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Changements climatiques

Il faut fixer une limite et agir rapidement

Greenpeace Canada

dimanche 27 novembre 2005

L’objectif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (1992) est d’empêcher les changements climatiques « dangereux ». Les émissions de gaz à effet de serre (GES) découlant des activités humaines feront de toute façon augmenter la température moyenne de la Terre de 1,2 à 1,3 °C par rapport à la température de l’ère préindustrielle. L’objectif des politiques climatiques devrait donc être de limiter l’augmentation future, et cette limite doit être fixée à moins de 2 °C. Une augmentation de température de cette ampleur aura quand même certainement des conséquences dangereuses pour des millions de personnes, mais nous ne pouvons probablement pas faire mieux.

Les principales conséquences d’une augmentation de 2 °C

Augmentation des risques de famine pour des dizaines de millions de personnes, risques accrus de paludisme pour des centaines de millions, augmentation des risques d’inondations pour des millions, augmentation des risques de pénurie d’eau pour des milliards de personnes. Ces conséquences toucheront en majeure partie les gens les plus pauvres et les pays en voie de développement, notamment en Afrique sub-saharienne, dans le sud de l’Asie et dans certaines régions d’Amérique latine de l’est de l’Asie.

Risques de fonte d’importantes sections des calottes glaciaires, comme celle du Groenland (7 m) et ouest de l’Antarctique (5 à 7 m), entraînant une augmentation du niveau de la mer de plusieurs mètres au cours des siècles à venir. La fonte s’accélère au Groenland et on observe aussi une accélération de la fonte des glaciers qui pourrait entraîner des effondrements dans un vaste secteur de l’ouest de l’Antarctique. L’augmentation du niveau de la mer menace des îles et des basses terres partout dans le monde. Dans les pays en voie de développement, des millions de personnes pourraient être touchées, notamment au Bengladesh et dans le sud de la Chine. Dans les pays développés, mentionnons les Pays-Bas, la Belgique, le nord-ouest de l’Allemagne et le sud-est de la Grande-Bretagne.

Risques de dommages à plusieurs écosystèmes importants, notamment dans l’Arctique, dans l’Antarctique et aux tropiques. La perte de zones forestières et d’espèces aura des répercussions sur la vie et sur l’économie mondiale, mais ces répercussions se feront surtout sentir chez les gens les plus pauvres et dans les pays en voie de développement.

À mesure que les connaissances scientifiques s’accumulent et que notre compréhension des conséquences du réchauffement sur le climat se précise, les scénarios deviennent de plus en plus inquiétants. Voici quelques conclusions tirées de rapports scientifiques d’envergure publiés au cours des 12 derniers mois :

Selon le scénario de changements climatiques « intermédiaire » d’une étude internationale menée sur plusieurs années et publiée dans Nature , un million d’espèces seraient condamnées à l’extinction dès le milieu du siècle.

Une étude sur l’impact des changements climatiques dans les régions arctiques commandée par le Arctic Council confirme que cette partie du monde se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète. Au moins la moitié des glaces de mer estivales auront disparu d’ici à la fin du siècle et une importante partie de calotte glaciaire du Groenland aura fondu. Cela aura des conséquences importantes à l’échelle locale (sur les phoques, les ours et les communautés nordiques) et mondiale (notamment sur le niveau de la mer).

Une étude publiée en décembre 2004 a conclu que la vague de chaleur meurtrière de l’été 2003 en Europe était clairement reliée au phénomène de réchauffement mondial. L’étude ajoutait que d’ici au milieu du siècle, un été comme celui-là serait statistiquement considéré comme plus frais que la moyenne.

Les scientifiques du US National Center for Atmospheric Research ont calculé que les zones touchées par la sécheresse avaient doublé à l’échelle mondiale au cours de 30 dernières années et ils estiment qu’au moins la moitié de cette augmentation provient du phénomène de réchauffement climatique et non pas d’une simple réduction des précipitations.

Les « avantages » d’une augmentation inférieure à 2 °C

Réduction des dommages aux récifs coralliens

Réduction des risques de dérangements écologiques majeurs à l’échelle mondiale

Réduction de l’étendue et du rythme d’augmentation du niveau de la mer au cours des prochains siècles

Réduction du risque d’effondrement de la calotte glaciaire du Groenland

Réduction de l’instabilité de la calotte glaciaire de l’ouest de l’Antarctique

Réduction du risque couru par les millions de personnes qui pourraient souffrir de famine, de pénurie d’eau et de maladies à cause de l’augmentation de la température en tenant compte de la croissance économique future et de l’augmentation de la richesse.

Que devons-nous faire ?

