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Entrevue sur la mobilisation d’appui aux militants cubains emprisonnés

samedi 12 décembre 2009, par Catherine Sansregret

Catherine Sansregret milite au Comité Fabio Di Celmo pour les 5 (Table de concertation de solidarité Québec-Cuba)(1). C’est une observatrice avertie des enjeux entourant cette campagne et plus généralement de l’actualité Cubaine.


Site de Gauche Socialiste
5 novembre 2009


PTAG : Cela fait 11 ans que cinq militants cubains Fernando González Llort, René González Sehwerert, Antonio Guerrero Rodríguez, Gerardo Hernández Nordelo et Ramón Labañino Salazar sont emprisonnés aux Etats-Unis. Peux-tu rappeler le fond de cette longue affaire ?

Catherine Sansregret : C’est une affaire de 2 poids, 2 mesures. Des gens qui luttent contre la terreur, les 5 militants cubains face à des organisations terroristes de l’extrême-droite cubano-américaine à Miami. Depuis le triomphe de la Révolution cubaine en 1959, les gouvernements des États-unis ont maintenu une politique d’agression permanente. Ceci a causé la mort de plus de 3 478 Cubains, handicapé à vie plus de 2 099 autres. Cela met en danger la paix, la sécurité et le bien-être de ce peuple et aussi - je pense que c’est important de le souligner - des gens qui visitent l’île comme le jeune Italien montréalais, Fabio di Celmo, d’ou vient le nom de notre comité, qui a été tué par une bombe dans un hôtel en 97.

À la même époque après cette vague d’attentats à la bombe dans les hôtels de La Havane, le gouvernement cubain, sur la base des informations transmises par « les cinq », a communiqué au gouvernement des États-unis, et au Fédéral Bureau of Investigation (FBI), des renseignements précis sur ces attentats organisés du territoire américain.

Mais ce sont « les cinq » qui ont été arrêtés par le FBI en 1998. Le gouvernement des E.U. a eu recours à un subterfuge légal utilisé souvent contre des militants de gauche, de anti-guerre, de droits civiles : une accusation de « conspiration ». En droit, une conspiration est un accord illégal établi entre deux personnes ou plus pour commettre un délit – peut-être. Il n’est pas nécessaire que un délit soit commis. Tout ce que doit faire l’accusation est de démontrer, sur la base d’une preuve circonstancielle, qu’un accord « peut » avoir existé.

C’est donc important aussi de souligner que ce ne sont pas des espions. Ils n’ont pas recherché le moindre information pouvant porter préjudice à la sécurité nationale des États-unis Ils ne faisaient qu’ infiltrer les organisations terroristes de l’extrême-droite cubano-américaine à Miami, pour prévenir des attaques contre Cuba. Ils ne faisaient que défendre de façon non violente les vies des citoyens de leur pays ; ils n’étaient pas armés et n’ont commis aucun acte violent. (2)

PTAG : « les cinq » ont fait l’objet d’un traitement très sévère. Peux-tu nous le décrire ?

CS : C’est une longue accumulation d’irrégularités et d’injustices. Je vais en mentionner 5.

- Après le plus long procès dans l’histoire des E.U., que les medias ont ignoré et ignorent presque encore, ils ont été condamné des peines démesurées en décembre 2001. Toujours à Miami. René González : quinze ans d’emprisonnement ; Fernando González : dix-neuf ans ; Ramón Labañino perpétuité, plus dix-huit ans ; Gerardo Hernández : deux peines de perpétuité plus quinze ans, Antonio Guerrero : perpétuité plus dix ans).

- Il a été refusé de transférer le procès hors de Miami, où l’histoire du climat d’intimidation permanent entretenu par l’extrême droite cubano-américaine et l’atmosphère générale rendait un procès juste impossible.

- Ils ont été mis au secret, dans `le trou` pendant dix-sept mois.

- Deux d’entre eux, René et Gerardo se sont vus refuser systématiquement, depuis 11 ans, le droit de recevoir la visite de leurs épouses, Olga Salanueva et Adriana Perez.

- J’ajoute que durant cet été 2009 la Cour Suprême a refusé d’entendre la requête de révision du procès malgré 12 Amicus , des documents présentés à la Cour par, entre autres dix lauréats de Prix Nobel, des centaines de parlementaires du monde entier, et beaucoup des organisations internationales des droits de l’homme ainsi que des juristes. (3)

PTAG : Avec l’arrivée d’Obama au pouvoir, a-t-il été constaté un changement d’attitude face à cette injuste incarcération ?

CS : L’arrivée d’Obama au pouvoir et le refus de la Cour suprême rendent plus clair que le cas des 5 n’est pas un cas principalement légal mais un cas avant tout politique : Ils sont des prisonniers politiques, des otages de la politique des E. U. envers Cuba.

