a un gros avantage : elle est mieux armée.
En dehors de ça, il n’y a pas de bonne raison pour obéir à un gouvernement lorsque celui-ci aggrave la situation. En fait, n’importe quel gouvernement qui provoque une résistance massive devrait être renversé, ne serait-ce que pour une simple question de justice, puisque la seule alternative serait de transformer le pays en un vaste camp de détention.
Nous sommes censés être opposés à l’idée de transformer un pays en une gigantesque prison. Mais c’est précisément ce qui est en train d’arriver en Afghanistan.
Etant donné l’histoire récente de ce pays, cela mérite d’être souligné. Les Etats-Unis ont renversé le régime Taliban parce que celui-ci affichait des sympathies pour Oussama Ben Laden, bien qu’il n’y ait aucune preuve que les Talibans aient été impliqués dans les attentats du 11 septembre et aucune preuve non plus que Oussama ait réellement organisé ces attentats (tout ce que nous savons, c’est qu’il voulait que le monde musulman croit qu’il les avaient organisés).
Alors les Etats-Unis sont intervenus, les Talibans se sont enfuis, et les Etats-Unis ont crié victoire. Depuis, tout le pays est désormais sous l’emprise de chefs tribaux, la production de drogue a explosé (ben quoi, faut bien gagner sa vie !), les Taliban sont de retour, et les Etats-Unis sont détestés partout dans le monde.
Ne me parlez pas de bonnes intentions qui ont dérapé. Oserons-nous rappeler le fait que les Etats-Unis ont soutenu les Talibans dans les années 80 lorsque ceux-ci s’opposaient à l’occupation soviétique ? C’est exact, à l’époque nous les appelions des combattants de la liberté.
Quant est-ce que les Etats-Unis partiront ? Pas bientôt. En fait, je pense que les Etats-Unis seront encore moins enclins à admettre leur défaite que les Soviétiques ou les Britanniques ne l’ont été et qui ont subit le même sort dans ce pays sauvage, lointain et ensanglanté.
Une fois de plus, la démonstration est faite que la guerre ne résout rien.
Llewellyn H. Rockwell, Jr.


Llewellyn H. Rockwell, Jr. is president of the Ludwig von Mises Institute in Auburn, Alabama, editor of LewRockwell.com and author of Speaking of Liberty
- lewrockwell.com.
4 juin 2006
Traduction : Cuba Solidarity Project
Lewrockwell.com, 2 juin 2006.