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Contre le cynisme des Charest, Bouchard, Dumont et cie, Élargir la démocratie citoyenne

mardi 7 septembre 2010, par Bernard Rioux


Tiré de PTAG
mardi 11 mai 2010


Le Québec est frappé par une très grave crise de légitimité politique. Selon un sondage Angus Reid du 7 mai dernier paru dans La Presse, « une immense majorité de répondants (85 %) disent qu’ils leur font peu ou pas du tout confiance. ” C’est même la pertinence de l’action politique qui est attaquée. Cela vaut-il vraiment la peine de s’occuper de politique ?

C’est le gouvernement Charest qui porte, aujourd’hui, la principale responsabilité de cette crise. Il méprise la démocratie. Il se permet d’imposer au peuple une détérioration de ces conditions d’existence et de ses services publics. Il refuse de tenir une enquête publique sur la corruption qui semble gangrener le parti au pouvoir alors que plus de 75% de la population la réclame. Il s’entête à maintenir un système électoral qui distord la représentation électorale.

Pas étonnant que la participation électorale diminue. Un-e Québécois-e sur trois ne s’est pas prévalu de son droit de vote aux élections provinciales de 2008. D’autant que les campagnes électorales apparaissent de plus en plus comme des moments forts de la manipulation des esprits et que le parti élu se hâte de piétiner, une fois au gouvernement, les intentions proclamées haut et fort durant la campagne électorale. Le peuple se retrouve après ces exercices avec le sentiment de ne pas avoir voté pour ces gouvernements qui font le contraire de ce qu’ils avaient annoncé.

De plus, l’opposition péquiste s’est rangée à droite et a abandonné de facto son projet de souveraineté en remettant aux calendes grecques la tenue d’un éventuel référendum. Le PQ a viré également à droite sur le plan social en refusant de s’opposer à la privatisation en santé et en éducation. Dans un récent colloque, il a montré son ralliement à la pensée des possédants en osant affirmer que l’enrichissement individuel est la condition de l’enrichissement collectif en se faisant le promoteur de l’individualisme le plus éhonté. Il a banni le SPQ-Libre de ses rangs qui avait eu l’audace de remettre en question la nouvelle doxa néolibérale et son vide stratégique face à la lutte pour la souveraineté du Québec. L’ADQ se veut le défenseur d’un néolibéralisme encore plus musclé et ne parvient en aucune façon à apparaître comme un agent de changement.

L’analyse de Lucien Bouchard et Mario Dumont.

La Presse et Le Soleil ont fait paraître le samedi 8 mai une longue entrevue de deux dirigeants de la droite politique Québec : Lucien Bouchard et Mario Dumont. Ils sont bien obligés de constater que la classe politique est discréditée. Mais ils ne semblent pas comprendre que les pistes qu’ils mettent de l’avant ne pourraient qu’aggraver encore une fois la situation.

La classe politique au Québec, au service du grand patronat et des milieux financiers, a remis en question depuis la fin des années 70, le compromis élaboré après la guerre entre l’État et le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux. Ce compromis a impliqué une certaine diffusion de la richesse vers les classes populaires, un développement important des services sociaux, une ouverture à une syndicalisation importante, une politique d’intégration des représentants des classes dominées dans des organismes de concertation. La classe politique, le plus souvent sous la pression des mouvements, a favorisé le développement d’un système public de santé et d’un système public d’éducation. Ce dernier a permis la massification plus importante de l’accessibilité aux études. Les politicien-ne-s étaient considérés alors comme des bâtisseurs, et un parti comme le PQ qui formulait les aspirations nationales à l’indépendance donnait une crédibilité certaine non seulement à la classe politique, mais également à l’action politique.

Mais avec le tournant néolibéral, les différents partis politiques qui se sont relayés au pouvoir au Québec ont accepté au nom des dogmes néolibéraux et des intérêts des puissants, de s’attaquer aux acquis de la population. Ils ont réduit le pouvoir de négociation des organisations syndicales. Ils ont empilé les lois contre les grévistes. Ils ont rendu la fiscalité de plus en plus inéquitable. Ils ont permis que la richesse se concentre dans les mains des plus riches. Ils ont fait semblant de lutter contre la pauvreté, mais en fait ils se sont attaqués aux plus pauvres. Ils ont laissé l’environnement se détériorer aux profits des industries polluantes et destructrices de notre environnement. Lucien Bouchard et Mario Dumont reconnaissent qu’il n’y a plus de grands projets mobilisateurs. En fait, les projets qui existent sont des projets qui ne sont pas basés sur le compromis d’antan, mais sur la volonté de fournir des occasions d’investissements juteux pour les puissances économiques qui écument le Québec. Le Plan Nord de Charest vise à fournir les richesses naturelles (uranium et hydroélectricité y compris, à bas prix aux grandes entreprises américaines. L’installation de Port Méthanier sur le St-Laurent, ne vise qu’à inscrire le Québec dans la filière pétrochimique et les projets d’exploitation du pétrole et du gaz dans le St-Laurent s’inscrit dans la même logique. Les gouvernements qui se sont succédé ont mis en place des modèles nationaux de développement qui visent essentiellement à inféoder le Québec aux intérêts des grandes entreprises et des puissances financières. Voilà les raisons les plus essentielles de la saine méfiance de la population du Québec envers les responsables politiques.

