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De la LCR au NPA en cinq questions

mercredi 18 février 2009, par Daniel Bensaïd


Tiré du site Europe solidaire sans frontières
Entretien paru dans Inrocks le 10 février 2009.


1. Pourquoi transformer la LCR en NPA ? Quels sont les soubassements idéologiques et quelle sera la stratégie de ce nouveau parti ?

Depuis la chute du Mur de Berlin, avec la mondialisation libérale, les attentats du 11 septembre, la crise écologique, nous sommes entrés dans une nouvelle période historique. Nous sommes au tout début d’un séisme dont le paysage social et politique sortira bouleversé. Il faut donc mettre en chantier un programme à la hauteur de ces nouveaux défis, se dépasser dans un parti qui ne perpétue pas les clivages d’hier mais se définisse par rapport aux grands événements et aux tâches présentes. Il se vérifie que la crise actuelle est bien une crise systémique du capitalisme, et non le résultat de ses débauches ou de ses abus. A un « pur capitalisme » nous opposerons un pur anticapitalisme.

2. Le NPA veut être le parti des luttes. N’est-il pas obligé pour cela d’arrondir les angles, adopter une ligne moins radicale, abandonner par exemple la référence à la révolution et réenvisager son refus d’alliance avec le PS s’il veut attirer les militants des mouvements sociaux ?

Au contraire, être un parti des luttes, aujourd’hui, c’est refuser de les subordonner aux déraisons de l’économie de marché et aux calculs électoraux à courte vue. Il est urgent de changer de logiciel, de « changer le monde » avant qu’il ne nous écrase. C’est ce que nous entendons par révolution : une transformation radicale des rapports de propriété qui donne la priorité aux biens communs de l’humanité contre la privatisation du monde, à la solidarité contre le calcul égoïste, à l’égalité contre les discriminations. Il s’agit de deux logiques antagoniques.

3. Tous les militants des luttes sociales ne sont pas anticapitalistes, beaucoup se disent antilibéraux. Quelle est la différence ?

L’antilibéralisme a été un thème rassembleur, à un moment donné, face aux dégâts de la mondialisation capitaliste. Peuvent s’y retrouver ceux qui veulent aménager le système en corrigeant ses excès et ceux qui s’y opposent radicalement, si vous voulez Lula et Morales en Amérique latine, la Confédération européenne des syndicats et les Suds, des partisans et des opposants au traité constitutionnel européen. Le libéralisme est une variante du capitalisme, mais nous ne défendons pas un « bon » capitalisme éthique et productif contre un capitalisme immoral et spéculatif. Ce sont l’envers et l’endroit d’un même système. L’anticapitalisme implique donc de définir des alternatives radicales en matière d’organisation de la production, d’alternatives écologiques et énergétiques, d’opposition aux guerres impérialistes, de construction européenne, etc.

4. A quoi sert Olivier Besancenot ?

Au delà de ses talents personnels, son écho tient au travail collectif militant dont il est un (excellent) porte parole. Il exprime une révolte massive légitime contre les injustices, dans laquelle peut se reconnaître une génération qui reprend goût à l’engagement et à la politique. Il est la preuve vivante qu’une politique non professionnelle est possible, qu’un salarié peut tenir la dragée haute à n’importe quel ministre formaté par l’ENA. Il est aussi la preuve qu’il n’y a pas d’opposition irréductible entre mouvements sociaux et représentation politique, mais une complémentarité possible. Il contribue ainsi à réduire l’écart entre les recompositions à l’œuvre depuis plus d’une décennie dans les mouvements sociaux et l’immobilisme relatif de la représentation politique.

5. Que répondez vous à ceux qui accusent le NPA de faire le jeu de la droite ou d’être le pion de l’UMP pour affaiblir le PS ?

Que la droite dure n’a pas eu besoin du NPA pour arriver au pouvoir. Ce sont les reniements de la gauche, son ralliement à l’Europe libérale, ses privatisations, sa dérégulation financière qui ont détourné d’elle l’électorat populaire et éliminé Jospin dès le premier tour en 2002. Elle est assez grande pour se battre toute seule. Pour nous, l’ennemi c’est la droite. Nous proposons systématiquement l’unité dans les luttes sociales, contre la guerre, pour la solidarité avec les sans papiers, les sans logis, les jeunes des banlieues. Mais nous ne participerons pas à des exécutifs régionaux ou à un gouvernement avec le Parti socialiste pour y être son otage et appliquer son programme, avec pour résultat ce qui est arrivé à la gauche radicale italienne après sa participation au gouvernement Prodi. Si Sarkozy croit pouvoir instrumentaliser notre volonté d’indépendance, il joue avec le feu. Car nous serons une opposition, dans la rue et dans les urnes, autrement redoutable que la guerre parlementaire en dentelles menée par le Parti socialiste.

BENSAÏD Daniel, Inrocks
* Entretien paru dans Inrocks le 10 février 2009.