À l’heure actuelle (en maintenant le même cadre économique, technologique et scientifique), il est encore possible de limiter l’augmentation de la température mondiale à moins de 2 °C au-dessus du niveau de l’ère préindustrielle. Mais le temps presse. Dans 10 ou 20 ans, il ne sera plus possible d’atteindre cet objectif en utilisant des technologies connues.

Différents modèles climatiques visent à estimer ce qu’on appelle la « sensibilité du climat » (définie comme la variation à l’équilibre de la température moyenne à la surface de la Terre à la suite d’un doublement de la concentration d’équivalent CO2 dans l’atmosphère). Or, la concentration d’équivalent CO2 dans l’atmosphère était d’environ 270 parties par million (ppm) à l’ère préindustrielle. Elle est maintenant d’environ 379 ppm. Jusqu’à récemment, on estimait que la réponse climatique à un doublement de la concentration d’équivalent CO2 serait une augmentation de la température de 2,5 °C. Ce n’est plus ce que l’on pense aujourd’hui.

En effet, des études plus récentes indiquent que la sensibilité du climat est probablement plutôt de 3 °C et qu’il y a un risque significatif qu’elle soit passablement plus élevée. Cela signifie que la réponse du climat à la hausse anticipée des GES pourrait avoir des conséquences encore plus graves que nous le croyions. Il faut donc réagir plus vite et plus vigoureusement pour éviter les catastrophes associées à une augmentation de la température de 2 °C. Pour commencer, il faut stabiliser la concentration de GES dans l’atmosphère à moins de 400 ppm. Ensuite il faudra prendre les mesures qui s’imposent pour réduire rapidement la concentration à un niveau encore plus bas. C’est uniquement de cette façon que nous aurons une chance raisonnable de limiter l’augmentation de la température mondiale à moins de 2 °C.

Pour atteindre cet objectif essentiel, il faut commencer à réduire de façon radicale nos émissions de GES et il faut commencer à le faire dès maintenant. Pour des raisons morales, légales et pratiques, c’est aux pays industrialisés que revient la tâche de réaliser les réductions initiales. Ces pays doivent réduire leurs émissions d’au moins 30 % par rapport au niveau de 1990 (le niveau de référence du Protocole de Kyoto) d’ici 2020. Puis, d’ici à 2050, les pays industrialisés devront réduire leurs émissions d’au moins 75 % par rapport à 1990.

À l’échelle mondiale, il faut ramener le niveau des émissions de GES à celui de 1990 d’ici 2020, puis il faut ensuite le réduire de moitié. Cela signifie que des pays en pleine croissance industrielle (comme la Chine, l’Inde, le Mexique, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, la Malaisie, et d’autres) devront bientôt commencer à réduire eux aussi leurs émissions de GES.

Si nous ne commençons pas rapidement à réduire les émissions de GES, la situation sera devenue extrêmement urgente en 2020, et nous devrons alors réaliser des réductions absolument draconiennes. En fait, le rythme des réductions nécessaires sera tellement élevé qu’il se comparera aux réductions qui surviennent par la force des choses lors d’un effondrement économique majeur (comme celui survenu en Union Soviétique, par exemple). Il ne faut pas se placer dans une situation où nous aurions à choisir entre une catastrophe économique et une catastrophe écologique... parce que nous obtiendrions probablement les deux de toute façon... Si nous voulons conserver de bonnes chances de contrer les changements climatiques et leurs conséquences dangereuses, IL FAUT AGIR DÈS MAINTENANT.

Tous les documents publiés par Greenpeace sont disponibles à l’adresse suivante : www.greenpeace.ca/climat2005


1. http://www.climatenetwork.org/docs/CAN-adequacy30102002.pdf
2. Hare, B (2003) “Assessment of Knowledge on Impacts of Climate Change - Contribution to the Specification of Art. 2 of the UNFCCC : Impacts on Ecosystems, Food Production, Water and Socioeconomic System”, http://www.wbgu.de/wbgu_sn2003_ex01.pdf
3. Voir : M Parry, N Arnell, T McMichael, R Nicholls, P Martens, S Kovats, M Livermore, C Rosenzweig, A Iglesias and G Fischer, Millions at Risk : Defining Critical Climate Change Threats and Targets, Global Environmental Change 11.3 (2001) : 1-3.
4. Thomas, et. al, “Extinction risk from climate change”, NATURE |VOL 427 | 8 JANVIER 2004 pp. 146 - 148
5. Voir : http://www.acia.uaf.edu/
6. Stott, et. al., “Human contribution to the European heatwave of 2003”, NATURE |VOL 432 | 2 DÉCEMBRE 2004 pp. 610-614
7. Dai et. al, “A Global Dataset of Palmer Drought Severity Index for 1870-2002 : Relationship with
Soil Moisture and Effects of Surface Warming”, American Meteorological Society, Vol 5, Décembre 2004, pp. 1117- 1130