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LES DROITS DE LA PERSONNE Á L’AMERICAINE IV

Depuis que les Etats-Unis se sont approprié leur pétrole, les Irakiens survivent de charité

lundi 4 août 2003

Plus de 4 millions d’Irakiennes et Irakiens ont perdu leur emploi suite á l’invasion de leurs pays par les Etats-Unis. Pour évaluer l’étendue du drame que représente ce chiffre, il faut le multiplier par cinq pour avoir les 20 millions d’Irakiens (femmes et enfants) qui survivent de tout et de rien dans l’indifférence des nouveaux maîtres de l’Irak, occupés á leur stratégie de pillage et de sous-traitance du pouvoir dans ce pays.

Depuis les premiers bombardements á ce jour, soit près de 6 mois, les travailleurs et leurs familles sont sans ressources et leur situation se détériore de jour en jour. Pour revendiquer dans ce qu’on appelle pompeusement le « new Irak », ils ont crée l’Union des travailleurs sans emploi. Cette oragnisation a fait de nombreuses démarches auprés des forces d’occupation, sans le moindre résultats. Elle a une nouvelle fois mobilisé ses membres pour une autre manifestation ce mardi 29 juillet sur la rue Abou Nouas. Le rendez-vous a eu lieu dans l’édifice d’une ancienne banque brulée durant la guerre, et dans laquelle le parti communiste irakien a élu domicile.

D’ailleurs, les travailleurs sans emploi n’étaient pas seuls á ce rendez-vous. D’autres groupes d’action, tels, l’Organisation pour la liberté de la femme irakienne, le syndicat des travailleurs irakiens, entre autres, sont venus les soutenir. Il y avait une grande effervescence tout autour des locaux du parti. Environ 800 personnes rassemblées par petits groupes animaient la rue, tandis que dans les bureaux, á l’intérieur de l’édifice, se déroulaient des entrevues et autres rencontres avec les journalistes venus couvrir l’événement. On finissait de préparer pancartes et slogans.

« C’est la 8e manifestation que nous faisons depuis le 1er mai 2003 », déclare Kacem Madi, secrétaire général de l’union des travailleurs sans emploi. Il soutient que cette action sera différente des 7 autres qui l’ont précédée. Les manifestants sont prêts á poursuivre leur action jusqu’á l’obtention de leurs droits, c’est-á-dire, un emploi ou une allocation de chomage. En réalité, ils savent tous qu’ils n’auront pas d’emploi, puisque toutes les infractuctures qui ont été détruites par l’armée étatsunienne sont restées en l’état. Et même les commercants ne peuvent plus travailler du fait des bandits et autres voleurs qui les dépouillent de leur marchandises en chemin. Pour tous ces travailleurs, l’Union demandent une allocation chomage jusqu’á ce que les forces d’occupation rétablissent la sécurité et l’emploi en Irak.

Il n’y a pas encore de statistique pour savoir exactement combien d’Irakiennes et d’Irakiens ont perdu leur emploi du fait de la guerre. Selon Kacem, il y aurait environ 4 millions. Parmi eux, une grande majorité qui ne dispose d’aucun revenu depuis six mois. « C’est en soi une véritable tragédie pour ces familles qui ont déjá tant perdu dans cette guerre », souligne Kacem Madi.

L’Union qu’il représente a organisé 8 manifestations pour les mêmes revendications : un emploi ou une allocation de chomage. « Á chaque manifestation, raconte-t-il, les représentants des forces d’occupation nous recoivent, discutent avec nous, nous promettent de régler le problème, mais, toutes les fois, les promesses ne sont pas tenues et nous sommes obligés de descendre á nouveau dans la rue. » Du Major Patterson á David Jones (du programme pétrole contre nourriture) en passant par d’autres responsables américains, militaires et civils, l’Union n’a rien obtenu que des promesses sans lendemain. D’ou le changement décidé dans son programme d’action.

