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Discours d’investiture de Françoise David

samedi 10 février 2007

Chers amis-es,

Je voudrais d’abord, en cette journée très importante pour moi, dire merci. Merci aux membres de Québec solidaire-Gouin qui m’ont fait confiance et ont décidé que je serais leur candidate. Merci au comité d’investiture qui a préparé ce bel après-midi. Merci à tous les militants et militantes de Québec solidaire qui nagent à contre-courant d’un discours invitant au confort de supposées certitudes économiques. Merci donc aux femmes et aux hommes qui continuent de travailler très fort pour faire advenir un autre Québec, solidaire, juste, féministe, pacifiste et souverainiste. Merci à mes collègues et amis du Comité de coordination national pour notre complicité dans un travail exigeant. Merci à mes amis et à ma famille qui me soutiennent de leur affection même si je les néglige un peu trop. Merci enfin à mes deux amours, François et Étienne...pour l’amour, justement.

Nous entrons en élection. Ce sera demain, ou dans 6 mois ou plus tard... Mais nous nous mobilisons tout de suite, maintenant pour gagner ces élections ! Car dans le cas de Gouin c’est clair, nous allons travailler très fort pour gagner, pour que je sois députée à l’Assemblée nationale du Québec !

Maintenant, parlons un peu de Gouin.
Gouin, c’est la Petite-Patrie, un beau quartier où on a le bonheur de côtoyer des populations diversifiées : familles, immigrantes et immigrants, personnes âgées, artistes, étudiants et étudiantes, professionnels, travailleuses autonomes. Gouin, c’est le marché Jean-Talon, la plaza St-Hubert, les boulangeries artisanales, le nouveau cinéma Beaubien, la CDEC où l’on veut créer des emplois pour les gens du quartier, les nombreux organismes communautaires. Dans ce quartier, on trouve aussi ce qui fait le charme de Montréal : des églises patrimoniales, des parcs, des pistes cyclables, et les fameux escaliers en fer forgé. L’a-t-on compris ? Gouin c’est mon quartier et j’aime y vivre.

J’ai décidé de m’y présenter comme candidate pour Québec solidaire à cause de tout cela. Mais aussi parce qu’une députée de Québec solidaire aura du pain sur la planche dans cette circonscription. Les jolies façades et les espaces verts cachent parfois des réalités affligeantes.

Le tiers de la population vit sous le seuil de faible revenu et 43% des familles sont monoparentales ce qui dépasse largement la moyenne montréalaise.

78% de la population est locataire et 42% des personnes âgées vivent seules, souvent pauvres.

Gouin, est donc une circonscription où la pauvreté est omniprésente, surtout dans le secteur ouest où nous sommes réunis aujourd’hui.

Prenons donc à bras le corps la question de la pauvreté. En décembre 2002, l’Assemblée nationale votait unanimement la loi-cadre contre la pauvreté et l’exclusion. Le parti libéral du Québec avait promis de redonner la gratuité des médicaments aux personnes assistées sociales. En lieu et place, le gouvernement Charest a diminué de moitié l’indexation des prestataires considérés aptes au travail. Monsieur Boisclair, quant à lui, ne parle plus du tout de la loi contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il est vrai qu’il regrette ce qu’il appelle « les excès de gauche » du Parti québécois !

Que propose Québec solidaire ? Élaborer pour notre quartier et pour tout le Québec un véritable plan de lutte à la pauvreté. Y mettre les fonds nécessaires. En faire une urgence nationale, mobiliser les personnes pauvres elles-mêmes et tous ceux et celles qui ont un rôle à jouer : entreprises, ministères, municipalités, CDEC et CLD, CLSC et centres jeunesse, organismes communautaires. Dans un Québec riche de tout son monde (comme dirait Vivian Labrie) et riche aussi de ses ressources, de ses savoirs, de ses technologies, il est tout simplement scandaleux,- le mot n’est pas trop fort-, que des milliers de personnes soient si pauvres.

Dans Gouin, plus précisément, à l’heure où on se parle, des défis nous attendent, en particulier, celui de l’emploi et celui du logement.

Avec 10% de chômeurs, la création d’emplois est un objectif important de la circonscription. Des organismes se mobilisent depuis longtemps déjà pour créer des emplois pouvant être occupés par les gens du quartier. Des projets formidables ont vu le jour. Qui ne connaît le cinéma Beaubien, dont la résurrection est entièrement due aux efforts concertés des gens du quartier ? Il y en a d’autres, beaucoup d’autres ! Des entreprises écologiques, culturelles, communautaires, des lieux d’insertion économique et sociale. Je veux ici rendre hommage à tous ceux et celles qui nous prouvent tous les jours qu’une autre économie est possible dans le respect de l’environnement et des droits des travailleurs.

