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Barak H. Obama… dans les bottes de George W. Bush ?

mardi 6 avril 2010, par GILARDI Paolo


Paru en Suisse dans l’Anticapitaliste n° 19 du 18 février 2010.


Barak Obama aurait-il enfilé les bottes de son prédécesseur à la Maison Blanche ? L’invasion militaire d’Haïti, la rhétorique martiale déployée à l’égard de l’Iran, le renforcement de la présence en Afghanistan ou les menaces à peine voilées contre Yémen et Somalie pourraient le laisser penser. Tout comme le laisserait imaginer le fait qu’il ait repris à son compte la plupart des poncifs de l’ère Bush, à commencer par celui des armes de destruction de masse. C’est pourtant d’un projet différent qu’il est porteur, et fort dangereux…

Début décembre, un dessin de presse avait fait le tour des Etats-Unis. On y voyait, béats, les Bush père et fils, faire part de « la naissance de leur fils B.H. Obama ». Au lendemain de la décision du prix Nobel de la paix d’envoyer 30’000 GI’s de plus en Afghanistan, la vignette avait une certaine saveur, d’autant que, en moins d’une année, Obama a dépêché en Asie centrale plus de soldats que son prédécesseur en huit ans.

La guerre à l’Iran ?

L’escalade verbale autour du danger représenté par le programme nucléaire iranien fait penser par certains aspects aux introuvables armes de destruction de masse invoquées pour envahir l’Irak. L’analogie est renforcée par les révélations de la grande presse étasunienne qui fait état de rapports des services secrets selon lesquels « les progrès du programme nucléaire iranien [sont] bien plus lents que ce que les USA ont pensé jusqu’ici ».

Faut-il dès lors s’attendre à une invasion comme en Irak en 2003 ? Rien n’est impossible, mais elle est fort peu probable.

Plusieurs facteurs l’expliquent, à commencer par le fait que le réservoir d’hommes de l’US Army n’est pas infini. Or, pour envahir l’Iran, pays vingt cinq fois plus étendu et, par endroits, bien plus densément peuplé que l’Irak, il faudrait des centaines de milliers de soldats. De plus, rien ne serait plus périlleux qu’une aventure en Iran alors que la « pacification » de l’Irak bat de l’aile et que l’Afghanistan devient un véritable bourbier.

L’ouverture d’un troisième front se heurterait aussi à une très forte opposition de l’opinion publique, d’autant que le chômage aux Etats-Unis atteint des records et qu’Obama vient de demander une rallonge de 33 milliards de US$ aux 708 prévus au budget pour la guerre.

Par contre, c’est dans l’indifférence quasi-générale que, en vertu du danger iranien, l’administration Obama accélère l’installation de batteries et de systèmes antimissiles dans quatre pays du Moyen Orient dont l’identité n’aurait pas dû être révélée et qui sont le Quatar, Bahreïn, le Koweït et les Emirats arabes unis. De plus, ce redéploiement de la puissance étasunienne est soutenu par la présence de croiseurs battant pavillon étoilé qui patrouillent dans le Golfe persique, vingt quatre heures sur vingt quatre.

La toile …d’araignée

Un discours analogue vaut pour Yémen et Somalie. Après l’échec de l’attentat de Noël et les aveux du yéménite porteur d’explosifs sur son entraînement par al-Quaida –en arabe, « la toile »- en Somalie, c’est contre ces deux pays qu’Obama a fait la grosse voix. Il y a aussi dépêché le général Petraeus pour évaluer la situation, quitte, le lendemain, à adoucir son discours devant les assurances du gouvernement yéménite de traquer les terroristes et d’accepter pour cela l’aide de « spécialistes étasuniens ».

L’histoire abonde d’exemples : l’envoi de spécialistes, de conseillers militaires, a toujours été le prélude à une installation durable des bases US qui sont aujourd’hui un millier dans plus de cent pays.

C’est ce processus qui est en cours, pas l’ouverture d’un nouveau front. Alors que la junte pétrolière qu’était l’administration Bush faisait la guerre pour le pétrole, Barak Obama avance ses pions. Et alors que Bush se mettait au service d’intérêts particuliers, ceux des compagnies pétrolières avant tout, Obama, c’est l’intérêt général… de l’impérialisme US qu’il sert.

Alors que les enjeux économiques et commerciaux se situent de plus en plus à l’Est, c’est en la poussant toujours plus vers l’Est que l’administration Obama tisse la toile d’araignée militaire qu’elle étend tout autour de la planète.

Un autre projet impérial

Contrairement à Bush, Obama fait du multilatéralisme. Il snobe les européens, mais il les enjoint d’intensifier leur effort dans la région. Parce que, dans le nouveau scénario étasunien, ils jouent aussi un rôle, en tant que membres de l’OTAN à laquelle on a assigné de nouvelles missions. Elles ne sont plus celles de la guerre froide, mais celles fixées sous la présidence du démocrate Clinton en 1999 : elles prévoient la projection de l’Alliance atlantique en Asie centrale -et plus loin encore- dans un rôle de « stabilisation stratégique ».

Ce n’est pas d’une éventuelle filiation Bush-Obama qu’il faut s’inquiéter. Obama n’est pas Bush Number 3. De Kaboul à Port au Prince, il porte un projet impérial autre que celui qui a fait faillite en Irak. Mais qui reste un projet impérial, malgré le sourire présidentiel.

Paolo Gilardi


GILARDI Paolo
* Paru en Suisse dans l’Anticapitaliste n° 19 du 18 février 2010.