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GRÈCE : Pour comprendre le soulèvement

dimanche 28 décembre 2008, par Giorgos Velegrakis

Alors que le gouvernement n’offre d’autre perspective que la répression des manifestations, la situation grecque continue d’être explosive.


tiré de Rouge n° 2280, 25/12/2008


Samedi 6 décembre, un élève de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, est assassiné au centre d’Athènes par un policier. Cet événement est le prétexte de l’éclatement de la révolte des jeunes à travers toute la Grèce. Au début, cette révolte concerne essentiellement les jeunes mais, quinze jours après, elle s’est transformée en véritable révolte sociale. Ces événements ont conduit non seulement à une crise généralisée de la politique néolibérale du gouvernement, mais aussi à une contestation d’une ampleur sans précédent du système politique et des institutions.

Les premiers jours, la rage du peuple s’est exprimée par des occupations d’écoles et d’universités, des manifestations de dizaines de milliers de personnes dans toutes les grandes villes grecques, des attaques de commissariats de police et des conflits violents avec la police. Aujourd’hui, la révolte englobe également une partie des travailleurs, qui occupent des mairies, des administrations locales, et même le bâtiment de la fédération unique des travailleurs du privé (Gsee, à majorité social-démocrate), exigeant la grève générale. Les slogans ne portent plus uniquement sur la répression policière et l’assassinat du jeune élève : ils sont porteurs d’un message politique contre le chômage, la précarité et la crise économique. Enfin, la majorité du peuple grec exige la démission du gouvernement.

Les jeunes, qui ont pour arme la rage contre le système et la désobéissance face au pouvoir, se sont attaqués aux symboles de l’État et de la richesse, s’insurgeant contre un système qui ne leur garantit rien et leur vole la vie. Avec eux, le prolétariat, qui survit tant bien que mal. Mais aussi les immigrés, les Tziganes, les SDF, et tous ceux qui n’avaient pas de raison d’hésiter à brûler et à casser, tous ceux qui sont toujours exclus et vivent dans des conditions déplorables. Enfin, les jeunes précaires et les jeunes chômeurs participent activement aux événements.

Le gouvernement a essayé de garantir sa propre survie et de former une opinion publique favorable à l’ordre et à la loi. Il a tenté de mettre en avant le conservatisme afin de pouvoir isoler et réprimer la révolte. Pour ce faire, le Premier ministre, Costas Caramanlis, a imité de Gaulle lors de la révolte de Mai 68 (appel à la nation) et Sarkozy lors de la révolte des jeunes de banlieues (répression et « détermination »). Malgré ses efforts, il a complètement échoué à garantir la constitution d’un bloc hégémonique chargé du « retour à la normale ».

Le Parti communiste grec n’a pas eu de problème pour se mettre du côté du gouvernement, en adoptant un discours antiviolences et en manifestant séparément. Syriza (coalition de la gauche radicale) a parlé d’un phénomène social et d’une rage justifiée, et elle a mis l’accent sur les problèmes rencontrés par la jeunesse grecque. Ainsi, Syriza ne s’est pas soumise à une fausse logique de cohésion sociale, et elle a montré sa présence dans la rue. La gauche extraparlementaire et la mouvance anarchiste ont réussi à se rapprocher les unes des autres, et à donner une suite au mouvement. La question est de savoir dans quelle mesure la gauche dépassera ses divergences dans la lutte.

Personne n’est capable de prévoir l’avenir de cette révolte. Ce qui est sûr, c’est que rien ne sera comme avant. Ce mouvement est une « répétition générale » pour les révoltes à venir. Elle révèle la crise profonde du système capitaliste international. Il ne faut faire aucune concession pour un « retour à la normale ». Cette révolte doit devenir un danger pour le système et une opportunité pour les mouvements sociaux et la gauche. Il faut lutter pour que cette ébullition sociale se transforme en crise de l’idéologie et des politiques néolibérales, mais aussi en une crise radicale du système politique et de ses institutions. ■

D’Athènes, Giorgos Velegrakis