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Guernica à Gaza

dimanche 4 janvier 2009

TEXTE DE Mustafa Barghouthi, secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, parti politique laïc de gauche. Il est partisan d’une lutte non violente contre l’occupation israélienne. Son texte, en langue anglaise, a été publié par Al Ahram Weekly (1-6 janvier 2009)


Tiré du site ’’À L’ENCONTRE


Le soir du 3 janvier 2003, l’offensive militaire terrestre, doublant celle aérienne, de l’armée israélienne a commencé contre la population de Gaza. Le massacre va s’amplifier. La prison à ciel ouvert de Gaza est bombardée et ses prisonniers tués sous le prétexte qu’un d’entre eux a lancé un cocktail molotov sur un gardien. Et Ehud Barak, ministre de la Défense d’Israël, a l’impudence, dans sa conférence de presse du 3 janvier au soir, d’affirmer que « les préoccupations humanitaires » resteront un élément important de cette « seconde phase de l’opération plomb durci. » Nous publions ci-dessous un article du médecin Moustafa Barghouti qui répond à une mythologie véhiculée par les médias, parmi lesquels, le TJ de la TSR est fort bien représenté. (rédaction du site À L’ENCONTRE)

La campagne israélienne de « mort venant du ciel » a commencé samedi 27 décembre 2008 environ à 11 heures du matin et s’est poursuivie sans relâche pendant la nuit jusqu’à ce matin. Le massacre continue dimanche pendant que j’écris ces mots.

Le jour le plus sanglant en Palestine depuis la Guerre de 1967 est très loin de se terminer, Israël ayant promis que ceci n’est que « le commencement » de leur campagne de terreur d’Etat. Au moins 290 personnes ont été assassinées, mais le décompte des victimes continue à s’élever à un rythme dramatique [490 morts samedi et plus de 2000 blessés] alors que de nouveaux corps mutilés sont retirés des décombres, que les victimes précédentes succombent à leurs blessures et que de nouveaux blessés tombent au même instant.

Ce qui s’est passé et se poursuit encore n’est rien d’autre qu’un crime de guerre et pourtant la machine de relations publiques israéliennes tourne à plein régime, débitant des mensonges chaque minute.

Une fois pour toutes, il est temps de dénoncer les mythes qu’ils ont créés.

1. Les Israéliens ont prétendu avoir mis fin à l’occupation de la Bande de Gaza en 2005.

Alors que Israël a en effet démantelé les colonies de la petite bande côtière, les Israéliens n’ont en aucun cas mis fin à l’occupation. Ils sont restés maîtres des frontières, de l’espace aérien et des voies navigables de Gaza, et ont fréquemment mené des attaques et des assassinats ciblés depuis le désengagement.

De plus, depuis 2006 Israël a imposé un siège complet sur la bande de Gaza. Depuis plus de deux ans, les Gazaouis vivent à la limite de la famine et sans les ressources de première nécessité les plus basiques de la vie humaine, comme l’huile de cuisine ou le carburant de chauffage et les médicaments de base. Ce siège a déjà causé une catastrophe humanitaire qui n’a été qu’aggravée par le dramatique renforcement des agressions militaires israéliennes.

2. Israël prétend que le Hamas a violé le cessez-le-feu et l’a rompu unilatéralement.

Le Hamas a, de fait, respecté son engagement de cessez-le-feu, sauf lorsqu’Israël a mené des offensives majeures en Cisjordanie. Dans les deux derniers mois, le cessez-le-feu est tombé lorsque les Israéliens ont tué plusieurs Palestiniens avec pour résultat la réponse du Hamas. En d’autres termes, le Hamas n’a pas mené d’attaques non provoquées durant la période du cessez-le-feu.

Israël, cependant, n’avait en rien respecté ses obligations, à savoir la levée du siège et la fin du blocus contre l’aide humanitaire vitale dans Gaza. Au lieu de la moyenne de 450 camions par jour passant à travers la frontière dans les meilleurs jours, seuls 80 ont pu arriver a bon port – la frontière restant hermétiquement fermée 70% du temps. Durant ce prétendu « cessez-le-feu », les Gazaouis ont été forcés de vivre comme des animaux, et 262 au total sont décédés en raison de l’impossibilité de recevoir de soins médicaux corrects.

