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Élections américaines : Regard sur une nomination présidentielle historique

jeudi 27 novembre 2008, par Malik Miah

Le sénateur Barack Obama de l’ILLINOIS est devenu le candidat démocrate à la présidence. Qu’est-ce que cela signifie pour la société civile des États-Unis ? Quelle position les progressistes et les socialistes doivent-ils prendre ?

Quand Obama a obtenu les nombres de délégué-e-s pour devenir candidat, tous les américains : démocrates, républicains, indépendants ou socialistes -ont compris la signification du fait qu’un fils d’un immigré africain du Kenya et d’une mère blanche du Kansas obtienne cette investiture pour politique américaine. Martin Luther King Jr. a pu rêver à ce qui pourrait se produire, mais peu de ceux qui ont marché dans Selma ont cru que ce rêve pourrait se réaliser durant leur vie.

Une discussion importante

Le discours d’Obama à Philadelphie sur l’histoire des relations interraciales était remarquable de la part d’un politicien capitaliste important ayant une chance de devenir président. Bon nombre d’entre nous n’ont jamais pensé que nous verrions dans notre vie une personne noire ayant la possibilité de devenir Président des États-Unis. Le fait que c’est maintenant possible (probable, ed.) est un signe de progrès racial dans ce pays plus de 40 ans après les Lois sur les droits civiques. Mais c’est également un signe du mécontentement profond des Américain-e-s, et en particulier parmi les Afro-américains, dominés par politique qui a régné à Washington depuis trop d’années.

Certaines personnes de gauche ont pensé que ma sympathie pour cette réalité indiquait que je souhaitais que les indépendants et les socialistes se fassent les défenseurs d’Obama, et particulièrement de ces jeunes qui l’appuient et qu’il fallait soutenir un candidat d’un des principaux partis affairistes qui défendent une politique globale néocolonialiste et néolibérale. C’est tout le contraire de ce que je pense.

Mais l’ascendant d’Obama reflète des changements fondamentaux de la société qui doivent être identifiés par ceux et celles qui veulent un gouvernement et un État de la classe ouvrière. Ces changements sociaux résultent de la victoire de la révolution des droits civiques des années 60. Nous ne sommes pas dans une société « daltonienne » comme le prétendent les néoconservateurs. Le fait que la plupart de ses partisans, et Obama lui-même, soient un sous-produit d’une ère où la plupart des jeunes de différents groupes ethniques cohabitent librement est nouveau. Le fait que la plupart des gens croient qu’un homme de couleur ou une femme puisse être élu président-e est un résultat de vrais changements. Ces changements ne sont pas simplement cosmétiques ou provisoires, même si le racisme est une réalité quotidienne pour une personne noire.

Les principaux pouvoirs, naturellement, est encore aux mains des hommes blancs. Le fait qu’ Hillary Clinton ait reçu 18 millions de voix et a eu le soutien passionné de femmes qui ont grandi dans la deuxième vague du féminisme dans les années 60 et les années 70, et qu’elles croient qu’une femme peut maintenant devenir commandant en chef des États-Unis, c’est l’expression de changements profonds de la société américaine.

Le chroniqueur Bob Herbert de New York Times observe dans un article du 7 juin dernier, qu’ il y a 40 ans, la même année où Martin Luther King et Robert Kennedy ont été assassinés, « la notion qu’une personne noire - ou une femme - puisse être un-e candidat-e sérieux-se à la présidence aurait été considérée comme de la folie. » Il ajoute, « un président de couleur ? Vous devez plaisanter. » Une femme comme président ? « Selon l’organisation nationale des femmes, dans un rapport publié en 1966, moins de 1 pour cent de tous les Juges Fédéraux étaient des femmes, moins de 4 pour cent de tous les avocats, et à peine 7% étaient médecins, » note Herbert.

Le sexisme et le racisme sont encore répandus. Mais de réels progrès sont évidents - la majorité de diplômés de la Faculté de Médecine sont maintenant des femmes. Il y a beaucoup de femmes sur des conseils d’administration importants et des douzaines de femmes sont sénatrices et siègent à la Chambre des représentants. Ces changements positifs doivent être reconnus.

Mon point de vue, une opposition positive

Les jeunes ont été galvanisés par le phénomène d’Obama. La position envers Obama devrait en être une d’opposition positive et non un « appui critique » comme quelques chefs noirs progressistes l’ont préconisé. Je ne peux pas voter pour un Démocrate ou un candidat républicain, car chaque parti défend les politiques de la classe dirigeante. En tant que socialiste, il n’est pas possible de voter pour un Afro-américain ou un femme s’ils sont à la direction de l’un ou l’autre des partis qui sont responsables des guerres d’agression en Afghanistan ou en Irak ou qui menacent l’Iran et la Palestine. Je crois fermement que nous devons construire un parti travailliste de masse. Seul un tel parti politique de la gauche pourra défendre l’intérêt des travailleurs et des travailleuses. Je rejette « l’appui critique » à Obama pour cette raison. Mais puisque nous n’avons pas encore l’instrument de gauche nécessaire, et que n’existent pas encore les mouvements sociaux de masse ou un important mouvement pacifiste militant, le défi est de soulever ces questions de classe dans le cadre de la lutte électorale.

Comment ?

Il faut amener franchement les défenseurs de la campagne d’Obama à s’engager sur les questions à l’ordre du jour. Cela veut dire inviter les jeunes défenseurs d’Obama aux prochains rassemblements contre la guerre, aux actions de solidarité avec les ouvriers ou à la lutte pour les soins de santé publics et gratuits. L’élection du premier président afro-américain, comme l’élection des premiers maires noirs il y a 40 ans, est un progrès relatif mais ce n’est pas une solution pour les besoins de la majorité ouvrière et populaire et pour répondre aux différents enjeux sociaux. C’est pourquoi les campagnes des partis tiers progressistes sont importantes. Mais pour moi, attaquer Obama en tant que Démocrate, reprendre la rhétorique du vote qui ne vaut pas une balle ne sont pas la meilleure façon d’influencer ceux et celles qui seront bientôt désillusionnés par la présidence américaine. Je voterai probablement pour un tiers parti mais je considère comme prioritaire de débattre avec les actuels supporters d’Obama. Le défi est de s’inscrire dans l’histoire qui se fait sans oublier l’objectif de construire un parti de masse de la classe ouvrière.

(article traduit et adapté par Bernard Rioux) (tiré du site de Solidarity, http://www.solidarity-us.org/)