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Forum Social Mondial 2009 : Déclaration de l’Assemblée des Femmes

mercredi 18 février 2009

Lorsque cette année, le FSM s’unit à la population de la Pan-Amazonie, nous, femmes de différentes parties du monde, réunies à Belém, nous affirmons la contribution des femmes autochtones et des femmes de tous les peuples de la forêt comme sujet politique qui vient enrichir le féminisme à partir de la diversité culturelle de nos sociétés et avec nous, rendre plus forte la lutte féministe contre le système patriarcal capitaliste globalisé.

Le monde assiste aujourd’hui à des crises qui démontrent la non viabilité de ce système. Les crises financières, alimentaire, climatique et energétique ne sont pas des phénomènes isolés, mais représentent une même crise de ce modèle qui repose sur la surexploitation du travail et de la nature, sur la spéculation et financiarisation de l’économie.

Face à ces crises, les réponses paliatives qui reposent toujours sur la logique du marché ne nous intéressent pas. Ces réponses ne peuvent mener qu’à la survie de ce même système. Nous avons besoin d´avancer dans la construction d’alternatives. Pour la crise climatique et energétique, nous rejetons l’utilisation des agro-combustibles et du marché de crédits de carbones. Nous, femmes feministes, nous proposons de changer de modèle de production et de consommation. Pour la crise alimentaire, nous affirmons que les transgéniques ne représentent pas une solution. Notre proposition est la souveraineté alimentaire et la production agro-écologique.

Face à la crise financière et économique, nous sommes contre les millions d’argent public dépensés pour sauver les banques et les entreprises. Nous, femmes féministes, revendiquons la protection du droit au travail et du droit à un revenu digne. Nous ne pouvons accepter que les tentatives de maintenir ce système soient faites sur notre dos, sur le dos des femmes. Les licenciements massif, la réduction des dépenses publiques dans le social et l’affirmation renouvelé du modèle productif affecte directement nos vies et augmente le travail de reproduction durable de la vie.

Pour imposer son emprise sur le monde, le système recourt à la militarisation et à la course aux armements ; il attise les conflits armés où les femmes constituent des butins de guerre, où l’on assujeti leurs corps à la violence sexuelle comme arme de guerre. Il expulse les populations et les oblige à vivre comme réfugiées politiques ; il permet l’impunité de la violence contre les femmes, le féminicide et d’autres crimes contre l’humanité qui se succèdent quotidiennement dans le contexte des conflits armés. Nous féministes, proposons des transformations profondes et radicales des relations entre les êtres humains et avec la nature, la fin de la lesbophobie, du patriarcat hétéronormatif et raciste.

Nous exigeons la fin du contrôle sur nos corps et notre sexualité. Nous revendiquons le droit de décider en liberté sur nos vies et dans les territoires où nous habitons. Nous voulons que la reproduction de la societé ne se fasse pas à partir de la super-exploitation des femmes. Dans la rencontre de nos forces, nous nous solidarisons avec les femmes des régions où sévissent des conflits armés, des guerres. Nous joignons nos voix à celles de nos compagnes d’Haïti et nous répudions la violence pratiquée par les forces militaires d’occupation. Nous exprimons notre solidarité aux Colombiennes et Congolaises et à tant d’autres femmes qui résistent tous les jours aux violences des militaires et des milices impliqués dans les conflits de leurs pays. Nous exprimons notre solidarité avec les Iraquiennes qui font face à la violence de l’occupation militaire nord-américaine.

Actuellement et tout spécialement, nous nous solidarisons avec les femmes palestiniennes dans la Bande de Gaza et qui subissent l’attaque militaire d’Israel. Nous nous joignons à toutes celles qui luttent pour la fin de la guerre au Moyen-Orient. Dans la paix comme dans la guerre, nous nous solidarisons avec les femmes victimes de la violence patriarcale et raciste contre les femmes noires et contre les jeunes. De la même manière, nous manifestons notre appui et solidarité à chacune des compagnes qui sont en luttes de résistance contre les barrages, les marchands de bois, les entreprises minières et les mégas-projets en Amazonie et autres parties du monde. Elles sont persécutées pour leur opposition légitime à l’exploitation. Nous nous joignons aux luttes pour le droit à l’eau.

Nous nous solidarisons avec toutes les femmes qui sont criminalisées pour pratiquer l’avortement ou parce qu’elles défendent ce droit. Nous renforçons notre engagement et ferons converger nos actions pour résister à l’offensive fondamentaliste et conservatrice, pour garantir que toutes les femmes qui en ont besoin aient le droit à l’avortement légal et en sûreté. Nous nous joignons aux luttes pour l’accès des femmes porteuses de déficiences et pour le droit à la libre circulation des femmes migrantes. Pour nous et pour toutes, nous continuerons notre engagement à construir le mouvement féministe comme une force politique contre-hégémonique et comme un instrument des femmes visant la transformation de leurs vies et de nos sociétés, appuyant et renforçant l’auto-organisation des femmes, le dialogue et l’articulation avec les luttes des mouvements sociaux.

Nous serons toutes, dans le monde entier, le 8 mars prochain et durant la Semaine d’Action Globale de 2010, à nous confronter au système patriarcal et capitaliste qui nous opprime et nous exploite. Dans les rues et dans nos maisons, dans les forêts, dans les champs et plantations, dans le cheminement de nos luttes et dans le quotidien de nos vies, nous maintiendrons notre rébellion et notre mobilisation.

Belém,

1er février 2009