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Brésil

Alternative en création

dimanche 6 novembre 2005

Au Brésil, les élections de la direction et du président du Parti des travailleurs (PT) - le parti du président Lula - n’ont pas contenu la crise que connaît actuellement le pays.

Certes, l’équipe « luliste » reste majoritaire, obtenant près de 60 % des sièges à la direction nationale du Parti des travailleurs (PT). Elle remporte aussi la présidence du parti, mais de justesse. Le candidat du camp majoritaire, Ricardo Berzoini, n’a pu emporter l’élection dès le premier tour. Si plus de 300 000 adhérents du PT y ont pris part, ils ne furent plus que 230 000 au second tour. Et comme on pouvait s’y attendre, dans un parti repris en main par son appareil bureaucratique, c’est Ricardo Berzoini qui a gagné.

Au second tour, plus de 48 % de ceux qui ont voté se sont rassemblés sur la candidature de Raul Pont, fondateur du PT et de Démocratie socialiste1 (DS), ancien maire de Porto Alegre, marquant ainsi la volonté de dizaines de milliers d’adhérents de s’opposer au cours actuel de la direction. Raul Pont a obtenu le soutien de l’ensemble des autres minorités du parti, menant une campagne en faveur de la rénovation du PT et de la réorientation de la politique gouvernementale, tout en affirmant son soutien à Lula et à son gouvernement. Au-delà des positions politiques de Raul Pont, des dizaines de milliers de militants se sont emparés de sa candidature pour s’opposer au cours de la direction de Lula. L’histoire politique de Raul Pont et sa droiture ont permis à ces milliers de militants, en votant pour lui, de manifester leur mécontentement.

Mais le prix à payer pour rester au PT dans ces conditions est lourd : soutenir le gouvernement, appartenir au même parti que des dirigeants accusés de corruption, et être solidaire d’une des politiques néolibérales les plus dures d’Amérique latine. Et cela ne peut que coûter cher lors des prochaines échéances politiques et sociales. Si l’opposition « gouverniste » suit sa logique actuelle, elle appellera, à la prochaine élection présidentielle, à voter pour Lula ou un homme de son équipe. Comment se revendiquer de positions anticapitalistes et soutenir Lula, alors qu’il y aura une candidate du Parti du socialisme et de la liberté (Psol), Heloisa Helena, qui défendra une série de positions radicales contre le capitalisme libéral ? Comment appuyer Lula contre Heloisa pour des centaines de militants de DS ? Il y a là un choix crucial pour les mois à venir.

Le Psol constitue aujourd’hui un début d’alternative à gauche de la direction du PT. Il a réuni 450 000 signatures pour être reconnu légalement et pouvoir se présenter aux élections en 2006. Le Psol a mené une campagne de masse, tout en s’engageant dans tous les débats et en critiquant sans cesse l’orientation du gouvernement, dont le bilan, du point de vue des travailleurs, s’alourdissait. L’accélération de la crise du PT, ces dernières semaines, a provoqué un mouvement de la gauche du PT vers le Psol.

Le Psol dispose aujourd’hui d’un groupe parlementaire fédéral de sept députés, de deux sénateurs, dont Heloisa Helena, de dizaines de députés d’États et de conseillers municipaux. Des dirigeants historiques de la gauche chrétienne du PT, comme Plinio de Arruda Sampaio, et de la CUT, comme Jorginho, renforcent ce mouvement. Les sondages créditent d’un score significatif la candidature d’Heloisa Helena à la présidence de la République, en 2006. Ainsi, le Psol apparaît-il comme un outil politique capable de préserver les meilleurs acquis du PT et une partie non négligeable de ses militants.

La crise du PT va se poursuivre. Des milliers de militants n’accepteront pas la ligne de leur parti, mais s’ils y restent, ils devront soutenir une nouvelle candidature de Lula. L’un des principaux enjeux, pour le Psol, est de dialoguer avec ces militants, de stimuler l’unité d’action contre la politique du gouvernement, et de les gagner au projet enthousiasmant de la candidature d’Heloisa Helena.

François Sabado

1. Fraction du PT liée à la IVe Internationale

(tiré de Rouge, journal de la LCR)