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Changement climatique : Contribution au débat

mardi 3 novembre 2009, par Michael Löwy

Ce texte s’inscrit dans le cadre de la préparation du congrès mondial du réseau qu’est la quatrième internationale. pour accéder à l’ensemble des textes actuellement disponibles :

http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563


Tiré du site d’Inprecor

N° 553-554, 2009-09-10


Le rapport sur le changement climatique de Daniel Tanuro (1) est un des documents les plus importants produits par notre courant ces dernières années. C’est une contribution précieuse pour armer les marxistes révolutionnaires et les rendre capables d’affronter les défis du XXIe siècle.

Les notes qui suivent se divisent en deux parties :

1) quelques critiques ou réserves de détail, conçues comme une sorte d’amendement au document ;

2) quelques remarques sur l’écosocialisme, à partir de questions suggérées mais pas développées dans le rapport (qui ne pouvait, évidemment, tout aborder sans devenir trop long). Il s’agit donc, simplement, d’une contribution au débat.

I. Commentaires critiques

1. Il me semble que la formule « 2100 » ou « fin du siècle » (2) doit être remplacée par « les prochaines décennies ». Les dernières prévisions des scientifiques — pas encore intégrées par le GIEC qui, comme le signale le rapport, arrive toujours en retard — prévoient des grands désastres pour les prochaines décennies si l’on continue avec « business as usual ». Cela a des conséquences politiques évidentes : qui va s’inquiéter avec ce qui arrivera en 2100 ? Certes, certains philosophes — comme Hans Jonas — ont soulevé la question de « nos devoirs envers les générations non encore nées », mais cela n’intéresse pas grand monde. La question est tout autre quand il s’agit de notre propre génération…

Cela s’applique aussi à la formule « abandon quasi total de l’usage des combustibles fossiles, à réaliser en moins d’un siècle » : à remplacer par « les prochaines décennies ».

2. La séquestration du carbone : le rapport mentionne le caractère limité des capacités de stockage, mais il semble l’envisager comme une « mesure de transition acceptable » (3). Je pense qu’il faut être plus réservé à ce sujet. Le procédé est loin d’être mis au point, il y a très peu d’exemples probants, on n’a pas encore de vraies garanties de sécurité (l’assurance que le CO2 ne va pas s’échapper à nouveau dans l’atmosphère). En outre, sous prétexte d’un futur « clean carbon », on continue a utiliser les centrales électriques au charbon et à en construire des nouvelles, ce qui est, selon James Hansen, la recette pour un désastre prochain. Je pense que nous devons adhérer à ce que propose Hansen : en attendant que la technique de séquestration soit vraiment établie — dans dix ans ? — il faut arrêter de construire des centrales au charbon et mettre progressivement hors d’usage les existantes.

3. Le mouvement contre le changement climatique doit exiger des gouvernements de respecter « les conclusions les plus prudentes du GIEC » (4). Cette formule est trop vague : que veut dire « prudence » ? Il vaut mieux parler du niveau supérieur des propositions du GIEC, c’est-à-dire 40 % d’ici 2020 et 85 % d’ici 2050. Il faut éviter la formule, qui apparaît parfois dans le rapport, « réduction de 25 % à 40 % » d’ici 2020 . Un appel des ONG écologiques (Greenpeace, etc.) à Sarkozy parle d’un minimum de 40 % d’ici 2020. On ne peut pas exiger moins ! Personnellement, je pense que 40 % c’est trop peu et qu’il faudrait suggérer fortement qu’il s’agit d’un minimum, en fait très insuffisant… La même chose vaut pour 2050 : il ne faut plus écrire « réduction de 50 % à 85% », mais tout de suite insister sur le niveau supérieur : 85 %.

4. L’erreur de Marx : selon le rapport, il « n’a pas saisi que le passage du bois à l’houille signifiait l’abandon d’une énergie de flux renouvelable au profit d’une énergie épuisable ». Tout d’abord, j’ai quelques réserves sur le terme « renouvelable » pour le bois utilisé comme source d’énergie : cela pourrait conduire rapidement à la destruction des dernières forêts ! Quant aux énergies fossiles : certes, elle sont « épuisables », mais cet argument me semble dépassé. Il y a encore du charbon pour 200 années et bien avant, le réchauffement global aura provoqué une catastrophe sans précédent. L’erreur de Marx et surtout d’Engels (cf. l’Anti-Dühring) a été de croire que la révolution doit simplement « supprimer les rapports de production qui sont devenus des obstacles (ou des chaînes) qui empêchent le libre développement des forces productives créées par le capitalisme », comme si ces dernières étaient neutres.

