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ITALIE : la naissance de Sinistra Critica

NOUS REPRESENTONS UNE PARTIE DE LA SOCIETE QUI NE RENONCE PAS

dimanche 13 avril 2008, par Cinzia Arruzza

Après la transformation, début des années 90, du vieux parti communiste italien en parti social-démocrate, les gens dans le parti communiste qui n’étaient pas d’accord avec cette transformation sociale démocrate ont créé Rifundazione Comunista en 1991. D’autres gens de la nouvelle gauche des années 70, dont la section de la 4e Internationale, se sont joints à ce nouveau parti Rifundazione Comunista, qui voulait être un parti perpétuant la tradition anti néolibérale et communiste en Italie. Mais récemment, Rifundazione Comunista a participé au gouvernement social libéral de Romano Prodi, ce qui a provoqué des vives tensions en son sein. Cinzia Arruzza est membre de la direction de Sinistra Critica (la Gauche Critique) et du centre d’études Livio Maitan.

Interview de Cinzia Arruzza, Sinistra Critica (la Gauche Critique) par Chris Den Hond.

Cinzia Arruzza : Sinistra Critica est une nouvelle organisation qui vient de naître en décembre 2007. C’est une nouvelle organisation anticapitaliste. Nous sommes sortis de Rifundazione Comunista en décembre 2007. Il y a eu une rupture à cause de la participation de Rifundazione dans le gouvernement social-libéral.

Oscillations entre gouvernement ou mouvement

Rifundazione a été un parti très important en Italie. Je crois que nous étions le parti de la gauche radicale le plus important d’Europe avec 100.000 membres à un certain moment. Rifundazione Comunista a aussi joué un rôle très important pendant le mouvement de Gênes en s’impliquant profondément dans le mouvement altermondialiste. Mais le problème c’est que c’est un parti qui a toujours eu des oscillations entre une vocation gouvernementale et une vocation mouvementiste, donc une implication dans les mouvements sociaux. Enfin de compte, c’est la vocation gouvernementale qui l’a emporté.

Rifundazione vote pour la guerre en Afghanistan

Il y a deux ans, Rifundazione Comunista a décidé de participer au gouvernement de centre gauche dans la coalition du gouvernement Prodi. Cela a produit un changement radical du parti et même de sa nature. Ces deux dernières années, Rifundazione Comunista a voté toutes les lois, tous les mesures sociales libérales du gouvernement Prodi. Il a voté notamment pour le financement de la mission en Afghanistan, en trahissant donc toutes les promesses et sa vocation contre la guerre. Il a voté les réformes antisociales comme la réforme des retraites, les mesures sur le travail précaire, etc. C’est pourquoi nous avons décidé une rupture, mais aussi parce que notre camarade Franco Turigliatto était exclu en février 2007 avoir refusé de voter pour le financement de la mission en Afghanistan. Son exclusion pour cette raison a été un fait extrêmement grave. En plus, Rifundazione Comunista est maintenant impliqué dans la construction d’une nouvelle coalition de nouveaux partis, qui s’appelle La Gauche, qui est en fait un parti réformiste, qui a quand même pour vocation fondamentale de gouverner ou de faire des alliances avec le social libéralisme. Il sera donc complice de mesures contre les travailleurs, les étudiants, les femmes etc. C’est pour cela que nous avons décidé de créer cette nouvelle organisation Sinistra Critica.

La naissance de Sinistra Critica (la Gauche Critique)

Sinistra Critica n’est pas exactement une organisation trotskyste. Elle est née en 2005, pendant le dernier congrès de Rifundazione, comme tendance à l’intérieur du parti. Cette tendance s’est constituée autour de l’idée d’opposition au choix gouvernemental de Rifundazione et sur l’idée de continuer la tradition de luttes sociales dans laquelle Rifundazione avait participé.

