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ESPAGNE - Zapatero : la gauche en apparence

vendredi 10 octobre 2008, par Joan Guitart

ESPAGNE - Zapatero : la gauche en apparence

Joan Guitart

Tiré d’inprecor N° 539-540, 2008-06-08

Joan Guitart est collaborateur de la revue espagnole Viento Sur (www.vientosur.info).

Les intertitres sont de la rédaction d’Inprecor.

Le 25 mai le journal Pùblico a publié un dossier sur Berlusconi. Dans ce dossier un dessin humoristique montrait une conversation dans un café entre un homme à l’aspect « progressiste » et le président José Luis Rodríguez Zapatero ; l’homme lisait un journal qui titrait « Il cavaliere » et faisait le commentaire suivant : « quelle horreur, si l’exemple de Berlusconi s’étendait en Europe ! ». Zapatero lui répondait : « oui, comment pourrions-nous faire la même chose de manière à ce que cela apparaisse de gauche ? » Ce dessin est une parfaite illustration de la méthodologie politique du président espagnol, confirmée par les critiques de plusieurs de ses ministres envers Berlusconi, tandis qu’on applique en Espagne une politique de répression de plus en plus dure de la dite « immigration clandestine ».

Il faut bien reconnaître que Zapatero a utilisé avec succès cette « apparence de gauche », en Espagne comme à l’extérieur du pays (1). L’objectif de cet article est de montrer les contradictions les plus évidentes entre cette apparence et la politique réelle du gouvernement espagnol depuis la victoire électorale du PSOE en mars 2004. J’ai préféré utiliser une forme schématique pour donner le plus d’informations concrètes dans l’espace disponible.

Zapatero a été élu secrétaire général du PSOE en juillet 2000. Il obtient une victoire très serrée (41,6 % des voix face aux 40 % de son principal opposant de l’appareil socialiste, José Bono, qui allait devenir ministre de la Défense et qui est actuellement président du parlement). Il était jusqu’alors un député sans grand rayonnement ce qui finalement lui a été favorable : sa victoire fut le résultat d’une image de rénovation et d’un usage très habile (et exempt de scrupules : parmi ses principaux alliés se trouvait un courant corrompu du PSOE de Madrid) des divisions internes dans l’appareil du PSOE, en crise ouverte depuis la victoire à la majorité absolue du Parti populaire (PP) dirigé par José María Aznar aux élections générales qui avaient eu lieu quelques mois auparavant, le 12 mars 2000.

Jusqu’aux prémices de la guerre en Irak, le PSOE mena une opposition assez faible au Parlement et avec peu de retentissement sur les mobilisations sociales qui surgirent contre la politique de plus en plus droitière du gouvernement ; il faut savoir que ces mobilisations ne furent pas importantes, sauf à certains moments très précis : en particulier lors de le grève générale de juin 2002, contrôlée par les syndicats majoritaires, les Commissions Ouvrières (CCOO) et l’Union générale des travailleurs (UGT), et dans le cas des mobilisations contre la marée noire après le naufrage du pétrolier « Prestige » au large des côtes de Galice.

De plus, Zapatero prit l’initiative en juin 2002 de négocier avec le PP une « loi sur les Partis » justifiée par des arguments comme « la lutte des démocrates contre le terrorisme », mais qui a été utilisée depuis lors contre toute manifestation de dissidence au Pays basque, qualifiée par définition comme faisant partie de « l’entourage de l’ETA ». Des dizaines de militants sociaux, sans la moindre relation avec les actions terroristes de l’ETA, sont en prison grâce à cette loi, dont le PP a fait son étendard, bien utile y compris pour critiquer les supposées faiblesses du gouvernement Zapatero dans la lutte contre l’ETA et ses « concessions » au nationalisme basque.

Mais la menace d’une deuxième guerre du Golfe commençait à prendre forme, et à générer en Espagne une énorme opposition, expression d’une large contestation citoyenne, à peine organisée et avec une faible influence de la gauche alternative : rien à voir avec les grandes mobilisations contre l’OTAN de la première partie des années 1980. Le PSOE a bien compris la profondeur du refus de la guerre et des possibilités de renforcer l’opposition au gouvernement du PP ; d’autre part ce caractère massif mais déstructuré du mouvement ne comportait pas de risques de débordement.

Quand le 16 mars Aznar a intégré le « trio des Açores » aux côtés de Bush et de Blair, un mois après les immenses mobilisations du 15 février contre la guerre, le rejet fut très important, mais il exprimait davantage une « opinion publique » qu’un mouvement social. Dans ces conditions, il fut facile pour le PSOE d’être son « expression politique » et le retrait des troupes espagnoles d’Irak devint l’atout majeur de Zapatero pour les élections générales de mars 2004.