Il me semble qu’on pourrait s’inspirer des observations faites par Marx au sujet de la Commune de Paris : les travailleurs ne peuvent pas prendre possession de l’appareil capitaliste de l’État et le mettre à leur service. Ils sont contraints de « le briser » et de le remplacer par une forme de pouvoir politique radicalement différente, démocratique et non étatique. La même idée s’applique, mutatis mutandis, à l’appareil productif, lequel loin d’être « neutre » porte dans sa structure l’empreinte d’un développement qui favorise l’accumulation du capital et l’expansion illimitée du marché, conduisant ainsi à la catastrophe écologique.

5. Selon le rapport, on ne pourra réellement commencer les énormes changements nécessaires « qu’après la victoire de la révolution socialiste au niveau mondial ». Il me semble que, d’après la logique de la révolution permanente, il faut commencer les changements nécessaires à l’échelle d’un ou plusieurs pays, sachant qu’on ne pourra achever le processus qu’à l’échelle planétaire.

6. Le projet dit ceci sur le montée des océans : « l’immense majorité des centaines de millions d’êtres humains menacés par la montée du niveau des océans vivent en Chine (30 millions), en Inde (30 millions), au Bangladesh (15-20 millions)… » etc. Je ne mets pas en question ces chiffres, mais je me pose la question suivante : est-ce que le niveau de la mer ne va pas monter aussi dans les villes maritimes de l’Occident, c’est- à-dire à Amsterdam, à Venise, à Anvers, à Copenhague, à New York, etc. ? C’est une question qui a une portée politique : c’est bien de susciter la solidarité des habitants des pays du Nord avec la souffrance du Bangladesh, mais il faut leur montrer qu’ils sont menacés des mêmes dangers.

II. Sur l’écosocialisme : contribution au débat

Le projet écosocialiste implique la mise en place d’une planification démocratique de l’économie qui prenne en compte la préservation de l’environnement et, en particulier, empêche un dérèglement catastrophique du climat. C’est grâce à une telle planification qu’on pourra opérer une révolution du système énergétique conduisant au remplacement des ressources actuelles (surtout l’énergie fossile), responsables du changement climatique et de l’empoisonnement de l’environnement, par des ressources énergétiques renouvelables : l’eau, le vent et le soleil.

La condition nécessaire pour cette planification démocratique et écologique est le contrôle public des moyens de production : les décisions d’ordre public concernant l’investissement et le changement technologique doivent être enlevées aux banques et aux entreprises capitalistes, si l’on veut qu’elles servent le bien commun de la société et la préservation de l’environnement. L’ensemble de la société sera libre de choisir démocratiquement les lignes productives à privilégier — selon des critères sociaux et écologiques — et le niveau des ressources qui doivent être investies dans les énergies alternatives, dans l’éducation, la santé ou la culture. Les prix des biens eux-mêmes ne répondraient plus aux lois de l’offre et de la demande mais seraient déterminés autant que possible selon des critères sociaux, politiques et écologiques. Cette planification aura parmi ses objectifs la garantie du plein-emploi, grâce à la réduction de la journée de travail. Cette condition est indispensable non seulement pour répondre aux exigences de justice sociale, mais aussi pour s’assurer du soutien de la classe ouvrière, sans lequel le processus de transformation écologique structurelle des forces productives ne peut pas être effectué.

Loin d’être « despotique » en soi, la planification démocratique est l’exercice de la liberté de décision de l’ensemble de la société. Un exercice nécessaire pour se libérer des « lois économiques » et des « cages de fer » aliénantes et réifiées au sein des structures capitaliste et bureaucratique. La planification démocratique, associée à la réduction du temps de travail, serait un progrès considérable de l’humanité vers ce que Marx appelait « le royaume de la liberté » : l’augmentation du temps libre est en fait une condition pour la participation des travailleurs à la discussion démocratique et à la gestion de l’économie comme de la société.

Le genre de système de planification démocratique envisagée par les écosocialistes concerne les principaux choix économiques — notamment ceux qui ont trait aux dangers du réchauffement global — et non pas l’administration des restaurants locaux, des épiceries, des boulangeries, des petits magasins, des entreprises artisanales ou des services. De même, il est important de souligner que la planification n’est pas en contradiction avec l’autogestion des travailleurs dans leurs unités de production. Alors que la décision de transformer, par exemple, une usine de voitures en unité de production de moteurs pour éoliennes reviendrait à l’ensemble de la société, l’organisation et le fonctionnement internes de l’usine seraient gérés démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes.

