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Démissions au PQ : un sursaut souverainiste et son au-delà

lundi 13 juin 2011, par Bernard Rioux

Lizette Lapointe, Pierre Curzi et Louise Beaudoin ont démissionné du Parti québécois pour siéger dorénavant comme des souverainistes indépendants. Le soutien du PQ au projet de loi 204 visant à sécuriser l’entente Labeaume-Québecor a été le déclencheur et le révélateur d’un malaise croissant au PQ qui éclate maintenant au grand jour.

Le déclencheur

En soutenant le projet de loi 204, la direction Marois se prête à un jeu politique à courte vue capable de jouer ses principes démocratiques sur l’autel de l’électoralisme. Mais cette manœuvre a été imposée par le cercle rapproché de Pauline Marois qui a cherché à mettre au pas les députés du caucus qui refusent de s’inscrire dans une vision sans avenir. Pour les députés démissionnaires et certains autres, si le procédé de la direction péquiste était autoritaire, le fait d’enlever le droit de recours aux citoyens et citoyennes sur une entente à la légalité plus que douteuse apparaissait tout à fait inacceptable.

Le refus de se reconnaître dans la vieille politique électoraliste.

Les motifs invoqués par les démissionnaires sont limpides à cet égard. Lizette Lapointe a affirmé : "Le parti que je quitte est celui de l’autorité outrancière d’une direction obsédée par le pouvoir." Pierre Curzi s’est interrogé sur la politique d’un parti en rupture avec les besoins de la population. Il a rappelé l’importance de la mobilisation citoyenne contre l’exploitation des gaz de schiste qui a débouché sur une enquête bidon à laquelle personne ne croit. Pour lui, cela est une illustration de la rupture de la classe politique avec la population. Louise Beaudoin a également souligné la nécessité de faire de la politique autrement. Les trois ont affirmé leur aspiration à retrouver la liberté de parole et que seule leur démission semblait leur permettre de retrouver leur liberté d’expression.

La gouvernance souverainiste est une impasse

Au dernier congrès, la direction Marois a réussi à imposer comme principal objectif du PQ, la gouvernance souverainiste. En fait, le PQ a comme seul horizon : la gouvernance provincialiste, la prise du pouvoir, une politique de l’alternance qui n’offre aucun projet de changement mobilisateur à la population, aucune alternative véritable. En laissant dans l’indéfinition toute la stratégie souverainiste, en remettant au calendes grecques le référendum, la direction Marois a laissé sa base souverainiste sans perspective véritable. Pour beaucoup, on s’éloignait encore plus de la souveraineté. D’ailleurs, les trois démissionnaires ont remis en cause cette gouvernance souverainiste et la voie proposée par Madame Marois.

Une volonté de rapailler la droite qui laisse songeur.

En répétant ses invitations à François Legault à rejoindre le Parti québécois où il serait le bienvenu alors qu’il a rejeté la souveraineté du Québec et qu’il débite ses politiques néolibérales, Pauline Marois semble prête à tout pour continuer son racolage avec la droite. Dans cette redéfinition du PQ tant au niveau programmatique qu’au niveau de sa pratique, la base du parti y perd ses repères. La volonté de s’inscrire dans le simple jeu de l’alternance laisse le parti sans alternative à offrir.

La réponse de Pauline Marois ne laisse aucune place à la discussion

Dans sa réponse, Pauline Marois a tenté de démontrer l’intransigeance et la fermeture des démissionnaires qui n’ont pas répondu à ses appels et qui ont refusé l’ouverture qu’elle leur faisait en leur permettant d’être absent lors du vote du projet de loi. Elle a bien affirmé qu’elle reconnaissait que ces démissions constituaient une remise en question de son leadership, mais elle s’est dite étonnée qu’on puisse voir un quelconque autoritarisme dans sa façon de diriger le parti. Et elle a rappelé son credo : ce qu’il faut maintenant, c’est prendre le pouvoir et pour cela il faut prendre les moyens qui seront nécessaires pour le faire. On devait comprendre que le soutien au projet de loi 204 était de l’ordre de ces moyens. Pour elle, cette triste parenthèse était, dès lors, refermée. Elle n’a pas eu un seul mot de réflexion sur les préoccupations et les convictions exprimées par les démissionnaires.

Ce n’est pas un parti, c’est le peuple québécois qui fera l’indépendance

Ces démissions reflètent pourtant un sursaut de souverainistes qui voient le Parti québécois réduit à s’enfoncer dans la logique d’un parti de l’alternance au niveau provincial pour de nombreuses années sans stratégie sérieuse de lutte pour l’indépendance du Québec. Elles reflètent également la prise de conscience de beaucoup de membres du PQ de la rupture entre la classe politique, y compris nationaliste, et l’ensemble de la population.

Pour dépasser cette situation, il faut que la stratégie politique pour la souveraineté du Québec donne la parole au peuple. Il faut concevoir la lutte pour l’indépendance, non pas comme une simple retombée du passage des élites nationalistes au gouvernement de la province, mais comme la mise en mouvement d’un peuple qui cherche à définir démocratiquement le pays qu’il veut construire. En mettant de l’avant la perspective d’une constituante, Québec solidaire cherche justement à avancer une perspective qui redonne la parole au peuple dans un exercice de souveraineté populaire qui permettra de redéfinir un nouveau rapport à la politique. En posant cette nécessité d’une élection au suffrage universel d’une constituante, Québec solidaire lie étroitement l’urgence du combat pour l’indépendance à celle d’une transformation sociale et démocratique de la société québécoise. À un telle voie démocratique vers l’indépendance : tous les souverainistes peuvent se rallier !