Québec solidaire appuie vigoureusement ces initiatives. Plus concrètement, je veux soutenir les efforts de la CDEC qui se bat pour demeurer un lieu où tous les acteurs du milieu travaillent ensemble pour créer de l’emploi et le rendre accessible à la population.

Le défi du logement, maintenant.
Dans un quartier à forte proportion de locataires et de personnes à revenu modeste, l’accès à un logement à coût abordable devient crucial. Eh bien, nous observons que cela devient une denrée plus rare dans la Petite Patrie. Les coûts des loyers augmentent, le nombre de condos aussi, diminuant le nombre de logements locatifs disponibles. Il s’agit là d’une question complexe car ce qui fait le bonheur des uns (l’achat en copropriété) oblige parfois les autres à quitter le quartier. De plus, certains gros propriétaires ne font qu’un entretien minimal des logements ce qui occasionne des problèmes criants de sécurité et de salubrité dans des secteurs défavorisés. Que propose Québec solidaire ? Appliquer rigoureusement le code national de sécurité du logement, réglementer de façon plus stricte la reprise de possession là où le taux d’inoccupation est très bas, construire des logements sociaux en plus grand nombre. Un beau projet est en cours sur les terrains des ateliers municipaux, favorisant à la fois le logement en co-propriété et le logement social. Un autre projet du genre est en gestation dans le secteur Bellechasse. Appuyons-le !

Allons plus loin : pourquoi ne pas rêver pour Gouin, et surtout pour son secteur ouest, de nouveaux centres culturels, maison de la culture et bibliothèque, par exemple ? Pourquoi ne pas développer des espaces verts ? Pourquoi ne pas soutenir le développement de coopératives d’artistes et les aider à trouver des lieux de production et de diffusion de la culture ?

Il faudra parler aussi d’environnement dans notre quartier. Nous vivons au cœur de Montréal, la pollution de l’air nous affecte tous les jours. Des milliers de voitures traversent les artères de la Petite Patrie. Québec solidaire se prononce résolument contre le prolongement de l’autoroute 25 et entend proposer divers moyens pour réduire l’utilisation de la voiture.

Nous avons la chance de vivre dans une circonscription où nous avons accès facilement à des services et des commerces de proximité. Nous tenons à conserver cette qualité de vie et cette convivialité qui nous ont fait choisir notre quartier.

Maintenant : il n’y a pas que la circonscription de Gouin qui me préoccupe. Deux sujets retiennent mon attention en cette période trouble où l’on entend surtout les voix du profit et de l’intolérance s’exprimer à travers le monde.

D’abord l’économie.
J’ai lu dernièrement un livre très éclairant : « Les vraies lois de l’économie » de Jacques Généreux, sociologue français. 20 chapitres pour démonter, point par point, la mécanique forgée de toute pièce par les penseurs néolibéraux et leurs alliés de l’entreprise et du pouvoir politique. En conclusion, Jacques Généreux nous dit :

« Jamais l’économie n’a été indépendante des institutions et des choix politiques. Le néolibéralisme (...) n’est pas la mort du politique face à l’économie triomphante, mais le triomphe d’une politique favorable aux détenteurs du capital ». Et cet auteur et militant nous invite à retrouver le sens de la coopération solidaire plutôt que de miser sur la compétition solitaire. « Il nous suffirait d’y croire », écrit-il ! C’est vrai que ça commence par là : simplement y croire ! Parlez-en à celles qui ont organisé la Marche mondiale des femmes en l’an 2000.

Tout comme les militantes et militants de Québec solidaire, je sais et je crois que l’économie pourrait être au service des humains et non l’inverse. Je crois aussi que nous devons exprimer notre colère devant trop d’injustices au Québec et dans le monde.

Car enfin, la richesse existe au Québec et ce ne sont pas les Lucides qui me feront changer d’idée à ce sujet ! Elle existe et elle est mal partagée. Depuis plusieurs années, les baisses d’impôt aidant, l’écart entre riches et pauvres grandit. Les entreprises se voient libérées de certaines charges fiscales et plusieurs d’entre elles trouvent encore les moyens de ne pas payer d’impôt ou presque pas. C’est ainsi que l’entreprise Merck devrait, si on en croit la Presse, 2 milliards au gouvernement fédéral, elle qui reçoit des crédits d’impôts de Québec et d’Ottawa pour la recherche. Parmi les plus grandes entreprises, certaines choisissent maintenant de se transformer en fiducies de revenu et de verser la quasi-totalité de leurs profits aux actionnaires, ce qui leur évite de payer de l’impôt. Les actionnaires, quant à eux, devront en principe payer de l’impôt mais en pratique, plusieurs, dont les investisseurs étrangers, paieront un impôt minimal.