Les citoyennes et citoyens du Québec ne sont pas d’abord des cyniques. Ils sont outrés, écœurés, découragés par des saccageurs qui voient dans l’installation du modèle néolibéral une mission essentielle. Ils ne peuvent pas s’identifier aux destructeurs des acquis populaires. Et Bouchard d’affirmer qu’on avait trop donné. Et il défend, encore une fois, son obsession du déficit zéro et le saccage des services publics qui en a découlé. On est allé trop loin ose-t-il dire (en termes de concessions à la population faut-il sans doute comprendre). Les politiciens auraient aujourd’hui la tâche d’exiger de la majorité populaire de grands sacrifices. Ce serait là leur plus haute responsabilité. Et on voudrait que la population comprenne que c’est pour leur bien qu’on doit construire une société de plus en plus injuste et inégalitaire. Les politiciens « responsables » élaborent avec discrétion des abris fiscaux pour les amis et enfoncent dans la gorge de la majorité la multiplication de tarifs en tout genre. Et il faudrait les respecter. Pas question. Le peuple ne marche pas dans leur combine. Et l’ineffable Mario Dumont d’ajouter : “il faut donc faire des ballounes, qui vont être reprises parce qu’on n’a rien à annoncer. » Et pourquoi donc ? Parce qu’on n’annonce pas et on ne dit pas les mauvais coups qu’on prépare contre la population, parce que les mauvais coups, ça se trame dans le dos du peuple.

La politique, c’est la pauvreté assurée... !

Nos deux politiciens expérimentés se plaignent de la pauvreté de ces politiciens. Mario Dumont affirme qu’on se retrouve dans un rythme de vie où on est toujours avec des gens qui sont plus riches que soi. » On s’en doutait un peu quelles relations privilégient ces messieurs. Les politcien-ne-s, particulièrement les ministres, sont d’abord les oreilles attentives des doléances des puissants. C’est leur monde. Ils aspirent à des revenus qui les rapprochent des personnes qu’ils fréquentent journellement. C’est sans doute pourquoi le premier ministre Charest accepte de bonne grâce de se faire payer un salaire supplémentaire de 75 000 dollars par année par son parti. C’est sans doute pour être plus près des conditions de vie et d’existence des décideurs économiques, des capitalistes qu’il fréquente, de son entourage quotidien.

Dans ces multiplications d’accointances en tout genre, le respect de la légalité devient parfois difficile. Les fameux lapsus des trois ministres qui affirmaient contre la lettre et l’esprit de la loi sur le financement des partis politiques que les entreprises pouvaient financer ces derniers... n’exprimaient en fait que le sens commun d’un milieu où cela se fait avec si peu d’arrière-pensées qu’ils en avaient oublié la loi et les règles de la discrétion la plus élémentaire dans ce genre d’affaires. On est loin de la représentation populaire, de la représentation de la majorité du peuple infortuné que les ministres rencontrent si peu si occupés qu’ils sont tous les jours avec des gens plus riches qu’eux-mêmes. Ces gens riches savent être sensibles à cette pauvreté des politicien-nes et savent qu’il est important de mettre un baume sur cette dernière, car ils peuvent en être récompensés..

La rénovation de la politique passera par l’élargissement des libertés démocratiques de la population...

La politique doit être transformée. Le pouvoir ne doit plus être concentré dans les mains d’un premier ministre et de ses amis. La volonté populaire doit être respectée. Et pour ce faire, il faut réformer le mode de scrutin. Il faut introduire un mode de scrutin proportionnel. Ainsi, des milliers de votes ne seront plus perdus. Et des partis représentant mieux la diversité populaire pourront trouver le droit au chapitre. Il faut introduire la révocabilité des élus au gré des électeurs et des électrices et obliger ces élus à être redevables devant le peuple et non devant les ramasseurs de fonds et autres riches contributeurs. Il faut limiter le traitement des hauts fonctionnaires, des ministres et des parlementaires au salaire d’un travailleur ou d’une travailleuse qualifié. Il faut en finir avec des revenus qui favorisent une accointance naturelle avec les puissants et l’intégration en milieu ou en fin de carrière des politiciens dans les cercles les plus cossus de la bourgeoisie. Il faut étendre les libertés démocratiques. Il faut remettre en question les règles qui donnent aux plus riches la possibilité d’imposer leurs choix politiques au mépris du bien commun. Et, on pourra alors espérer que la politique redevienne l’expression de la volonté démocratique de la majorité de la population.