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IRLANDE : LE CHANTAGE A PAYÉ

vendredi 9 octobre 2009

.Irlande :


lundi 5 octobre 2009
Un article tiré du site du NPA suivi d’une interview de Joe Higgins, député européen du Socialist Party et principal animateur de la campagne pour le « non » de gauche au traité de Lisbonne. Cette entrevue est antérieure au vote.


Depuis le résultat du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne, la classe politique locale et européenne n’en finit pas de se congratuler : 67% de « oui » ! Avec un taux de participation de 59%, supérieur à celui de juin 2008, lorsque le « non » l’avait emporté ! Bientôt le « non » irlandais n’aura jamais existé ! Cet épisode est une nouvelle confirmation du caractère congénitalement antidémocratique de l’Union européenne.

Quand, par hasard, les peuples sont consultés, la seule réponse possible est « oui ». Quand, malgré tout, c’est « non » alors, les gouvernements piétinent la volonté populaire (comme ce fut le cas en France et aux Pays-Bas) ou font revoter (comme au Danemark puis en Irlande) jusqu’à obtenir un résultat conforme à leurs espérances.

Cette fois, les partisans du « oui » n’ont reculé devant aucun chantage. Les salariés ont été inondés de propagande expliquant que la préservation de leurs emplois dépendait de la victoire du « oui ». Les autorités universitaires ont agi de même, prétendant que les fonds alloués à la recherche étaient conditionnés au « oui ». Les fonds de l’Ibec – le Medef irlandais – ont grassement subventionné une myriade de groupes prétendant incarner la « société civile » et naturellement tous favorables au « oui ». Le PDG de Ryanair s’est offert des pages entières de publicité pour le « oui ». Les grands médias ont favorisé de manière éhontée les partisans du traité de Lisbonne, d’ailleurs soutenu par les deux grands partis de droite, par le Parti travailliste irlandais et la direction des syndicats.

Malgré ce rouleau compresseur, quelques bastions du « non » ont résisté, comme les quartiers les plus populaires et les plus pauvres de Limerick. La cote du Premier ministre est d’ailleurs dans le pays au plus bas.

Mais, globalement, la large victoire du « oui » sanctionne un vote de la peur, sur fond de crise économique, de récession et de catastrophe sociale. Alors même que les « politiques européennes » de l’UE ne vont pas manquer d’en aggraver les conséquences.


la campagne pour le "non"....

Interview de Joe Higgins, député européen du Socialist Party et principal animateur de la campagne pour le « non » de gauche au traité de Lisbonne. Les Irlandaids sont appelés à revoter (résultats vendredi) sur le traité de Lisbonne après leur "non" de l’an dernier (par 53,5% en juin 2008)...

Dans quelle situation politique et sociale se passe la campagne du référendum sur le traité de Lisbonne ?

Il se situe dans un contexte de crise économique sans précédent. D’après les prévisions, l’économie irlandaise se sera contractée de 9% d’ici à la fin de l’année 2010, ce qui représente la plus grande chute du monde occidental. L’année dernière, le chômage a plus que doublé pour dépasser 10%.

L’attitude du gouvernement de droite Fianna Fáil / Verts a été de couper dans les salaires des travailleurs du public et dans les services publics eux-mêmes, d’introduire de nouvelles taxes et de renflouer les banques à hauteur de 54 milliards d’euros avec l’argent des contribuables. Le gouvernement est aujourd’hui à 19% d’opinions favorables dans les sondages. Il y a eu des manifestations contre la politique du gouvernement mais les dirigeants syndicaux ont joué un rôle très négatif. Ils restreignent le mouvement, proposent des « négociations » et parlent de « partager la douleur » même si la classe ouvrière ne porte aucune responsabilité dans la crise. Le Socialist Party, qui est vu comme jouant un rôle dirigeant du côté du « non » souligne que la politique qui a causé la crise est celle défendue par le traité de Lisbonne.

Sur quels axes et quels points fondamentaux se passe la campagne pour le « non » ?