Rien de tout cela n’est juste et raisonnable. Nous avons raison d’insister sur un partage équitable de la richesse. On nous dit : pour la partager il faut la créer. Nous sommes bien d’accord mais attention, pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix.

Dans notre quartier, on l’a dit, plusieurs projets économiques prennent racine et créent de l’emploi. Montréal est fier de sa Grande bibliothèque et plusieurs veulent que le transport en commun devienne un chantier de toute première importance. Dans d’autres régions du Québec, des MRC se concertent pour développer des parcs éoliens dont les retombées économiques seront redistribuées dans la communauté. On développe l’agriculture biologique, des projets culturels, des services communautaires. Le Québec bouge ! Il met au monde des projets portés par les communautés. N’est-ce pas cela la démocratie ? Décider par nous-mêmes et pour nous-mêmes de notre développement économique, humain, culturel et social.

J’ai hâte de pouvoir vous parler des engagements électoraux de Québec solidaire ! Vous le savez, ils seront adoptés en congrès à la fin-novembre. Mais, déjà, je peux vous dire que l’économie et la création d’emplois sur fond de développement durable, de même que des changements pour une fiscalité plus juste, seront au rendez-vous.

La population du Québec saura que la gauche québécoise peut à la fois rêver d’un monde plus égalitaire, ce qui est le sens de son action, et proposer des moyens concrets et réalisables pour y parvenir. Ce sera notre réponse au manifeste pour un Québec lucide. En passant, la lucidité n’appartient pas en propre à Lucien Bouchard et ses amis. Nous sommes lucides et solidaires lorsque nous proposons une économie verte. Nous sommes lucides et solidaires lorsque nous refusons les inégalités. Lucides et solidaires en proposant un autre Québec possible !

Un deuxième enjeu crucial : la montée du conservatisme social et des gouvernements autoritaires
Dans beaucoup de régions du monde, les idées xénophobes et racistes, de même que la montée d’une droite morale, religieuse et politique font peur. Des politiciens, des religieux, des intellectuels, s’appuyant sur la précarité des conditions de vie de millions d’êtres humains, et sur un désenchantement généralisé, font la promotion d’idées dangereuses et porteuses de violence. Des exemples ?

Résurgence des néonazis en Allemagne et en Autriche ;
Progression de l’extrême-droite en Suède ;
Montée d’un parti islamophobe au Royaume-Uni ;
Assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, qui dénonçait les massacres en Tchétchénie commandités par l’autocrate Poutine ;
Montée de courants islamistes fanatiques, de fondamentalistes chrétiens ou hindouïstes, de multiples sectes aux agissements totalement antidémocratiques et réactionnaires.
Les signaux de dangers se multiplient. La pauvreté, l’humiliation et le désespoir conduisent à des dérives dramatiques. Nous pouvons affirmer que ceux qui concentrent entre leurs mains la plus large part des richesses collectives et des pouvoirs politiques sont largement responsables de la montée en force du populisme de droite, de l’autoritarisme et de l’intolérance.

Pourquoi devons-nous nous en inquiéter ?
Parce ces idées sont porteuse d’une violence aveugle qui emporte avec elle des milliers, voire, des millions d’êtres humains ;

Parce que les femmes sont toujours les premières victimes des fanatismes politiques ou religieux. Parce qu’on les enferme, les enchaîne, les bâillonne, et les mutile au nom de supposés commandements prescrits par des hommes en mal de pouvoir sur elles ;

Parce que dans cette déferlante souvent xénophobe, les personnes minoritaires deviennent encore plus vulnérables, et sujets à des discriminations intolérables.

Parce que la réponse des dirigeants politiques les plus puissants de la planète est surtout militaire et que cela ne résout rien.

Mais nous devons nous inquiéter aussi parce que nous ne sommes pas à l’abri des idées de droite et des atteintes à la démocratie. Des signes avant-coureurs devraient nous inciter à la vigilance : la militarisation accrue du Canada ; les coupures aux programmes gouvernementaux qui soutiennent l’expression démocratique des femmes, des environnementalistes et des pauvres ; les lois répressives sur la criminalité et la sécurité ; le harcèlement de certaines minorités ; les incidents racistes ; la montée du vote conservateur au Québec lors des dernières élections fédérales ; l’expression d’idées populistes et extrêmement individualistes dans l’espace public ; les poursuites abusives d’entreprises contre des environnementalistes.

Notre rôle comme parti féministe, démocrate, écologiste et de gauche doit être de dénoncer toute atteinte aux droits fondamentaux, aux libertés, à la dignité humaine, à l’expression citoyenne. Que cela se passe au Québec ou ailleurs. Que cela soit le fait de pays occidentaux ou d’autres pays. Il n’y pas de dictature juste. Il n’y a pas de fondamentalisme porteur de liberté et d’égalité. C’est une évidence et pourtant il faut le répéter.

