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France : Aux responsables de payer

lundi 29 décembre 2008


Rouge n° 2280, 25/12/2008


Faurecia, ArcelorMittal, Peugeot, Amora, Sony, Bata, Camif, La Redoute, Sanofi, et bien d’autres qu’il est impossible de citer tous… Plans de licenciements et fermetures d’usines sont annoncés en cascade, après le renvoi, sans bruit, de plusieurs milliers d’intérimaires. On prévoit déjà 214 000 suppressions d’emplois au cours des six prochains mois, et 361 000 sur l’année 2009. Des centaines de milliers de salariés, mis en chômage partiel, subissent en outre d’énormes pertes de salaire.

Sarkozy et ses ministres, loin de remédier de quelque façon à cette catastrophe, ouvrent largement les caisses de l’État à ceux-là mêmes qui sont responsables de la crise, les gros actionnaires du CAC 40, dont les profits ont frôlé, l’an dernier, les 100 milliards de bénéfices. Après avoir renfloué les banques à coups de dizaines de milliards, sans pour autant être capables de juguler une crise financière contre laquelle ils sont impuissants, ils ont adopté, en Conseil des ministres, un « plan de relance » de 26 milliards d’euros, dont 800 millions d’euros seulement seront consacrés aux travailleurs pauvres, qui recevront en avril la somme dérisoire de 200 euros.

Prime à la casse de 1 000 euros pour Renault et PSA, rachat de milliers de logements aux constructeurs immobiliers, remboursement accéléré des crédits impôts recherche, augmentation de l’allocation que l’État verse au patronat pour l’aider à payer les indemnités de chômage technique : autant de mesures destinées avant tout aux trusts, alors même que ces derniers accentuent leur offensive contre le monde du travail, licencient, restructurent leurs entreprises, concentrent leurs capitaux.

Au point que le déficit de l’État prévu en 2009 explose. Le ministre du Budget, Éric Woerth, l’avait annoncé à 52,1 milliards d’euros en septembre dernier. Il le prévoit aujourd’hui à près de 80 milliards. Un véritable gouffre, que le gouvernement va vouloir faire payer aux couches populaires par une diminution catastrophique de toutes les dépenses utiles à la collectivité.

Les classes dirigeantes et leurs gouvernements n’ont aucune solution à la crise, dont l’ampleur et les conséquences sont loin de s’être encore entièrement révélées. Incapables de résoudre seulement leurs propres problèmes, ils n’ont qu’une seule politique, faire payer cette crise à ceux qui sont déjà victimes de leur politique destructrice. Leur incapacité à répondre aux besoins de la population s’étale au grand jour, tandis qu’apparaît leur véritable préoccupation : maintenir leur domination, leurs profits, leurs privilèges, quoi qu’il en coûte de souffrances, de détresse, de vies brisées.

De là, un mécontentement et une colère dont le gouvernement est tellement conscient qu’il a préféré reculer sur la contre-réforme des lycées, sans pour autant réussir à stopper la mobilisation des lycéens et des étudiants, qui ont été près de 160 000 à manifester, jeudi 18 décembre. Oui, c’est bien un mouvement d’ensemble de toute la population, de la jeunesse, qu’il s’agit de préparer. Pour imposer les mesures d’urgence seules à même de répondre aux besoins du plus grand nombre : l’interdiction des licenciements, la création massive d’emplois dans la fonction publique et la répartition du travail entre tous en diminuant le temps de travail de façon à embaucher tous les chômeurs ; l’augmentation générale des salaires, des minima sociaux et des retraites et un salaire minimum, pour toutes et tous, de 1 500 euros net par mois.

Les richesses existent, elles sont dilapidées par une infime minorité qui les a accaparées à la faveur d’un système injuste et dépassé. Les travailleurs, la population, tous ceux qui les produisent ont toute légitimité pour en prendre le contrôle, centraliser en un seul organisme public de crédit toutes les banques et sociétés de finance, orienter l’économie vers la satisfaction de leurs besoins. Il peut sembler que le mouvement ouvrier, le mouvement social pris au sens large du terme, soit bien loin de cette perspective, tant ses directions traditionnelles, syndicales et politiques, engagées dans une complicité de fait avec le pouvoir, se montrent incapables d’organiser la lutte d’ensemble nécessaire. Tant également, en l’absence d’une telle perspective, les travailleurs éprouvent de difficultés à établir leur jonction quand ils sont en lutte dans leurs entreprises, voire se sentent isolés et impuissants.

Mais c’est sans compter avec la révolte et l’audace dont font preuve les jeunes des lycées, ni avec les efforts entrepris par les enseignants du primaire et les parents d’élèves pour construire, démocratiquement, un mouvement dépassant le seul enjeu de l’école. Le jeudi 29 janvier, date à laquelle les syndicats appellent à une grève interprofessionnelle, pourrait être, pour toutes ces raisons, une journée décisive dont nous avons tout intérêt à assurer le succès. Non pas comme celui d’une de ces sempiternelles journées d’action sans lendemain, mais comme objectif et point de départ du rassemblement le plus large, construit démocratiquement et à la base, pour faire payer la crise à ceux qui en sont responsables. ■

Galia Trépère