Comme on s’en souvient, ces élections eurent lieu dans le climat émotionnel de l’horrible attentat du 11 mars à Madrid et sous l’effet d’une rébellion politique citoyenne contre la manipulation éhontée des faits par le gouvernement en fonction du PP. Une majorité électorale du PSOE signifiait par-dessus tout la possibilité de chasser le PP du gouvernement ; c’est là-dessus que Zapatero a fondé sa victoire électorale.

Idéologie vaporeuse

Zapatero partait d’une position de faiblesse dans l’appareil du PSOE ; ses soutiens fondamentaux étaient des dirigeants de « second plan » sans aucun poids dans les familles traditionnelles du parti. C’est pour cela qu’il va affirmer un leadership personnel très fort en créant une base sociale de soutien identifiée, au-delà du parti, à sa personne à partir de laquelle il a tenté et réussi à établir son contrôle sur l’appareil à moyen terme. Il obtint cette base sociale en premier lieu par le retrait des troupes d’Irak et immédiatement après par différentes réformes « de société » (mariage homosexuel, égalité de genre, loi sur la dépendance…) qui eurent un grand impact sur la population et un faible coût budgétaire.

Le contrôle de cette base sociale était un objectif important de la politique de Zapatero, en revitalisant pour cela les structures du parti en ce qui concerne le féminisme, les organisations locales, les organisations de jeunes… et en recherchant des rapports de collaboration subordonnée avec l’écologie, les ONG…, à travers des accords politiques sans grande portée et un usage habile des subventions publiques. L’institutionnalisation des grands syndicats CCOO et UGT rendait inutile une politique spécifique envers ces derniers et encore plus inutile, si on tient compte des relations privilégiées entre le PSOE et la UGT.

Zapatero s’est orné d’une vaporeuse idéologie inspirée par les idéologues les plus modérés du « républicanisme », en particulier Philippe Pettit.

La fonction de cette idéologie était purement ornementale, pour les déclarations et les discours ; Zapatero aime s’entourer de la flatterie de personnalités de la sphère intellectuelle médiatique « néodem » (de l’entourage du Parti démocrate des États-Unis et en transit vers celui-ci depuis la social-démocratie européenne : son programme électoral pour 2008 a bénéficié d’un « comité des sages » formé par Pettit, George Lakoff, Joseph Stiglitz, Jeremy Rifkin entre autres dont le travail semble avoir été de se faire photographier avec le président).

Avec cette idéologie, et toujours de façon ornementale, mais en direction de la scène internationale, Zapatero a promulgué « l’alliance des civilisations » comme alternative au « choc des civilisations » de Huntington et des « néocon » (néoconservateurs américains). La proposition trouve son explication dans ses premiers défenseurs : le secrétariat général des Nations Unies, le gouvernement turc d’Erdogan, l’ayatollah Khatami et Tony Blair. Cela n’a servi qu’à organiser de coûteuses réunions internationales qui n’ont pas obtenu l’écho médiatique attendu.

Enfin son programme de gouvernement s’appuie outre les « réformes de société » sur trois piliers :

— la réforme des statuts d’autonomie, en tentant d’actualiser le pacte d’État réalisé pendant la Transition (le projet a été appelé « seconde Transition ») et de cette façon de donner un cadre d’alliance à moyen terme entre le PSOE et les partis nationalistes basque et catalan essentiellement ;

— la solution du dénommé « conflit basque » par la négociation avec l’ETA ;

— la continuité d’une politique économique d’une stricte orthodoxie néolibérale.

Promesses et réalisations

Développer une critique des principaux thèmes de la politique de Zapatero dépasserait les limites de cet article. Mais bien que de manière synthétique, je résumerai quelques faits :

— Zapatero ordonna le retrait des troupes espagnoles d’Irak immédiatement après avoir été nommé président du gouvernement. Cette décision lui a donné un capital de crédibilité qui lui rapporte encore des dividendes. Mais ce fut la première et la dernière divergence significative de sa politique étrangère par rapport à celle des États-Unis. En Afghanistan, au Moyen Orient, en Colombie ou au Mexique, la diplomatie espagnole agit avec une stricte « discipline atlantique ».

Le renforcement du compromis politique et militaire dans l’OTAN a été accompagné du soutien par de nombreux fonds publics à l’industrie de l’armement, poursuivant ainsi la politique développée par le gouvernement Aznar : actuellement les entreprises espagnoles d’armement doivent 26 000 millions d’euros à l’État (2).

