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Éclairer les enjeux, tracer des perspectives

Économie - Laïcité - Environnement

lundi 24 février 2014, par Bernard Rioux

Le Conseil national de Québec solidaire a été ouvert le vendredi 29 novembre dernier par une soirée de discussion sur les politiques du gouvernement péquiste. Cinq invitéEs ont ouvert la discussion par de courtes présentations : Éric Pineault, Rosa Pérez, Anne-Marie Saint-Cerny, Daniel Green et Françoise David. Ils et elles étaient invités à nous parler d’économie, de Charte des valeurs et des enjeux environnementaux. Manon Massé animait la soirée.

Des alternatives existent aux politiques économiques du gouvernement péquiste.

Éric Pineault a articulé ses critiques des politiques péquistes autour de trois axes : 1) la politique fiscale et la politique d’austérité ; 2) la politique énergétique et 3) la politique industrielle.

En un an d’intendance, le PQ a cherché à donner confiance à l’élite et à répondre aux pressions de cette dernière. La lutte des classes est donc une clé pour comprendre la situation. Le gouvernement péquiste a réussi à comprimer les dépenses. Mais l’équilibre budgétaire n’a pas été atteint. Avec cette politique d’austérité, il était certain qu’il n’atteindrait pas son objectif du déficit zéro. Parce que cette politique a contribué à maintenir une conjoncture stagnationiste. D’ailleurs, les perspectives de croissance et les prévisions d’entrées en termes de revenu étaient farfelues. C’est ainsi que le gouvernement péquiste a réussi à nous enfoncer dans une trappe d’austérité-stagnation.

Il faut changer la fiscalité. On a des besoins massifs pour opérer la transition énergétique. Il y a place pour une politique fiscale expansionniste. Des investissements, et des dépenses bien ciblées auront plus d’effet sur l’économique que de rester assis sur l’austérité. Et il faut donner une place à l’investissement public et aux entreprises publiques qui doivent recevoir un mandat de développement.

Le gouvernement péquiste se contente de chercher à attirer les investissements privés par des crédits d’impôt. La démonstration a été faite que cela ne fonctionne pas. Les entreprises gonflent leur trésorerie, mais n’investissent pas pour autant.

Au niveau de la politique énergétique, le gouvernement Marois va enfermer le Québec dans le pétrole pour une période de 30 à 40 ans. C’est une tout autre politique, qu’il faut mettre de l’avant pour sortir des hydrocarbures et assurer notre souveraineté. Il faut établir un plan de transition pour les travailleurs qui dépendent du pétrole, une politique de reconversion industrielle ; créer une entreprise publique, Hydro-transition, et pour financer la sortie du pétrole, vendre les actifs que possède la Caisse de dépôt dans le pétrole et les sables bitumineux ; mettre sur pied Éole Québec pour nationaliser l’éolien et s’engager dans l’électrification des transports publics.

Cette orientation implique de s’engager dans une nouvelle politique industrielle et de sortir de l’économie extractiviste où on ne produit que pour exporter et s’engager dans des circuits longs. Il faut construire notre politique industrielle autour de la transition écologique et de circuits courts en mobilisant le capital public qu’il soit coopératif, social ou étatique. Et penser en termes de capital socialisé. L’investissement socialisé implique la démocratisation des choix économiques et nécessite l’implication citoyenne.

Les profits sont privés, la pollution est publique

Anne-Marie Saint-Cerny et Daniel Green de la Société pour Vaincre la Pollution ont dressé, à leur tour, un bilan des politiques environnementales du gouvernement péquiste. À Malartic, 280 maisons ont été déchiquetées. Et chaque jour, la population de Malartic vit avec des explosions. La compagnie Ossisko a annoncé qu’elle ferait des mégasautages. Et le gouvernement péquiste s’est empressé d’accorder des permis pour qu’Ossisko puisse faire ses mégasautages. Ce gouvernement fait de l’aplaventrisme devant les minières et de la microgestion pour que les citoyens ne puissent se plaindre.

Le laisser-faire domine. Le cas de l’entrepôt de BPC à Montréal (Pointe Claire) est exemplaire à cet égard. La contamination se poursuit. Qui aurait pu s’imaginer que des milliers de litres de BPC puissent être déversés à Montréal. Il est impardonnable que le gouvernement n’ai pas été capable d’empêcher une telle contamination. Non seulement le gouvernement n’a pas agit, mais il tente de dédramatiser les situations de pollution. Pire, il tente de bloquer par des moyens juridiques que la lumière soit faite sur un site contenant des déchets dangereux. Il privilégie la protection du rapport avocat-client à la protection de l’environnement et de la population du Québec. Cette omerta toxique, on la retrouve également dans le dossier de la présence de l’amiante dans les édifices publics. Le gouvernement refuse de fournir à la SVP la liste des édifices publics où il y a de l’amiante, malgré la dangerosité de cette situation pour la santé de la population. "Nous à la Société pour Vaincre la pollution, on compte les morts et les mourants et on doit faire l’accompagnement des victimes."