On a eu une discussion à l’intérieur de Sinistra Critica, une discussion très démocratique, parce qu’on a vraiment pris le temps de discuter la situation et les choix qu’il fallait faire. On était tous d’accord dès le début, qu’en fait, avec l’implication de Rifundazione Comunista dans le gouvernement Prodi, c’était un cycle qui se terminait. C’est à dire que Rifundazione n’était plus un outil pour la construction d’une gauche anticapitaliste, au contraire, elle était totalement impliquée dans des mesures qui allaient contre la construction d’une gauche anticapitaliste. Elle allait aussi contribuer à la pacification des masses, des travailleurs et des gens qui avaient participé au mouvement altermondialiste.

Sortir renforcé au bon moment

Dès le début, nous avions compris que c’était la fin d’un cycle, que Rifundazione ne pouvait plus jouer son rôle utile, donc on a eu une discussion sur le meilleur moment pour sortir d’une façon renforcée, c’est-à-dire sortir sans rupture à l’intérieur et de façon compréhensible au niveau plus ou moins des masses. On a même attendu que le gouvernement Prodi perde toute sa légitimité, ce qui s’est produit rapidement.

On avait déjà une rupture symbolique et matérielle assez forte avec l’exclusion de notre sénateur Franco, alors nous avons attendu un peu pour convaincre d’autres camarades de rentrer dans le nouveau parti. Quand on est sorti de Rifundazione de façon définitive en décembre 2007, c’était le moment où Rifundazione avait déjà annoncé qu’elle voulait construire un nouveau parti avec d’autres organisations plus à droite, donc un nouveau parti réformiste. Notre départ n’a donc pas été une simple scission. En fait c’est Rifundazione qui a cessé d’exister en tant que telle. On a pris acte que le cadre dans lequel nous avions travaillé jusque là n’existait plus. Nous sommes sortis renforcés. Nous avons perdu très peu de camarades. S’il faut se définir, alors on fait référence à toute une tradition du marxisme révolutionnaire qui passe par Trotsky bien sûr, mais aussi par Lénine, par Rosa Luxembourg, par Benjamin ou d’autres courants de pensée.

Sinistra Critica est une organisation vraiment pleine de jeunes et de femmes.

C’est une caractéristique dont on est très fière. Il y a bien sûr des trotskystes à l’intérieur, mais pas seulement. En fait, pendant les années du mouvement altermondialiste on a réussi à construire une tendance anticapitaliste cohérente qui a attiré beaucoup de gens qui se sont politisés pendant le mouvement altermondialiste.

S’il y a un retour de Berlusconi au gouvernement, c’est la faute du gouvernement Prodi, c’est la faute des forces modérées, de la gauche modérée, qui ont trahi toutes les promesses qu’elles avaient faites, qui ont trahi même les mouvements sociaux, qui les avaient élu.

Construire une gauche anticapitaliste européenne

Nous avons des interlocuteurs avec qui nous faisons beaucoup de choses concernant la résolution des conflits sociaux. Nous sommes intensément impliqués dans la construction de réseaux plus larges avec lesquels nous continuons le mouvement contre la guerre. Nous participons au mouvement féministe qui est en train de renaître en Italie. Donc, nous ne nous sentons pas isolés de la société. Nous pensons plutôt que nous représentons une partie de la société qui ne renonce pas. Et puis, au niveau européen, nous regardons avec beaucoup d’attention le processus lancé par la LCR en France, la construction d’un nouveau parti anticapitaliste. Nous, en Italie, sommes en train de prendre la même direction. On regarde aussi avec beaucoup d’attention d’autres expériences comme Espacio Alternativo en Espagne et le Bloc de Gauche au Portugal. Dans notre discussion interne, nous avons toujours pensé qu’il est très important de parvenir avec ces forces à construire ensemble une gauche anticapitaliste européenne. C’est ça notre but au niveau international, au niveau européen. Il faut vraiment essayer de construire une gauche anticapitaliste européenne forte.