On a débattu longuement sur le caractère « centralisé » ou « décentralisé » de la planification, mais l’important reste le contrôle démocratique du plan à tous les niveaux, local, régional, national, continental et, espérons-le, planétaire, puisque les thèmes de l’écologie tels que le réchauffement climatique sont mondiaux et ne peuvent être traités qu’à ce niveau. Cette proposition pourrait être appelée « planification démocratique globale ». Elle n’a rien à voir avec ce qu’on désigne généralement comme « planification centrale », car les décisions économiques et sociales ne sont pas prises par un « centre » quelconque mais déterminées démocratiquement par les populations concernées.

La planification écosocialiste doit être fondée sur un débat démocratique et pluraliste, à chaque niveau de décision. Organisés sous la forme de partis, de plates-formes ou de tout autre mouvement politique, les délégués des organismes de planification sont élus et les diverses propositions sont présentées à tous ceux qu’elles concernent. Autrement dit, la démocratie représentative doit être enrichie — et améliorée — par la démocratie directe qui permet aux gens de choisir directement — au niveau local, national et, en dernier lieu, international — entre différentes propositions. L’ensemble de la population s’interrogerait alors sur la gratuité du transport public, sur un impôt spécial payé par les propriétaires de voitures pour subventionner le transport public, sur le subventionnement de l’énergie solaire, sur la réduction du temps de travail à 30, 25 heures hebdomadaires ou moins, même si cela entraîne une réduction de la production. Le caractère démocratique de la planification ne la rend pas incompatible avec la participation des experts dont le rôle n’est pas de décider, mais de présenter leurs arguments — souvent différents, voire opposés — au cours du processus démocratique de prise des décisions.

Une question se pose : quelle garantie a-t-on que les gens feront les bons choix, ceux qui protègent l’environnement, même si le prix à payer est de changer une partie de leurs habitudes de consommation ? Une telle « garantie » n’existe pas, seulement la perspective raisonnable que la rationalité des décisions démocratiques triomphera une fois aboli le fétichisme des biens de consommation. Il est certain que le peuple fera des erreurs en faisant de mauvais choix, mais les experts ne font-ils pas eux-mêmes des erreurs ? Il est impossible de concevoir la construction d’une nouvelle société sans que la majorité du peuple ait atteint une grande prise de conscience socialiste et écologique grâce à ses luttes, à son auto-éducation et à son expérience sociale.

Certains écologistes estiment que la seule alternative au productivisme est d’arrêter la croissance dans son ensemble, ou de la remplacer par la croissance négative — appelée en France « décroissance ». Pour ce faire, il faudrait réduire drastiquement le niveau excessif de consommation de la population et renoncer aux maisons individuelles, au chauffage central et aux machines à laver, entre autres, pour baisser la consommation d’énergie de moitié.

Les « décroissants » ont le mérite d’avoir avancé une critique radicale du productivisme et du consumérisme. Mais le concept de « décroissance » relève d’une conception purement quantitative de la « croissance » et du développement des forces productives. Il faudrait plutôt réfléchir à une transformation qualitative du développement. Cela signifie deux démarches différentes mais complémentaires :

1. Non seulement la réduction mais la suppression de secteurs économiques entiers, de façon à mettre un terme au gaspillage monstrueux des ressources que provoque le capitalisme — un système fondé sur la production à grande échelle de produits inutiles et/ou nuisibles. L’industrie de l’armement est un bon exemple, de même que tous ces « produits » fabriqués dans le système capitaliste (avec leur obsolescence programmée) qui n’ont d’autre utilité que de créer des bénéfices pour les grandes entreprises. La question n’est pas la « consommation excessive » dans l’abstrait, mais plutôt le type de consommation dominant dont les caractéristiques principales sont : la propriété ostensible, le gaspillage massif, l’accumulation obsessive des biens et l’acquisition compulsive de pseudo nouveautés imposées par la « mode ». Une nouvelle société orienterait la production vers la satisfaction des besoins authentiques, à commencer par ceux qu’on pourrait qualifier de « bibliques » — l’eau, la nourriture, les vêtements et le logement — mais en incluant les services essentiels : la santé, l’éducation, la culture et le transport. On pourrait donc parler de « décroissance sélective ».

2. D’autre part, il faudrait assurer la « croissance sélective » de certaines branches productives ou services négligés par le capitalisme : l’énergie solaire, l’agriculture biologique (familiale ou coopérative), les transports publics, etc.

