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Face à la crise économique, Agir ensemble maintenant !

mercredi 18 février 2009, par Bernard Rioux

"Une chose est sûre : les classes dominantes vont tout faire pour reporter les effets de la crise sur les salarié-e-s et sur la majorité de la population : licenciements, blocage des salaires et des budgets sociaux, ruine des retraité-e-s à cause des pertes enregistrées par les fonds de pension. Comment empêcher les capitalistes de rétablir leurs profits au détriment du bien-être de la société tout entière ?"


Tiré de PTAG
mardi 3 février 2009, par Bernard Rioux


I. Une crise mondiale aux dimensions multiples

1. De la crise financière à la récession économique mondiale

Le ralentissement économique, enregistré avant la crise financière, et maintenant la contraction du crédit (le « credit crunch »), transforme la crise en récession économique généralisée : baisse de l’activité, baisse de la consommation, restructurations, licenciements. Cela manifeste la fin d’une longue période marquée une croissance économique (lente, mais réelle) fondée sur le néolibéralisme. Le monde n’est plus seulement confronté à une récession financière, mais c’est la récession qui s’installe maintenant à l’échelle internationale.

La théorie de découplage de la crise entre les pays occidentaux et la Chine a fait long feu. La crise frappe également la Chine qui a vu, déjà, ton taux de croissance divisé par deux (de 14 à 7%). Les entreprises ferment par milliers. Des travailleurs et des travailleuses chinois sont poussés à retourner à la campagne. Comme pays tributaires des exportations vers le marché états-unien, ce pays est pris dans cette crise. Avec le ralentissement des exportations, la Chine sera confrontée à la surproduction dans la plupart de ses secteurs industriels.

2. Les causes de la crise économique et son caractère durable

Au fondement de cette crise, c’est l’offensive néolibérale qui a fait reculer les salaires réels et réduits la part des richesses produites revenant aux travailleuses et aux travailleurs. La baisse tendancielle de la part salariale est maintenant établie et documentée. Aux États-Unis, par exemple l% des personnes les plus riches reçoivent 23 % du revenu national en 2007 contre 10 % en 1982. La baisse de la part salariale s’explique essentiellement par le rapport de forces entre classes sociales. Les gains de productivité ne reviennent plus aux salariés.

Le rétablissement du taux de profit n’a pas conduit à une à augmentation simultanée du taux d’accumulation (investissement dans la production). Et en plus, on s’est retrouvé face à un problème de réalisation (incapacité de vendre la production sur un marché trop restreint). Le recyclage de la plus-value non accumulée s’effectue à travers la financiarisation de l’économie. La financiarisation n’est pas un facteur autonome, mais elle est le complément logique de la baisse de la part salariale et de la raréfaction des occasions d’investissement suffisamment rentables. La finance se met à jouer un rôle plus important dans la reproduction en procurant des débouchés alternatifs d’une demande salariale en recul.

Les entreprises ont privilégié la rémunération des actionnaires sur l’investissement. Si la part des salaires baisse et si l’investissement stagne, qui va acheter la production ? À cette question, il n’y a qu’une réponse possible : la consommation issue de revenus non salariaux doit compenser la stagnation de la consommation salariale.

La finance est ce qui sert à réaliser cette compensation, soit par la distribution d’une partie de la plus-value non accumulée aux détenteurs de revenus financiers qui la consomment, soit par le développement exponentiel de l’endettement des ménages dont la consommation augmente, non pas en raison d’une progression des salaires, mais par la baisse du taux d’épargne.

Cette crise va entrainer de longues et douloureuses années de crises et de restructurations et cela d’autant plus qu’elle touche le centre du capitalisme mondial, les États-Unis.

3. La crise économique s’articule à une crise alimentaire

Il n’y a pas qu’une crise financière et économique. Il y a aussi une crise alimentaire et elle affecte directement les peuples du sud qui ont vu augmenter le prix des aliments de 100% et même de 300% dans le cas du riz. Il y a une forte augmentation de personnes affamées. En plus des personnes affamées, il y a les personnes sous-alimentées. Si on estimait à 800 millions le nombre de personnes affamées. Avec cette crise, il y aura 100 millions de personnes de plus qui seront dans une situation d’insécurité alimentaire. (CADTM)

Les industriels de l’agrobusiness du Nord ont convaincu les gouvernements de Washington, de l’Union européenne et d’autres gouvernements de subventionner la production d’agrocombustibles à partir de maïs, de blé, de colza, de soja, de betteraves... Ce sont autant d’aliments détournés vers la production d’agro combustibles. L’offre de céréales et d’autres aliments sur le marché a baissé de façon significative et a provoqué une augmentation énorme des prix. À cela, il faut ajouter la spéculation sur le marché des aliments a provoqué la crise que l’on connaît sans parler de la destruction de l’agriculture vivrière par les grandes entreprises agro-alimentaires du Nord..