— Le 22 mars 2006, l’ETA annonçait une nouvelle trêve (« Cessez-le-feu permanent »). Une représentation au plus haut niveau du gouvernement et de l’organisation militaire entamèrent des négociations qui avaient de plus grandes perspectives de réussite que les précédentes, surtout parce qu’on considérait que cette fois l’ETA, très affaiblie par la répression en France et en Espagne, ne pouvait pas faire marche arrière. Comme on l’a écrit plus tard (3), le gouvernement avait accepté à la table des négociations des propositions de l’ETA d’une importante portée politique comme, par exemple, la ratification par les institutions de l’État des décisions qui seraient prises par les institutions autonomes du Pays Basque. Il s’agissait, bien entendu, d’une pure tactique de négociation : sans aucun doute, le gouvernement, si cela s’était produit, aurait fait une « lecture » de l’accord qui aurait éliminé le moindre aspect le rapprochant du droit à l’autodétermination du peuple basque.

Dans la pratique, le gouvernement n’a fait aucun geste de détente significatif durant le processus de négociation, par exemple, en matière de politique pénitentiaire envers les quelque 500 prisonniers de l’ETA. Finalement, un brutal attentat de l’ETA à l’aéroport de Madrid le 30 décembre 2006 interrompit de fait la trêve et les perspectives de négociations pour une longue période. Le gouvernement a récupéré et renforcé la politique antiterroriste traditionnelle, très semblable à celle du gouvernement Aznar, l’ETA a repris l’activité armée. Effectivement le « conflit basque » manque actuellement d’horizon politique.

— Zapatero s’est engagé publiquement à soutenir toute proposition de réforme du statut d’autonomie de la Catalogne qui aurait été approuvé par le parlement autonome catalan. Mais la proposition de réforme du statut, approuvée fin septembre 2005 par une très large majorité du Parlement catalan, fut considéré comme « inconstitutionnelle » et donna lieu à un conflit politique et social qui traversa tout l’État espagnol. « L’anticatalanisme » resurgit, une composante de base du nationalisme espagnol le plus réactionnaire, instrumentalisé en bonne partie par le Parti Populaire mais aussi avec des appuis importants au sein du PSOE. Après des changements importants de ce projet de réforme, qui allèrent jusqu’à le transformer en une pure transformation technique sans importance politique, le texte fut approuvé en Catalogne par un référendum auquel participa moins de la moitié de l’électorat.

— Depuis, la « seconde Transition » est partie à la poubelle et Zapatero s’est acharné à disputer au PP l’étendard du nationalisme espagnol, présentant le PSOE comme « la force structurante de l’unité de l’Espagne » et comme garant de l’orthodoxie constitutionnelle face aux revendications nationales catalanes et basques.

— Quelques unes des réformes « de société » réalisées par le gouvernement méritent d’être soutenues, par exemple la légalisation du mariage homosexuel ou les réformes légales contre la « violence de genre ».

— Mais d’autres ont eu plus de retentissement dans les médias que dans la réalité. Par exemple le gouvernement a présenté la loi d’aide aux personnes dépendantes comme une « révolution sociale » (4). En réalité, dans le meilleur des cas, la nouvelle législation attribuera des subventions à quelque 40 % des personnes dépendantes, lesquelles auraient à leur charge 33 % des coûts du service. D’autre part ces aides ne vont pas dans le sens d’une amélioration des services publics de santé qui sont soumis à une très grave pression visant à la privatisation, spécialement dans les communautés autonomes dirigées par le Parti populaire (5).

— La politique économique du gouvernement Zapatero est restée dans le cadre de l’orthodoxie libérale et n’a pas corrigé de façon significative le « sous-développement social » de l’Espagne.

La part des salaires dans le revenu national a atteint en 2006 un niveau historique de 46,4 % du PIB, c’est-à-dire une chute de 3,2 points en dix ans ; l’excédent d’exploitation a gagné deux dixièmes avec 45,1 % et les impôts nets sur la production et les importations, essentiellement supportés par les travailleurs, augmentent de 2,9 % et vont jusqu’à 11,5 %. D’autre part la pression fiscale a atteint en 2007 41 % du PIB, soit quatre points en dessous de la moyenne européenne ; l’Espagne occupe le 15e rang dans ce domaine, parmi les pays de l’Union européenne. Malgré cela, Zapatero maintient une politique de réduction d’impôts, avec un argument particulièrement idiot : « baisser les impôts, c’est de gauche » ; son objectif immédiat est d’éliminer l’impôt sur le patrimoine et tout ceci au moment où selon « l’enquête financière des familles » de la Banque d’Espagne, l’écart du revenu moyen entre les 20 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches de la population espagnole est passé, entre 2001 et 2005, de 1:12,03 à 1:17,4 .