Il est évident que les pays où les besoins essentiels sont loin d’être satisfaits, c’est-à-dire les pays de l’hémisphère sud, devront « se développer » beaucoup plus — construire des chemins de fer, des hôpitaux, des égouts et autres infrastructures — que les pays industrialisés, mais cela devrait être compatible avec un système de production fondé sur les énergies renouvelables et donc non nuisible à l’environnement. Ces pays auront besoin de produire de grandes quantités de nourriture pour leurs populations déjà frappées par la famine. Mais, comme le soutiennent depuis des années les mouvements paysans organisés au niveau international par le réseau Via Campesina, il s’agit d’un objectif bien plus facile à atteindre par l’intermédiaire de l’agriculture biologique paysanne organisée par unités familiales, coopératives ou fermes collectives, que par les méthodes destructrices et antisociales de l’industrie de l’agrobusiness dont le principe est l’utilisation intensive de pesticides, de substances chimiques et d’OGM. L’odieux système actuel de la dette et de l’exploitation impérialiste des ressources du Sud par les pays capitalistes et industrialisés laisserait la place à un élan de soutien technique et économique du Nord vers le Sud.

Il n’y aurait nullement besoin — comme semblent le croire certains écologistes puritains et ascétiques — de réduire, en termes absolus, le niveau de vie des populations européenne ou nord-américaine. Il faudrait simplement que ces populations se débarrassent des produits inutiles, ceux qui ne satisfont aucun besoin réel et dont la consommation obsessive est soutenue par le système capitaliste. Tout en réduisant leur consommation, elles redéfiniraient la notion de niveau de vie pour faire place à un mode de vie qui serait en réalité beaucoup plus riche.

Comment distinguer les besoins authentiques des besoins artificiels, faux ou simulés ? L’industrie de la publicité — qui exerce son influence sur les besoins par la manipulation mentale — a pénétré dans toutes les sphères de la vie humaine des sociétés capitalistes modernes. Tout est façonné selon ses règles, non seulement la nourriture et les vêtements, mais aussi des domaines aussi divers que le sport, la culture, la religion et la politique. La publicité a envahi nos rues, nos boîtes aux lettres, nos écrans de télévision, nos journaux et nos paysages d’une manière insidieuse, permanente et agressive. Ce secteur contribue directement aux habitudes de consommation ostensible et compulsive. De plus, il entraîne un gaspillage phénoménal de pétrole, d’électricité, de temps de travail, de papier et de substances chimiques, parmi d’autres matières premières — le tout payé par les consommateurs. Il s’agit d’une branche de « production » qui n’est pas seulement inutile du point de vue humain, mais qui est aussi en contradiction avec les besoins sociaux réels. Alors que la publicité est une dimension indispensable dans une économie de marché capitaliste, elle n’aurait pas sa place dans une société en transition vers le socialisme. Elle serait remplacée par des informations sur les produits et services fournis par des associations de consommateurs. Le critère pour distinguer un besoin authentique d’un besoin artificiel serait sa permanence après la suppression de la publicité. Il est clair que pendant un certain temps les anciennes habitudes de consommation persisteront car personne n’a le droit de dire aux gens ce dont ils ont besoin. Le changement des modèles de consommation est un processus historique et un défi éducationnel.

Certains produits, tels que la voiture individuelle, soulèvent des problèmes plus complexes. Les voitures individuelles sont une nuisance publique. A l’échelle planétaire, elles tuent ou mutilent des centaines de milliers de personnes chaque année. Elles polluent l’air des grandes villes — avec des conséquences néfastes sur la santé des enfants et des personnes âgées — et elles contribuent considérablement au changement climatique. Par ailleurs, la voiture satisfait des besoins réels dans les conditions actuelles du capitalisme. Dans un processus de transition vers l’écosocialisme, le transport public serait largement répandu et gratuit — sur terre comme sous terre —, tandis que des voies seraient protégées pour les piétons et cyclistes. Par conséquent, la voiture individuelle jouerait un rôle beaucoup moins important que dans la société bourgeoise où elle est devenue un produit fétiche promu par une publicité insistante et agressive. Dans cette transition vers une nouvelle société, il sera beaucoup plus facile de réduire de manière draconienne le transport routier de marchandises — responsable d’accidents tragiques et du niveau de pollution trop élevé — pour le remplacer par le transport ferroviaire ou le ferroutage : seule la logique absurde de la « compétitivité » capitaliste explique le développement du transport par camion.