4. … et à une crise écologique mondiale (dont la crise climatique est la dimension la plus importante

La crise climatique se manifeste dans la durée… Depuis 200 ans, il y a une lente accumulation de gaz à effet de serre. Son origine est le développement productiviste capitaliste. Et il n’y a pas une décélération des émissions mondiales de CO2 avec tous ces effets sur la fonte des glaciers et la montée du niveau des océans, malgré les accords à cet égard. L’économie capitaliste s’articule à l’exploitation systématique d’énergies fossiles et les principales entreprises capitalistes sont liées à ce secteur. Elles cherchent à bloquer les solutions qui remettent en question leur logique d’accumulation. .

5. Une combinaison de crises qui débouchera sur une crise sociale et politique d’ampleur

Nous ne vivons donc pas une crise conjoncturelle, mais une crise structurelle du capitalisme qui arrive de plus en plus difficilement à répondre aux besoins sociaux et dont la logique conduit maintenant à des catastrophes écologiques. Cette combinaison de crises met à l’ordre du jour la remise en cause du système capitaliste.

Du point de vue de l’analyse, il faut insister sur sa dimension systémique bien illustrée par les événements récents. Le capitalisme s’oppose aujourd’hui clairement à la satisfaction des droits sociaux : droit à l’alimentation, droit à l’emploi, droit à un revenu décent, droit à une répartition égalitaire des revenus, droit à la santé et à un environnement viable...

6. Les solutions de la bourgeoisie : faire payer la crise aux travailleuses et aux travailleurs et aux plus démunies… ou de la crise économique à la crise sociale.

Les plans de sauvegarde aux États-Unis comme ailleurs visent essentiellement à protéger rentabilité des banques et des grandes entreprises.

Aux États-Unis, le plan de relance d’Obama de 825 milliards de dollars est censé tirer les États-Unis hors de la récession. « Obama annonce une intervention de l’État plus importante et, en même temps très insuffisante, tout en réduisant les impôts des personnes et des entreprises. Derrière les quelques annonces sociales, se cachent aussi le maintien du colossal budget militaire et des manœuvres d’envergure dans les banques, où des sommes énormes ont été récemment englouties, sans réelles garanties pour la population et sans contrôle. Dans ce contexte, ce sont déjà les salarié-e-s, tous les jours, qui payent la crise. » (Obama au pied du mur, par Simon Marceau). Le déficit des États-Unis est maintenant de 1 200 milliards de dollars, soit 10 % du PIB.

Comment les gouvernements capitalistes vont-ils proposer de faire face à de tels déficits étant donné le dogme des baisses des impôts ? Les gouvernements vont nous servir de nouveau le remède de la réduction des services publics et d’éducation et leur privatisation. Nous risquons de voir un saut qualitatif dans l’offensive antisociale de ces gouvernements. Déjà, on essaie de créer un climat de peur et on commence à faire appel à des concessions salariales et autres pour faire face à la crise.

La volonté de la bourgeoisie de faire payer la crise aux travailleurs et travailleuses pourrait aggraver la profondeur de la crise. Alors que pour retrouve un mode de croissance stabilisé, il faudrait procéder à une redistribution radicale des revenus, et là encore, on retrouve la question sociale.

II. Perspectives — immédiates – développer collectivement un programme de résistance à la crise du système.

Une grande incertitude pèse sur la trajectoire de l’économie mondiale. Mais une chose est sûre : les classes dominantes vont tout faire pour reporter les effets de la crise sur les salarié-e-s et sur la majorité de la population : licenciements, blocage des salaires et des budgets sociaux, ruine des retraité-e-s à cause des pertes enregistrées par les fonds de pension. Comment empêcher les capitalistes de rétablir leurs profits au détriment du bien-être de la société tout entière ?

1. Quels axes programmatiques face à la crise : Une nouvelle répartition de la richesse et l’investissement public au poste de commande

a) Avec la crise, les politiques néolibérales ont subi un échec cinglant. Deux questions sont de nouveau au centre, la répartition des richesses et la question de la propriété. Dans les batailles ou luttes sociales qui émergeront, il y a un formidable point d’appui : les milliards de dollars octroyés aux banques… en quelques heures ou quelques jours… alors que les caisses sont toujours vides pour les salarié-e-s, les chômeurs, les peuples. Il faut renverser la tendance prise depuis 25 ans dans la répartition des richesses, consacrer ces richesses à l’emploi, aux salaires, à la sécurité sociale, aux services publics et pas à la spéculation financière.