Libérer « les cinq » va à l’encontre de cette politique de longue date, va à l’encontre de la manière que la classe politique étasunienne voit ses intérêts. Leur libération donnera raison et donnera une victoire aux gens qui se mobilisent que justice soit rendue. Ce qui donnera de l’espoir aux autres mobilisations pour changer les choses.

Mais Obama a dit qu’il veut changer des choses – bon, c’est une opportunité pour pousser plus fort pour demander la libération « des cinq ».

Le 13 octobre 2009, encore à Miami, la Cour fédérale du district Sud de la Floride a réduit la peine d’Antonio Guerrero de perpétuité plus 10 ans à 21 ans et 5 mois, ce qui était la peine la moins longue que la juge a pu ordonner. Tout cela n’a rien à voir avec la justice mais témoigne d’un grandissant appui de la population. Le mouvement international pour la libération fait des pas (4). Obama est maintenant un lauréat du prix Nobel de la Paix ? Qu’il use donc de son droit constitutionnel de pardon, afin de libérer les cinq Cubains immédiatement pour démontrer qu’il le mérite !

PTAG : Quel est l’état de la mobilisation au Québec et ailleurs ? Quelles sont les initiatives actuelles ?

CS : Le procès a été dénoncé internationalement, y compris aux Nations Unies par le Groupe de travail sur les détentions arbitraires en mai 2005. Le 4 mars 2009, le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Miguel d’Escoto Brockmann, a demandé la libération des Cinq lors de la session du Conseil des droits humains de l’ONU. Il y a quelques 250 comités pour leur libération. Au Québec, de nombreuses personnalités, des députéEs et des organisations se sont déjà prononcées pour leur libération dans le temps de George W. Bush mais maintenant on leur demande de renouveler leur appui, leur pression, leurs gestes envers la nouvelle administration.

Nous avons 3 volets de la campagne :
-  la pétition demandant au Président Obama de les libérer (5)
-  la carte postale demandant le droit de recevoir la visite de leurs épouses,
-  la ligne de piquetage chaque deuxième jeudi du mois de 17hres A 17h30 devant L’ÉGLISE ST. JAMES UNITED CHURCH au 463 STE-CATHERINE OUEST (près de la rue St. Alexandre) ET DE 17h30 À 18h DEVANT LE CONSULAT DES États-Unis
RUE ST-ALEXANDRE/RENÉ-LÉVESQUE.

On veut faire des liens avec des autres « communautés de résistance », une phrase utilisée par la célèbre activiste Angela Davis lors de sa récente venue à Montréal. Rappelons qu’Angela elle-même avait été libérée de prison aux États-unis par une campagne d’appui internationale.

Ainsi, notre Comité veut appuyer les journalistes mis en lock-out par le Journal de Montréal, lors de leur ligne de piquetage en se rendant sur place, pour leur expliquer le cas de 5 `locked-out` des grands médias.

Le 5ème Colloque international pour la liberté des 5 et contre le terrorisme aura lieu à Holguín, (Cuba) du 19 au 23 novembre avec plus de délégations que jamais. Le 1er Festival de la poésie de résistance a eu lieu à Toronto, en avril dernier. Il était dédié « aux cinq » . La deuxième édition de ce Festival aura lieu en Septembre 2010 et leur sera dédié encore. Le Forum Social Québécois a entendu avec enthousiasme une résolution pour demander au Président Obama de les libérer immédiatement.

Donc on invite toutes et tous les lecteurs de se joindre à la campagne internationale pour ROMPRE LE MUR DE SILENCE sur l’injustice faite aux Cinq et à leurs familles et de SIGNER LA PÉTITION DEMANDANT AU PRÉSIDENT OBAMA DE LIBÉRER LES CINQ CUBAINS PRISONNIERS POLITIQUES AUX ÉTATS-UNIS.

Notes :

(1) Table de concertation de solidarité Québec-Cuba
http://www.solidaritequebeccuba.qc.ca/

(2) Prix nobel de l’injustice, Trois Cubains rejugés à Miami
Le Monde Diplomatique, lundi 12 octobre 2009

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-10-12-Trois-Cubains-rejuges-a-Miami

(3) L’histoire des Cinq Cubains telle qu’on ne vous l’a jamais racontée (I-X)
AUTEUR : Ricardo ALARCÓN DE QUESADA
Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=8413

(4) Déclaration du Mouvement aux Etats-Unis pour la libération des Cinq envers la solidarité internationale - Miami, le 13 octobre 2009
http://www.les5.org/?page=lireNews&idNews=47&PHPSESSID=f82f4573d4f51d5ea8d614aaabcf2749

(5) Renseignements ou pour obtenir une copie de la pétition :
comitefabio@hotmail.com