Le principal point d’attaque du Socialist Party – et d’autres forces progressistes et de gauche qui s’opposent au traité – concerne les attaques sur les droits des travailleurs, avec des juges hauts placés de la Cour européenne de justice (Laval, Viking, Ruffert, Luxembourg), qui ont tous servi à minimiser les niveaux de salaire définis en convention collective, et même casser localement des lois qui protègent les travailleurs.

D’autres questions importantes liées à Lisbonne comprennent aussi une militarisation accrue, avec l’Agence de défense européenne (ADE) qui obtient un statut officiel dans le traité. L’ADE est notamment chargée d’aider le commerce d’armes européen et agit comme un marchand d’armes sur la scène mondiale. Le traité de Lisbonne pourra aussi donner l’autorisation à des groupes de pays membres de l’UE de s’allier pour lancer des campagnes militaires au nom de toute l’UE, Irlande comprise. Il y a une opposition énorme en Irlande face à la notion d’alliances militaires et il y a eu des mobilisations significatives contre la guerre en Irak.

Quelles sont les forces qui appellent à voter « oui » et sur quels arguments ?

Tout l’establishment politique appelle pour le « oui » et ils ignorent complètement le contenu du traité lui-même. Ils utilisent une campagne de peur et d’intimidation pour appeler au « oui ». Ils disent que la crise (qu’ils ont causée) sera pire et que l’Irlande sera isolée du reste de l’Europe. Ils ne mentionnent pas le fait que le même traité en essence a été rejeté par les classes ouvrières française et néerlandaise et que le commissaire européen irlandais, Charlie McCreevy, a reconnu que si le reste de l’Europe avait la possibilité de voter par référendum, 95% le rejetteraient (ce qui est probablement une exagération !). Les partisans du « oui » ont l’attitude typique de ne pas discuter des arguments du Socialist Party et de la gauche qui appellent au « non ». Au lien de ça, ils ce concentrent sur l’extrême-droite et les éléments ultra religieux qui appellent aussi à voter « non », mais avec des arguments complètement hors de propos ,comme l’avortement.

De manière scandaleuse, la plupart des dirigeants syndicaux appellent à voter « oui » en disant que la Charte des droits fondamentaux obtiendra un statut officiel, ce qui améliorera la situation des droits des travailleurs. Il y a eu beaucoup de débats à ce propos dans le mouvement ouvrier. Les arguments peuvent paraître compliqués mais ce que nous essayons d’expliquer, c’est que si la Charte mentionne le droit de rejoindre un syndicat et le droit de négocier collectivement, ces droits sont limités par l’article 52 qui donne priorité aux droits des patrons et à leurs profits. Dernièrement en Irlande, il y a eu des luttes industrielles de premier plan à Coca-Cola, MTL Docks, Thomas Cook, Carrols Joinery, où des décrets de la Cour suprême ont pu permettre aux patrons d’éviter des grèves et occupations. La situation à laquelle ces travailleurs et les autres font face dans leurs combats pour défendre leurs emplois, salaires et conditions de travail ne s’améliorera pas d’un pouce sous Lisbonne.

Les partisans du « oui » dépensent probablement dix fois plus que ceux du « non » dans cette campagne. Les règles de diffusion ont été changées afin que les débats radio ne donnent pas le même temps aux deux côtés, et la droite obtient donc la plupart du temps pour elle. 90% des journaux soutiennent le « oui ».

Ces facteurs rendent plus probable un vote « oui » pour cette fois. Mais si c’est le cas, l’autorité de la gauche et des forces comme le Socialist Party apparaîtra renforcée lorsque les gens réaliseront la réalité de ce traité quand il sera utilisé par l’UE et les différents gouvernements pour aggraver leurs attaques sur les travailleurs et les services publics, augmenter la capacité militaire de l’UE, etc.

Les partisans du « oui » disent que nous n’avons pas d’alternative et que nous sommes « anti-Europe » ; mais notre matériel sur le référendum explique notre alternative : nous sommes en faveur d’une Europe socialiste où les vastes ressources du continent sont contrôlées démocratiquement par le peuple d’Europe et utilisées pour satisfaire nos besoins.

Propos recueillis par Alexandre Rouillard