La gestion de la crise, les faillites des banques et des entreprises remettent à l’ordre du jour les problèmes d’organisation de l’économie : Va-t-on laisser dans les mains des profiteurs, des spéculateurs, des licencieurs le sort de millions de personnes ? Il faut pour favoriser l’intervention publique et son contrôle démocratique par la majorité laborieuse, la propriété publique ou la déprivatisation des banques et des entreprises sous contrôle des travailleurs et des travailleuses.

b) Le point de départ d’un plan d’urgence sociale : défense de l’emploi contre les licenciements par l’interdiction des licenciements par des entreprises rentables, création massive d’emplois publics socialement utiles et répondant aux besoins sociaux, augmentation de tous les salaires, arrêt des privatisations. Pour combattre la crise du logement, bloquer les prix des loyers et engager immédiatement un plan de construction de logements sociaux. Il faut socialiser non pas les pertes des entreprises, mais socialiser les investissements et créer les mécanismes de contrôle de la population qui doit elle-même faire les choix des investissements à faire dans cette société.

c) Taxation des profits et créations d’entreprises publiques pour satisfaire des besoins socialement utiles. L’argent prélevé par les pouvoirs publics par cette taxation servirait à subsidier partiellement ou à financier totalement des unités de production orientées vers la satisfaction de besoins sociaux reconnus.

d) Dans cette résistance à l’offensive menée par le capital, il y a une dimension écosocialiste, en rapport avec un autre modèle économique, basé sur la lutte contre le réchauffement climatique, une autre organisation de la politique de transports, de la politique d’énergie, la lutte contre la pollution et la dégradation de l’environnement des quartiers et des campagnes. Il faut partir de l’exigence de développement durable en matière écologique pour redonner du sens à l’idée de planification économique et écologique. Il faut créer les conditions de développement des entreprises publiques responsables d’un développement soutenable et qui font de la satisfaction des besoins sociaux leur préoccupation première.

e) Non à l’offensive contre l’égalité des femmes à la faveur de la crise économique. Les luttes pour l’égalité de genre : l’équité salariale, le maintien en emploi, l’opposition au renforcement du temps partiel chez les femmes devront rester des axes de notre combat.

f) Sur la crise financière et bancaire : mettre l’accent sur des revendications contre les déréglementations financières, la taxation des transactions financières, la taxation des paradis fiscaux, la levée des secrets bancaire et commercial et d’entreprise industrielle. Création d’un pôle financier public élargi autour de la Caisse des Dépôts (par des nationalisations des banques ?) pour disposer d’un instrument pour une autre politique d’investissement au service de l’emploi, du logement social, des services publics, des projets écologiques et pour garantir un accès au crédit à taux favorable pour les particuliers.

Nationalisation des grandes entreprises d’exploitation des ressources (forêt et papier, mines), des entreprises de transport public et des autres secteurs-clés de l’économie. Ce programme doit être opposé aux nationalisations ou contrôle de l’État « temporaire » ou « partiel ». Ces nationalisations doivent s’accompagner du contrôle des travailleurs, des travailleuses, des salarié-e-s et de la population.

2. Face à la crise, un plan de résistance élaboré collectivement par les mouvements sociaux et la gauche politique.

Ce ne sont là que de larges axes programmatiques. Il faut ouvrir un large débat dans les organisations syndicales, populaires, féministes, écologistes… et dans la gauche politique pour élaborer un plan d’urgence social afin de définir des objectifs précis et les mesures de transformation radicale de l’économie pour qu’elle soit au service de la majorité de la population.

Il est urgent que les organisations syndicales, féministes, populaires et jeunes, en collaboration avec la gauche politique (particulièrement Québec solidaire) élaborent collectivement et démocratiquement un plan de résistance sociale qui demanderait une nouvelle répartition immédiate des richesses au profit des salarié-e-s.

Cette démarche pourrait jeter les fondements d’un front commun des mouvements sociaux pour faire face à la crise.


Bibliographie

1. Stépahnie Treillet, Crise éconmique : globalisation en 2009

2. Stéphanie Treillet, La crise : un tournant dans le capitalisme néolibéral ?

3. Françcois Chesnais Introduction à la discussion sur la crise

4. Michel Husson, Une crise systémique globale et durable.

5. Eric Toussaint, Quelles crises ? Quelles réponses du sud ?

6. François Chesnais, La récession mondiale : moment, interprétations et enjeux de la crise.

7. Alain Bihr, Economie. Le triomphe catastrophique du néolibéralisme.

8. Alain Bihr, A la croisée des chemins (2).