Ici, sur le territoire québécois, la Commission des droits de la personne nous convie à une réflexion sur les accommodements raisonnables. Comment arrimer notre idéal du « vivre ensemble », sur un même territoire, avec une langue commune, une culture riche des apports de toutes et tous, et cela, dans le respect des différences ? Comment nous assurer que toutes les femmes québécoises, quelle que soit leur communauté d’appartenance, bénéficient des mêmes droits au quotidien ? Comment, dans un Québec aux institutions de plus en plus laïques, se sentir bien avec l’expression de la diversité religieuse dans l’espace public ?

Ce sont des questions difficiles et Québec solidaire y répondra, fort de la diversité, de l’audace et de la rigueur de ses membres.

Un dernier point : la souveraineté du Québec.
Québec solidaire est souverainiste, c’est clair.

Je tiens donc à dire à la population de Gouin que Québec solidaire travaillera activement à la promotion de la souveraineté du peuple du Québec. Mais cette souveraineté, nous la voulons pour tous et toutes. Elle sera inclusive, démocratique, porteuse d’idéal.

Pourquoi la souveraineté ? Pour réaliser nos rêves. Pour qu’enfin le peuple québécois décide lui-même de son destin. Pour que nous vivions en français, une fois pour toutes. Mais surtout, parce qu’il nous faut exercer tous les pouvoirs, avoir tous les outils pour aller au bout de notre projet écologiste, économique, politique et social. Devenir un peuple souverain c’est décider tout simplement de se prendre en mains, comme des grands et des grandes. C’est se sentir responsables les uns des autres, complètement, sur le territoire québécois.

Par quel chemin nous y rendrons-nous ? Bientôt, Québec solidaire mettra sur la table ses engagements électoraux. Il y aura dedans, une démarche vers la souveraineté. Une démarche fondée sur les principes les plus élevés de démocratie participative, permettant à chacune et chacun de s’exprimer.

Conclusion
Comme vous le voyez, ce ne sont pas les idées qui manquent à Québec solidaire. Notre besace en est pleine, vous verrez au congrès de novembre.

N’est-ce pas cela la marque d’un parti politique qui aspire à gouverner le Québec ? Un parti politique écologiste, de gauche et féministe ne doit-il pas pouvoir se prononcer sur toutes les questions qui intéressent les Québécois ?

Vous nous avez entendus sur la santé, la politique énergétique du gouvernement Charest, la vente d’Orford, l’équité salariale, les CPE, la lutte à la pauvreté, le scrutin proportionnel, l’intervention canadienne en Afghanistan, la lutte au racisme. Nous participerons bientôt au Forum socio-économique des Premières nations, y défendant leur droit à l’autonomie politique et au respect intégral de leurs droits ancestraux. Nous serons présents au Sommet sur l’économie sociale et solidaire, pour soutenir des projets structurants dans les communautés en même temps que des conditions de travail respectueuses pour les travailleuses et travailleurs.

Le Québec a besoin de cette voix originale, précieuse et pertinente qui s’exprime à contre-courant des idées dominantes. Qui a dit que les idées minoritaires le restent éternellement ? Pensez à l’abolition du travail des enfants, au droit de vote des femmes si difficilement obtenu. Pensez à la nationalisation de l’électricité ! Pensez au mariage gai. Pensez aux premiers écologistes traités de « pelleteux de nuages » !

Québec solidaire réussira à s’imposer, lors des prochaines élections, comme un acteur désormais incontournable de l’espace politique au Québec, n’en doutons pas. D’ici là, on se retrousse les manches et on travaille fort pour nous faire connaître de la population de Gouin et d’ailleurs. Je demande donc aux militantes et militants de Québec solidaire dans Gouin d’unir leurs forces aux miennes pour faire de cette élection un moment mémorable. Nous avons besoin de l’engagement de toutes et de tous.

En terminant, je lance un appel aux gens de la Petite Patrie, aux gens de Gouin.

Vous avez été en 1970 parmi les premières circonscriptions à voter pour le Parti québécois.

Vous avez pris ce risque, malgré le fait que les vieux partis de l’époque - l’Union nationale aujourd’hui défunte et le Parti libéral du Québec - vous ait dit que c’était un vote perdu. Vous n’avez pas voté utile ! Vous avez fait preuve d’audace à un moment où un nouveau parti - le Parti québécois maintenant très vieux- faisait ses premiers pas.

Je vous demande aujourd’hui de faire preuve de la même audace, du même goût du risque et je vous promets que vous ne le regretterez pas : soyez parmi les premiers à envoyer une députée de Québec solidaire à l’Assemblée nationale !

Merci
22 octobre 2006