Maintenant, après des centaines de morts, c’est Israël qui refuse de reprendre les discussions sur un cessez-le-feu. Ils ne cherchent pas a obtenir la paix comme ils le prétendent ; il est de plus en plus de clair qu’ils recherchent un renversement du pouvoir [du Hamas] – quel qu’en soit le coût.

3. Israël prétend rechercher la paix avec les « Palestiniens pacifiques ».

Avant le massacre en cours dans la Bande de Gaza, et pendant tout le Processus de Paix d’Annapolis, Israël a poursuivi et même intensifié son occupation de la Cisjordanie. En 2008, l’expansion des colonies a augmenté d’un facteur 38, et 4’950 Palestiniens de plus ont été arrêtés – surtout en Cisjordanie, et le nombre de postes de contrôle est passé de 521 à 699.

De plus, depuis le début des discussions de paix, Israël a tué 546 Palestiniens, parmi eux 76 enfants. Ces statistiques macabres vont augmenter de façon spectaculaire maintenant, mais les transgressions israéliennes précédentes ne devraient pas être oubliées au milieu de ces horreurs les plus récentes.

Rien que ce matin, Israël a tué par balles un jeune manifestant pacifique dans le village de Cisjordanie de Nihlin, et en a blessé des dizaines d’autres lors des dernières heures. Il est certain qu’ils continueront à employer une force létale face aux manifestations non violentes et nous prévoyons par conséquent un grand nombre de victimes en Cisjordanie. Si Israël poursuit la paix avec les « bons Palestiniens » , de qui parlent-ils ?

4. Israël agit en état de légitime défense.

Il est difficile de revendiquer la légitime défense dans un conflit qu’ils ont allumé eux-mêmes, mais ils le font de toute façon. L’autodéfense est une réaction, alors que les actions d’Israël des deux derniers jours ont été clairement préméditées. Non seulement la presse israélienne a largement participé à la campagne de relations publiques en cours entreprise par Israël pour préparer l’opinion publique israélienne et internationale aux attaques, mais Israël a essayé aussi de convaincre les Palestiniens qu’une attaque n’aurait pas lieu en ouvrant brièvement des voies de passage et en reportant des réunions futures sur le sujet. Ils ont procédé ainsi pour s’assurer que le nombre de victimes serait maximisé et pour que les citoyens de Gaza ne puissent prendre leurs précautions contre leur massacre imminent.

Il est aussi trompeur de prétendre à l’autodéfense dans un conflit présentant une asymétrie des forces aussi écrasante. Israël est la plus grande puissance militaire dans la région, et la cinquième plus grande dans le monde. De plus, ils sont les quatrièmes plus grands exportateurs d’armes et ont un complexe militaro-industriel rivalisant avec celui des Etats-Unis. En d’autres termes, Israël a toujours a eu un monopole complet sur l’usage de force, et tout son allié super-puissance, Israël utilise la guerre comme une vitrine de publicité de ses nombreux instruments de mort.

5. Israël prétend ne frapper que des cibles militaires.

Alors même que les images de femmes et d’enfants morts et mutilés se succèdent sur nos écrans de télévision, Israël prétend effrontément que leurs munitions ne frappent de manière ciblée que des installations militaires. Nous savons que ceci est faux puisque des sites civils ont été frappés par les attaques aériennes, parmi lesquels un hôpital et une mosquée.

Dans le secteur le plus densément peuplé sur la planète, des tonnes et des tonnes d’explosifs ont été lancées. Les premières estimations de blessés se chiffrent par milliers. Israël prétendra que ceux-ci ne sont que des « dommages collatéraux » ou des morts accidentelles. Le ridicule et l’inhumanité d’une telle déclaration devraient écœurer la communauté mondiale.

6. Israël prétend attaquer le Hamas et non pas la population palestinienne.

D’abord et avant tout, les missiles ne différencient pas les gens en fonction de leur affiliation politique ; ils tuent simplement tous ceux qui se trouvent sur leur chemin. Israël le sait, tout comme les Palestiniens. Ce qu’Israël sait aussi, mais se garde bien de dire publiquement, c’est que leurs actions récentes renforceront en fait le Hamas – dont le message de résistance et de vengeance trouve un écho dans la colère et la peine.

