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Ecrasante victoire du "non" avec 55 %

Déclaration de la LCR.

lundi 30 mai 2005

Le non vient donc de l’emporter. C’est une victoire magnifique pour tous ceux qui souffrent depuis de nombreuses années des méfaits des politiques libérales menées avec constance depuis plus de vingt ans. Une victoire pour le monde du travail face à un projet de constitution qui entendait annuler l’ensemble des conquêtes accumulées au XX° siècle. Victoire pour les populations soumis à une marchandisation croissante qui détruit les services publics et les solidarités. Après une campagne ahurissante mobilisant l’ensemble des medias et des élites au service du oui, où le président, le gouvernement, le patronat, les partis institutionnels ont organisé une campagne de la peur n’hésitant sans aucune forme de chantage ou de pression, le non l’a quand même emporté. Quelle défaite pour les forces qui ont tout utilisé : les peurs, les insultes, les amalgames avec l’extrême droite pour masquer les véritables enjeux. Qui ont mobilisé tant de moyens face à ceux dérisoires mais militants du non. On a voulu faire plébisciter une vision désincarnée de l’Europe et voilà que le non censure le libéralisme. C’est une défaite pour celles et ceux qui rêvent d’une société libérale libérée des entraves que représentent les résistances du monde du travail et du peuple de ce pays, mais qui n’ont jamais au court de cette campagne assumée leur projet. Celui d’une société basée sur le profit, la compétition, la concurrence, les inégalités comme forces motrices en lieu et place de l’égalité, de la coopération et de la solidarité. Alors bien sur, ce n’est qu’une victoire qui ne changera pas tout face au rouleau compresseur capitaliste, l’Europe telle qu’elle est va continuer à proposer des directives qui s’attaquent aux droits sociaux, les gouvernements vont poursuivre leurs offensives libérales. Mais dans un contexte différent. Face à un non social et démocratique qui face à l’Europe, aux peuples, aux travailleurs, rejette cette société du profit pour en proposer une autre. Ce non social et démocratique s’adresse à toute l’Europe, aux populations à l’est comme à l’ouest qui subissent de plein fouet la démolition de leurs droits sociaux. C’est un encouragement formidable pour les forces, nombreuses, qui elles aussi pensent qu’une autre Europe est possible à condition de défaire cette Europe libérale et capitaliste. A nous qui venons de refuser cette constitution de proposer des initiatives européennes dessinant une autre Europe. Une Europe qui harmoniserait les droits sociaux et démocratiques par le haut. Une Europe qui ferait des critères de convergences sociaux, de la mise en œuvre d’un SMIC européen, d’une fiscalité commune sur les capitaux, de la création de véritables services publics européens ; de véritables priorités. Une Europe qui étendrait à toutes les femmes le droit à l’avortement, à tous les résidents étrangers l’égalité des droits. Une Europe enfin de la paix, de la coopération, solidaire du Sud de la planète, qui, tournerait le dos à l’OTAN et à la remilitarisation promise par le Traité.

Chirac et Raffarin, qui mènent la politique libérale inscrite dans le marbre du traité, viennent une nouvelle fois d’être lourdement sanctionnés. Ceux qui nous ont promis le chaos, la crise, sont plus que jamais illégitimes. Ils doivent démissionner. Le parlement qui aurait ratifié cette constitution à près de 90% ne représente pas le pays réel. Cette assemblée doit être dissoute, de nouvelles élections convoquées. Laissera-t-on à Chirac le soin de négocier un futur plan B qui volerait la victoire du camp du non social ? Laissera t-on ce gouvernement continuer pendant deux ans à poursuivre cette politique antisociale ? Ce vote montre une crise de la représentation majeure : si le vote n’avait eu lieu au parlement, c’est près de 90% des députés et des sénateurs qui auraient ratifié le traité. C’est à la proportionnelle que doit être élue la prochaine assemblée. Le patronat mobilisé à fond pour un projet qui est fondamentalement le sien vient de subir un revers. A nous de profiter de cet affaiblissement de la droite et du patronat, sans attendre 2007, pour prendre une revanche sociale. Imposer une autre répartition des richesses et du travail, sauver et étendre les services publics, défendre et élargir la protection sociale. De ce point de vue les luttes récentes des travailleurs d’IBM et de Total montrent la voie à suivre. Celle de la généralisation des luttes. A gauche les directions du PS et des verts ont voulu permettre en s’alliant à la droite de faire passer une telle constitution. Eux aussi sont lourdement sanctionnés comme globalement toutes les forces qui assument le bilan de leur participation gouvernementale et de leur politique libérale. Décidemment il y a bien deux gauches dans ce pays. Une gauche libérale qui accepte les contraintes d’un capitalisme de plus en plus brutal et sauvage et qui accompagne les contre-réformes libérales. Celle qui a provoqué le désastre du 21 avril 2002, celle qui ne combat pas les projets de la droite, celle qui finalement a le même projet économique et social que la droite. Mais une autre gauche, un autre camp se sont dégagés dans cette campagne.

Le non social et démocratique a été l’événement de cette campagne. Il a posé les bonnes questions, lutté contre une campagne mensongère, et installé le vrai débat qui traverse le pays : pour ou contre le libéralisme, accepter ou se résigner, face à la brutalité de l’offensive patronale. Des milliers de débats, des centaines de meetings, un millier de collectifs sont venus perturber la belle machine à ratifier sans vague l’escroquerie libérale et antidémocratique que représentait cette constitution. Regroupant tous ceux qui luttent, qui résistent depuis de nombreuses années, le non porte l’espoir d’un autre monde, d’une autre Europe, d’une autre politique. Ce non là est l’avenir. Il est porté par les luttes des jeunes et des travailleurs, il vient des combats des mouvements altermondialistes, il a permis la convergence de militants de la LCR, du PCF, d’écolos et de socialistes pour un non antilibéral ainsi que la rencontre de ces militants politiques avec des syndicalistes, des militants associatifs. Cette convergence de force, ce soulèvement de la France d’en bas, est l’événement majeur de cette campagne. L’engagement de nombreux militants syndicalistes, d’équipes syndicales, d’Attac a été déterminant dans le succès de la campagne. Ce qui a permis de lever de nombreux obstacles à la convergences des forces Elle doit se poursuivre. C’est pourquoi nous proposons une rencontre nationale des 1000 collectifs du non pour décider ensemble de continuer. Agir contre la droite et le patronat. Proposer une alternative au capitalisme libéral en Europe comme en France qui redonne espoir à celles et ceux de plus en plus nombreux qui ne résignent à accepter les lois d’airain de cette société capitaliste. Les forces politiques qui se sont regroupés dans le cadre antilibéral de l’appel dit des 200 doivent également, nous le proposons, se rencontrer rapidement pour encourager et développer de telles perspectives.

Au niveau européen, un Forum social européen doit permettre dans des délais assez rapides de dessiner les contours d’une autre Europe sociale, solidaire et démocratique. Un processus constituant démocratique doit être mis en discussion.