D’autre part, les projets de réforme de la Sécurité sociale inspirés par les politiques de privatisation développées par la Banque mondiale sont en cours. On a déjà voté le fait que le Fonds de réserve de la Sécurité sociale qui a accumulé un patrimoine de 40 334 millions d’euros, puisse investir en Bourse, non seulement sur la dette publique comme c’était le cas jusqu’à présent (à taux fixe), mais aussi sur les produits à taux variable.

Il n’est pas étonnant que les 35 plus grandes entreprises espagnoles aient obtenu des bénéfices de 24 508 millions d’euros au premier trimestre 2007, soit 34 % de plus qu’au cours des six premiers mois de l’année précédente. Entre 1999 et 2006 les entreprises espagnoles ont augmenté leur bénéfice net de 73 %, soit plus du double que la moyenne de l’Union européenne (des 15, c’est-à-dire sans les nouveaux membres) mais les coûts salariaux ont augmenté de seulement 3,7 %, soit cinq fois moins que la moyenne de l’Union européenne (18,2 %). On comprend mieux pourquoi Zapatero a été le candidat préféré des patrons espagnols aux dernières élections générales.

– En revenant au thème initial de cet article, c’est dans sa politique d’immigration que « la gestion des apparences » par Zapatero est la plus évidente. Par exemple, le gouvernement développe une politique d’externalisation des frontières avec les pays africains d’où sont originaires une très petite partie de l’« immigration illégale », à peine 1 %. Il s’agit d’une immigration sans intérêt économique pour la florissante économie souterraine espagnole et qui concentre les craintes xénophobes de la population. C’est pour cela qu’on l’utilise comme symbole de la fermeté du gouvernement espagnol, enveloppée dans un langage politiquement correct selon les règles des apparences. Ainsi, les patrouilles navales espagnoles destinées à empêcher les pauvres « cayucos » (embarcations de fortune) qui viennent des côtes africaines, reçoivent le nom officiel de « Noble sentinelle » et que les camisoles de force qu’on impose aux immigrants qui résistent s’appellent « vêtements immobilisateurs homologués de rétention » (6). Les subventions aux gouvernements africains pour acheter leurs services de gardes-frontières s’appellent « coopération au développement ». A ce propos le gouvernement Zapatero se vante d’avoir augmenté de façon substantielle la quantité et la qualité des aides officielles au développement. Il est vrai qu’il y a une amélioration considérable par rapport à la gestion du Parti populaire. Mais l’augmentation quantitative, jusqu’à 4 200 millions d’euros en 2007, doit être mise en rapport avec les subventions à l’Église catholique (5 060 millions d’euros) et l’argent que les immigrés envoient à leurs pays (plus de 8 000 millions d’euros), les améliorations qualitatives se limitent quant à elles à certains aspects (apports aux institutions internationales non financières du système des Nations Unies, subventions à certaines ONG…) tandis que sont renforcés les processus d’intégration des entreprises privées dans la gestion de fonds de coopération grâce aux « alliances public-privé ».

Forces et faiblesses de Zapatero

En conclusion, trois facteurs ont contribué de façon décisive à soutenir l’action du gouvernement Zapatero depuis 2004 :

— Une période prolongée de forte croissance économique, de l’ordre de 3,5 % par an, fondée sur une croissance démesurée du secteur immobilier et l’endettement massif en crédits hypothécaires ; plus de 70 % des familles espagnoles consacrant plus de 40 % de leurs revenus au paiement des crédits hypothécaires de leur logement. Mais la crise économique affecte déjà gravement cette croissance. Les effets en seront considérables et très dangereux si on ne trouve pas une réponse sociale et politique.

— L’agressivité de l’opposition du PP, soutenue par la hiérarchie de l’Église catholique et de puissants groupes de presse, fréquemment exprimée par des mobilisations sociales massives dans lesquelles la présence de l’extrême droite et d’un franquisme social ressuscité a été évidente. La peur face aux menaces du PP, en particulier d’un retour possible de ce dernier au gouvernement, a été un atout important entre les mains de Zapatero. Mais après son échec électoral, le PP est entré dans un crise très profonde ; dans ces conditions, son caractère menaçant se trouve affaibli et par là même l’usage que pourrait en faire le PSOE .