Les cibles de ces frappes, c’est-à-dire la police et non pas les militants du Hamas, nous donnent quelques indications quant aux intentions trompeuses d’Israël. Ils espèrent créer l’anarchie dans la bande de Gaza en détruisant les structures garantes de la loi et de l’ordre.

7. Israël prétend que les Palestiniens sont à l’origine de la violence.

Soyons clairs et sans équivoque. L’occupation de Palestine depuis la Guerre de 1967 a été et reste la cause première de la violence entre Israéliens et Palestiniens. La violence ne prendra fin qu’avec la fin de l’occupation et quand les droits nationaux et humains de la Palestine seront assurés. Le Hamas ne contrôle pas la Cisjordanie et pourtant nous restons occupés, nos droits violés et nos enfants tués.

Une fois ces mythes reconnus, qu’on nous permette de nous interroger sur les véritables raisons qui sont derrière ces attaques aériennes, et que nous trouvons peut-être même plus révoltantes que l’acte lui-même.

Les dirigeants d’Israël tiennent des conférences de presse, habillés en noir, les manches retroussées. « C’est l’heure du combat » , disent-ils, « mais ce ne sera pas facile ». Pour prouver à quel point c’est le cas, Livni, Olmert et Barak ne portaient même pas de maquillage lors de la conférence de presse, et Barak a arrêté sa campagne présidentielle pour se concentrer sur la campagne de Gaza. Quels héros...quels dirigeants...

Nous connaissons tous la vérité : la suspension de la campagne électorale s’explique justement par des arrière-pensées électoralistes.

Tout comme John McCain suspendant sa campagne présidentielle pour retourner à Washington afin de « traiter » la crise financière, cet acte n’est guère plus qu’une acrobatie publicitaire.

Les candidats doivent apparaître « assez durs pour diriger » , et il n’y a apparemment pas de meilleure façon de le prouver qu’en se baignant dans le sang palestinien. « Regardez-moi » déclare Livni, en robe noire et les cheveux en bataille : « Je suis une guerrière. Je suis assez robuste pour presser sur la détente. Ne vous sentez-vous pas plus confiants pour voter pour moi, maintenant que vous savez que je suis aussi impitoyable que Bibi Netanyahou » ? Je ne sais pas ce qui est le plus dérangeant : elle et Barak, ou l’électorat qu’ils cherchent à séduire.

Au final, ceci n’améliorera nullement la sécurité de l’Israélien moyen ; en fait on peut s’attendre à ce que ce soit bien pire dans les prochains jours puisque le massacre pourrait vraisemblablement susciter une nouvelle génération de candidats à l’attentat suicide.

Cela n’affaiblira pas non plus le Hamas, et n’aura pas pour résultat de faire paraître comme des « durs » les trois insensés que sont Barak, Livni et Olmert. Leur entreprise politique dévoyée leur éclatera probablement au visage comme cela a été cas lors la brutale invasion du Liban en 2006.

Pour finir, il y a une autre raison – au-delà de la politique interne d’Israël – expliquant pourquoi cet assaut a pu avoir lieu : la complicité et le silence de la communauté internationale.

Israël ne peut pas et n’agirait pas contre la volonté de ses alliés économiques en Europe ou ses alliés militaires aux Etats-Unis. Israël peut presser sur la détente pour mettre fin à des centaines, peut-être même des milliers de vies cette semaine, mais c’est l’apathie du monde et l’inhumaine tolérance par rapport à la souffrance Palestinienne qui permet à ceci de se produire.« Le mal n’existe que parce que le bien se tait »

Ecrit de la Palestine occupée…

* Le Dr. Moustapha Baghouthi est le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, parti politique laïc de gauche. Il est partisan d’une lutte non violente contre l’occupation israélienne. Son texte, en langue anglaise, a été publié par Al Ahram Weekly (1-6 janvier 2009)

(4 janvier 2009)