Toute la classe politique, exception faite de Québec solidaire, défend le passage du pétrole albertain et le développement de l’exploitation pétrolière au Québec. Elle refuse de parler de la facture humaine, sociale et économique de ce choix. Beaucoup de pétrole risque de circuler au Québec dans les prochaines années. La probabilité de tragédies, comme celle vécue au Lac Mégantic, risque d’augmenter. Il faut déjà prévoir un fonds de compensation pour les victimes de déversement. Ces fonds seront nécessaires, car si on ne bloque pas le passage des pipelines, des déversements auront lieu.

Le débat sur la Charte, le vrai débat est celui des moyens de lutte contre les discriminations

Le projet de Charte du gouvernement péquiste met en péril des femmes. Et cela se fait pour des motifs électoralistes. Le projet de loi 60, c’est la volonté de s’ouvrir un accès au vote francophone dans les régions, peu importe les effets qu’une telle loi peut avoir sur les minorités. Et ce débat sur la Charte est porté par une peur d’une espèce d’islamisation qui, pourtant, ne passe pas le test des faits.

Ce qui s’installe dans des secteurs importants de la mouvance nationaliste, c’est qu’il est possible de construire un pays sans les Néo-Québécois. On nous sert maintenant l’histoire d’un Québec sans les immigrants qui ont été présents tout au long de cette dernière pourtant.

La religion est instrumentalisée. Cela est possible parce que le catholicisme a été porteur de nombre de frustrations et que le processus de sécularisation a permis à des Québécoises et de Québécois d’échapper à l’emprise de l’Église catholique. Mais, les médias font une campagne de peur sur le dos des minorités et le gouvernement ne fait rien pour dénoncer cette campagne de peur. On généralise, on stigmatise, on dit ouvertement qu’on préfère une immigration (occidentale) à une autre (Magrébine par exemple). On sème l’intolérance. On instrumentalise les douleurs identitaires vécues dans certains pays. An nom du principe qu’à Rome on vit comme les Romains, on refuse de reconnaître les apports de la diversité.

Et pourtant, le vrai débat est celui de la discrimination systématique à l’emploi : taux de chômage plus élevés, faible présence des minorités visibles dans la fonction publique et même au sein du mouvement communautaire.On veut garder des personnes à l’écart alors que la communauté magrébine est surscolarisée. Et la Charte va constituer une nouvelle embûche qui va exacerber les discriminations existantes. C’est inquiétant.

Le gouvernement péquiste c’est la soumission sur tous les terrains

Pour Françoise David, le Québec vaut mieux que ce que le lui offre le gouvernement péquiste. Ce dernier démissionne sur les questions de fiscalité, de justice sociale, d’environnement et de souveraineté. C’est un gouvernement qui démissionne devant les pressions de l’élite. On va faire la souveraineté avec tout le monde et non avec une seule partie de la population. Nous on refuse de construire un parti de l’intolérance au service d’une minorité possédante qui décide de tout. On choisit la souveraineté populaire, c’est tout le contraire de ce que fait le PQ.

Le gouvernement péquiste est attaché aux élites. Il est incapable de leur résister. Il utilise le principe de l’utilisateur payeur. Il favorise la privatisation des services publics. Il refuse d’ébranler le statu quo économique et social.

Québec solidaire refuse le modèle du XIXe siècle. Il défend le bien commun. Il veut une laïcité véritable qui pourrait abolir les subventions publiques aux écoles privées ou les exemptions fiscales pour les communautés religieuses... Face à de tels enjeux, il faut redoubler d’ardeur, mais aussi comprendre que le seul vote stratégique, c’est le vote pour Québec solidaire.

Une discussion qui approfondit les thèmes soulevés

La discussion devait permettre d’illustrer les questions soulevées par les panélistes. Ce qui s’est relevé, ce sont les divergences de plus en plus essentielles entre le projet péquiste que ce soit sur le terrain économique, social et environnemental et celui de Québec solidaire. Il ne s’agit plus ici de nuances, mais d’orientation radicalement différente pour l’avenir du Québec. Les prochaines élections seront l’occasion pour présenter ces différentes orientations. Québec solidaire sera au rendez-vous.