— L’absence concrète d’opposition parlementaire de gauche, étant donné qu’Izquierda unida (7) a tout juste été un lobby, politiquement subordonné au PSOE, constitué de politiciens professionnels sans influence politique ni crédibilité sociale, à la merci de l’establishment socialiste. Mais après des élections IU se trouve dans une crise terminale. Peut-être pourrait-elle maintenir une faible présence institutionnelle dans certains Parlements et municipalités, mais elle n’obtiendra plus — ni aucun de ses courants — une influence sociale significative.

Dans ces conditions un quatrième facteur peut jouer un rôle beaucoup plus important que dans l’étape précédente. Il faut reconnaître que le gouvernement Zapatero a pu bénéficier de la faiblesse des mouvements sociaux, des organisations sociales et de la gauche alternative, qui n’avait plus d’existence autonome significative depuis l’échec de l’unification entre le MC et la LCR (8), il y a plus de quinze ans.

En acceptant le fait que le point de départ des mouvements sociaux et de la gauche alternative est très modeste, est-il possible qu’une revitalisation conjointe, car elle ne peut être que conjointe des uns avec des autres, ait une influence importante à court terme sur l’anémique situation politique espagnole ?

Je crois que l’on peut raisonnablement espérer que dans un avenir pas trop lointain des efforts et des expériences qui sont déjà menés — entre autres organisations et courants par l’Espacio alternativo — réalisent cette possibilité. ■

Madrid, 25 mai 2008

Notes

1. Ignacio Ramonet le définit comme « une icône de la gauche internationale », Le Monde Diplomatique, mars 2008.

2. Diagonal n° 78 du 15 avril 2008.

3. Petxo Idoyaga. « El conflicto vasco sin horizonte político » (Le conflit basque sans horizon politique), Viento Sur n° 97 de mai 2008.

4. El País du 5 mars 2008.

5. Ana Hernando, « Una crítica feminista a la Ley de Dependencia », Viento Sur nº 88 de septembre 2006.

6. El País du 16 août 2008.

7. Izquierda unida (IU, Gauche unie) fut fondé en 1986 en tant qu’alliance électorale du PC espagnol — en fort déclin après avoir soutenu la « transition démocratique » et freiné les luttes au nom du « compromis historique », n’obtenant plus que 4 députés en 1982 — et de divers petits partis de gauche. En 1989 cette alliance s’est transformée en un mouvement politique et social. Maintenant une politique d’indépendance envers le PSOE au cours des années 1990, IU se développe et gagne des électeurs, atteignant 10,54 % des suffrages et 21 députés en 1996. Mais des scissions successives vers la droite, puis le changement de cap vers une alliance avec le PSOE en 1999 sonnent le glas de cette tentative. En 2000 l’IU obtint seulement 5,45 % des voix (8 députés) et en 2008 seulement 3,8 % des suffrages et 2 députés. Dirigée actuellement par Gaspar Llamazares, l’IU apparaît comme politiquement subordonnée au gouvernement de Zapatero et au PSOE.

8. Le Mouvement communiste (MC), d’origine maoïste, et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section de la IVe Internationale), qui ont collaboré ensemble en particulier en initiant et animant la campagne contre l’OTAN et contre les bases militaires états-uniennes en Espagne, mais aussi dans les luttes féministes et pour la reconnaissance des droits égaux des homosexuel(le)s, au cours des années 1980, se sont unifiés en 1991, fondant la Gauche alternative. Mais rapidement des divergences sont apparues entre les deux courants historiques, concernant tant l’orientation politique que la forme même du parti commun et, un an plus tard, la séparation a eu lieu, alors qu’un tiers des militant(e)s de la gauche alternative abandonnaient l’activité partisane. Le courant d’origine maoïste se transforma en une ONG, qui poursuit quelques activités environnementalistes et de solidarité avec les immigrés, mais s’est concentré surtout sur une activité philosophico-idéologique. Le courant de la IVe Internationale a pour sa part intégré l’Izquierda unida, y animant le pôle anticapitaliste Espacio alternativo et poursuivant la publication de la revue politique Viento Sur. Lors de sa quatrième Rencontre confédérale (2006) l’Espacio alternativo s’est défini comme une organisation qui s’efforce « à combiner le développement et la construction de notre organisation propre avec l’intervention en tant que courant dans les mouvements sociaux et dans les luttes et la configuration d’un pôle anticapitaliste dans IU (par le biais et des membres d’Espacio alternativo impliqués dans cette dernière et d’un bloc de gauches différencié de ses directions actuelles) et hors de l’IU ».