La manifestation de ce mardi a lieu sous une chaleur torride et les manifestants, nullement découragés, criaient des slogans pour la démocratie, l’emploi et la fin de l’occupation. La manifestation s’est ensuite dirigée au siege du Conseil « qu’on appelle communément El-Beit Al-madani. Pendant pres d’une heure les manifestants ont scandé leurs slogans devant l’édifice gardé par les soldats américains équipés d’artillerie lourde. Plus tard, la manifestation a viré au si-ting. C’était la nouvelle initiative introduite dans le programme de protestation de l’Union des travailleurs sans emploi. Ils avaient pris la résolution d’établir une tente en face de l’édifice et marquer une présence permanente. Ils appellent cette action « la désobeissance civile ». Tout ce qu’ils eurent des Américains, c’est un ultimatum « á la Bush » : Dispersez la manifestation, sinon pas de discussion !

Évidemment, les travailleurs irakiens, encouragés par la présence des médias et les messages de soutien qui parvenaient de l’extérieur et surtout, instruits par les précédentes rencontres infructueuses, ont refusé de se soumettre et décident de poursuivre leur action et camper sur le site comme prévu. N’est-ce pas un droit démocratique que de manifester pacifiquement ? Pourtant, les choses vont vite virer á la dictature. Á 20h30, une premiere visite des soldats venus demander aux manifestants de quitter les lieux. Ces derniers exhibent l’autorisation de manifester qui leur a été accordée et refusent d’obtempérer. Les 3 soldats sont retournent pour revenir plus nombreux vers 1h du matin, pendant le couvre-feu. Ils ne sont pas venus pour discuter. Ils ont envahi la tente et arrêté toute la permanence, soit 21 personnes qui seront emmenées et enfermées dans une salle. On les a rassemblés dans un angle de la piece, on les a faits asseoir par-terre et on les a isolés avec des barbelés. Ils ont été détenus dans ces conditions, sans eau, sans nourriture jusqu’au lendemain 11 heures. « On ne pouvait même pas bouger, déclare Ali Djaafri, la cinquantaine passée, j’avais tres mal aux genoux et aux jambes, mais á chaque fois que j’essayais de me mettre debout pour soulager ma douleur, les soldats me criaient " sit down ! ". C’était très humiliant. Á aucun autre moment de l’occupation, mon ressentiment envers les soldats américains n’a été aussi fort. J’ai pleinement pris conscience de ma situation de colonisé et j’avais honte devant les plus jeunes Irakiens du groupe. J’aurai préféré être mort que de vivre cela á 58 ans ».

Amar Djaafri est l’un des 120 000 membres de l’Union des travailleurs sans emploi. Il a travaillé toute sa vie dans une administration locale qui a complètement brulée apres avoir été pillée et vandalisée comme la grande majorité des infrastructures de l’État irakien. Le pays n’était pas á la fine pointe de la technologie. Presque tout fonctionnait en version papier : université, administration, hopitaux, etc. Toutes leurs archives ont péri dans les feux. Ce qui fait dire á Khaled, un autre travailleur sans emploi : « Aucun autre pays n’a connu le type de colonisation que nous vivons en Irak. L’armée étatsunienne a rasé tout ce qui constituait la vie irakienne. Nous n’avons plus de repères ou que ce soit. »

Par le fait de brûler les archives d’un État, de détruire l’histoire et la culture d’un peuple, les Etats-Unis, il est vrai, ont commis un crime sans précédent. Que ce soit pour les travailleurs, pour les étudiants ou pour toute autre partie de la sociéte irakienne, ils sont unanimes pour dire que l’avenir n’augure rien de bon. Et tous s’y préparent, notamment en s’organisant pour lutter contre l’occupation de leur pays. « Il y a 35 millions d’Américains qui vivent dans la pauvreté et l’injustice aux Etats-Unis, c’est impensable que les autorités américaines établissent une démocratie pour les Irakiens ! déclare Kacem de l’Union des travailleurs sans emploi ».

Baghdad, le 4 aout 2003

Zehira Houfani (écrivain et journaliste),

membre montréalais de l’équipe Projet de Solidarité pour l’Irak (PSI/ISP)