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Au quotidien d’un député du peuple : Si peu de temps pour se faire entendre !

mardi 31 mars 2009, par Pierre Mouterde


Tiré du site Presse-toi à Gauche
mardi 24 mars 2009, par Pierre Mouterde


Pas si simple d`être l’unique député d’un parti de gauche au Parlement du Québec. Comme s’il fallait tout à la fois être au four et au moulin alors que dans le même temps on vous a systématiquement relégué à n’être que la dernière roue de la charrette.

On l’oublie trop souvent : les règles du parlementarisme britannique sont celles qui président à la vie quotidienne de l’Assemblée nationale du Québec, avec bien sûr leurs inévitables contraintes héritées d’une tradition marquée au coin par le colonialisme et l’élitisme.

Car le manque de souveraineté ce n’est pas seulement, ne pas avoir « de constitution à soi », c’est aussi rester soumis à la tutelle « d’une constitution de facto » qui atrophie la vie démocratique elle-même, empêchant l’expression riche et plurielle, renouvelée de tout un peuple.

Au joug du scrutin uninominal à un tour et en l’absence de tout scrutin proportionnel, ce qui l’emporte définitivement dans la vie parlementaire, c’est le jeu de l’alternance formelle entre le parti au pouvoir et l’opposition officielle.

Pauvreté des débats

Résultats : les débats à la chambre ont non seulement tendance à se focaliser uniquement sur les ténors des deux premiers partis, mais aussi à s’organiser autour de la seule perspective de s’emparer de la gestion du pouvoir gouvernemental ou de chercher à la monopoliser le plus longtemps possible. Envers et contre tout ! D’où plus souvent qu’autrement la pauvreté des débats, le manque intrinsèque de contenu –et cela est particulièrement marquant quand on se trouve en des périodes de crise comme la nôtre— où le bon mot, la formule frappante (pensez à l’image des trois singes utilisée par Pauline Marois !) et plus encore l’attaque personnalisée ou à courte vue l’emportent sur des analyses de fond qui nous permettraient d’y voir clair, d’avancer dans telle ou telle direction en toute connaissance de cause.

Comment tirer son épingle du jeu ?

Comment un député comme Amir Khadir, peut-il dans un tel contexte, tirer son épingle du jeu ? N’étant que l’unique représentant du quatrième parti représenté à l’Assemblée, son temps lui est strictement compté. Ainsi, alors qu’à la séance d’ouverture de l’Assemblée, le Premier ministre pouvait intervenir pendant près de deux heures et qu’il était prévu pour l’ensemble de ce débat 25 heures, il n’en était réservé que.. 20 minutes à au co-porte parole de Québec solidaire. Même chose quand il s’agit de la période de questions : Ce dernier n’a le droit de poser une question qu’une fois toutes les 7 séances, soit à peu près une fois tous les 15 jours…

Comment dès lors profiter au maximum des quelques minutes qui lui sont allouées, pour qu’elles portent, fassent écho, aident au développement de Québec solidaire ? D’autant plus si les grands médias se contentent –sans aucun sens critique, ni mise en perspective digne de ce nom—de reprendre les arguments les plus « médiatisables », c’est-à-dire les plus sensationnalistes et donc les plus pauvres.

Avancer à tâtons

On comprendra donc pourquoi en ces premières semaines, Amir Khadir a avancé à tâtons, prenant le temps de chercher les marques qui seront les siennes, le style qui le caractérisera : entre l’assurance ou l’audace (que lui donne son bagage de médecin de gauche) et le nécessaire apprentissage des arcanes de la vie parlementaire, ce qui l’anime, c’est l’idée comme il le dit lui-même « de ne pas répéter ce que font les autres partis ». Ne pas tomber dans la critique facile et sans conséquence. Ne pas non plus se faire prendre par « la logique de l’alternance » qui soit marginalise ceux et celles qui se refusent au discours consensuel de la « rectitude politique », soit les pousse coûte que coûte à s’y incorporer.

Bien sûr, il y a l’agenda même de l’Assemblée riche en rebondissements : le gigantesque trou de la Caisse des dépôts et placements et la nécessaire enquête publique pour faire la lumière à son sujet, les critiques de fond à mener quant à la gestion néo-libérale du Parti libéral ou concernant le choix du nouveau président de la Caisse. Et à chaque fois, il lui faut improviser au coup par coup, certes avec l’appui d’un parti déjà bien structuré, mais avec peu de moyens matériels (recherchistes, études, expertises), bien loin en tous cas de ceux dont disposent le Parti libéral et le Parti québécois…

Un équilibre difficile à trouver

C’est ce qui explique les caractéristiques mêmes des premiers discours prononcés par le député « souverainiste de gauche » de Québec solidaire : aller à l’essentiel en insistant sur son rôle de représentant du peuple et des aspirations de ceux et celles qui ne sont pas pris en compte par les grands partis. Loin de la langue de bois et des hypocrisies de la politique institutionnelle, mais loin aussi de imprécations populistes qui ont été si souvent par le passé le fond de commerce de l’ADQ. Un équilibre difficile à trouver… À preuve certaines de ses interventions ou formules qui —soit parce qu’elles laissaient supposer dans un premier temps « qu’on était responsable de la crise », soit faisant l’éloge de Mario Dumont (avant d’indiquer que tout nous en séparait)— ont pu en faire sourciller plus d’un.

En fait, il faut plutôt les interpréter comme l’expression de ce souci de se distancier coûte que coûte du discours sectaire et partisan si en vogue à l’Assemblée ; il faut les voir comme la volonté de montrer qu’on peut faire de la politique autrement. Avec tous les risques et les apprentissages nécessaires en la matière !