À ces propositions, les pessimistes répondront : oui, mais les individus sont motivés par des aspirations et des désirs infinis qui doivent être contrôlés, analysés, refoulés et même réprimés si nécessaire. La démocratie pourrait alors subir certaines restrictions. Or, l’écosocialisme est fondé sur une hypothèse raisonnable, déjà soutenue par Marx : la prédominance de « l’être » sur « l’avoir » dans une société sans classes sociales ni aliénation capitaliste, c’est-à-dire la primauté du temps libre sur le désir de posséder d’innombrables objets : la réalisation personnelle par le biais de véritables activités, culturelles, sportives, ludiques, scientifiques, érotiques, artistiques et politiques. Le fétichisme de la marchandise incite à l’achat compulsif à travers l’idéologie et la publicité propres au système capitaliste. Rien ne prouve que cela fait partie de « l’éternelle nature humaine ».

Cela ne signifie pas, surtout pendant la période de transition, que les conflits seront inexistants : entre les besoins de protection environnementale et les besoins sociaux, entre les obligations en matière d’écologie et la nécessité de développer les infrastructures de base, notamment dans les pays pauvres, entre des habitudes populaires de consommation et le manque de ressources. Une société sans classes sociales n’est pas une société sans contradictions ni conflits. Ces derniers sont inévitables : ce sera le rôle de la planification démocratique, dans une perspective écosocialiste libérée des contraintes du capital et du profit, de les résoudre grâce à des discussions ouvertes et pluralistes conduisant la société elle-même à prendre les décisions. Une telle démocratie, commune et participative, est le seul moyen, non pas d’éviter de faire des erreurs, mais de les corriger par la collectivité sociale elle-même. ■


► Michael Löwy, philosophe et sociologue d’origine brésilienne, est militant du Nouveau parti anticapitaliste de France et de la IVe Internationale. Co-auteur (avec Joel Kovel) du Manifeste écosocialiste international, il a été aussi un des organisateurs de la première Rencontre écosocialiste internationale, à Paris (2007). Auteur de très nombreux livres, il a publié récemment : Sociologies et religion — Approches dissidentes (avec Erwan Dianteill), PUF, Paris 2006 ; Messagers de la tempête — André Breton et la révolution de janvier 1946 en Haïti (avec Gerald Bloncourt), Le Temps des Cerises, Paris 2007 ; Che Guevara, une braise qui brûle encore (avec Olivier Besancenot), Mille et une nuits, Paris 2007 ; Sociologies et religion — Approches insolites (avec Erwan Dianteill), PUF, Paris 2009.


Notes

1. Inprecor n° 551/552 de juillet-août 2009.

2. Voici les paragraphes du texte : « Selon le GIEC, le maintien des tendances actuelles en matière d’émissions impliquerait, d’ici 2100, une hausse de la température moyenne de surface comprise entre +1,1 et +6,4°C par rapport à 1990. L’ampleur de la fourchette s’explique par la double incertitude qui découle des modèles climatiques, d’une part, et des scénarios de développement humain, d’autre part. » (op. cit. p. 26) « La stabilisation du climat à un niveau cohérent avec le principe de précaution requiert que les émissions globales commencent à diminuer au plus tard en 2015 pour être réduites de 50 % à 85 % d’ici 2050, et plus de maintenant à la fin du siècle. » (op. cit. p. 39)

3. « Vu l’urgence et pour des raisons sociales, la capture et séquestration du carbone pourrait être acceptable à titre transitoire, dans le cadre d’une stratégie de sortie rapide des combustibles fossiles : elle permettrait notamment de planifier la reconversion des mineurs. Mais ce n’est pas dans cette optique qu’elle est envisagée actuellement. Il s’agit au contraire d’une nouvelle tentative capitaliste de repousser les limites physiques sans se soucier des conséquences. Les gouvernements parlent de “charbon propre”, mais c’est un mythe si l’on prend en compte la pénibilité de l’extraction, la pollution par les poussières, les conséquences sur la santé, et l’impact écologique des houillères. » (op. cit. p. 33)

4. « Le but de ce mouvement n’est pas d’élaborer des plates-formes sophistiquées mais de contraindre les gouvernements à agir au minimum conformément aux conclusions les plus prudentes découlant des rapports d’évaluation du GIEC, dans le respect du principe des « responsabilités communes mais différenciées », des droits sociaux et démocratiques ainsi que du droit de toutes et tous à une existence humaine digne de ce nom. Nous défendons ce but contre les courants qui rabaissent les objectifs de réduction des émissions au nom du réalisme, mais aussi contre ceux qui les dénoncent comme insuffisants (nous tentons de rallier ces derniers en demandant « au minimum » le respect des conclusions « les plus prudentes » du GIEC). » (op.cit. p. 34-35)