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Non au financement public des écoles privées

Il faut refuser de reculer sur la défense de l’école publique !

mardi 23 octobre 2012, par Bernard Rioux

Marie Malavoy, la ministre de l’Éducation des loisirs et des sports a enfreint un tabou lorsqu’elle a affirmé que les écoles privées devront abandonner leurs examens d’admission pour conserver leurs subventions. De Paris, la première ministre Pauline Marois a aussitôt rabroué sa ministre en déclarant qu’il n’était pas question de couper les subventions aux écoles privées à ce moment-ci. Madame Pauline Marois était bien consciente qu’elle n’aurait pas l’appui des autres partis à l’Assemblée nationale si elle soutenait la position de sa ministre de l’Éducation. D’autant plus que les élites économiques sont rapidement montées aux créneaux pour défendre le financement gouvernemental des écoles publiques. La ministre Malavoy a rapidement ajusté son discours en affirmant qu’elle vo ulait simplement ouvrir le débat sur cette importante question.

Aux delà des bémols, les grands partis politiques défendent le financement public des écoles privées

Le PLQ veut bien mettre l’école privée à contribution pour favoriser l’intégration scolaire des élèves, mais pas plus. La CAQ n’est pas prête à toucher aux subventions aux écoles privées. Le PQ veut pour sa part « modifier les règles de financement des écoles privées afin d’introduire une obligation d’intégration et des rétentions des élèves en difficultés, faute de quoi ces écoles verront leur subvention diminuer graduellement » mais il ne remet pas en cause ce financement lui-même.

Seul, Québec solidaire, depuis 2006, est contre le financement public des écoles privées. Son programme affirme que les écoles privées devront être totalement autonomes quant à leur financement et contraintes aux mêmes exigences que les écoles publiques quant au programme d’étude et à l’intégration des élèves en difficulté.

Le recul de l’école publique au profit de l’école privée

Le financement des écoles privées a favorisé la progression du secteur privé. En 1973, les écoles secondaires privées regroupaient 8 pour cent des élèves. En 2012, ce chiffre dépasse 20 pour cent et à Montréal, il atteint 30 pour cent. Et le recul de l’école publique se fait dans tous les secteurs d’enseignement à la formation générale des jeunes. De 2000 à 2010, la progression du privé était de +19,7 % et le recul du public atteignait -12,9 %. [1].

Cette régression de l’école publique s’accompagne d’un discrédit de plus en plus lourd contre le secteur public. En faisant des palmarès des écoles du Québec, où les écoles privées occupent les premiers rangs, les responsables des écoles privées cherchent à développer le marché scolaire aux dépens du secteur public.

Ces palmarès comparent l’incomparable. Le secteur public a une fonction d’éducation de l’ensemble de la jeunesse du Québec. Elle doit accueillir ceux qui s’y présentent. Les élèves performants comme ceux ayant des difficultés d’adaptation et d’apprentissage. Ces derniers forment, en 2012, 20 pour cent des effectifs du secteur public alors qu’ils ne comptent que pour 2 pour cent des effectifs du privé. Les écoles privées sélectionnent leurs élèves. Cette sélection se fait à partir de critères économiques. Seuls les parents ayant des revenus pouvant payer les frais de scolarité importants peuvent envoyer leurs enfants dans de telles écoles. La sélection se fait également à partir de critères académiques. Ce sont les élèves les plus performants qui sont les premiers acceptés.

Le développement de ce marché privé de l’éducation au Québec affaiblit l’école publique

Le développement du secteur privé affaiblit le secteur public. Ce secteur perd les élèves ayant de meilleures capacités d’apprentissage et concentre les cas lourds. Les familles qui ont les moyens choisissent les écoles privées pour leurs enfants et les autres vont à l’école publique. Pas étonnant qu’il soit de notoriété publique que la majorité des politicienNEs envoient leurs enfants dans les écoles privées. La concurrence entre le secteur privé et le secteur public d’éducation est devenue l’un des facteurs de reproduction sociale.

Pour répondre à cette concurrence, le secteur public a commencé à opérer la sélection des meilleurEs et mis de l’avant des projets éducatifs à recrutement sélectif. C’est ainsi que dans le secteur public d’éducation, on s’est retrouvé avec des écoles à recrutement sélectif et des écoles « ordinaires » regroupant les autres élèves. Ce nouvel écrémage des élèves a diminué encore une fois l’hétérogénéité des classes alors que l’ensemble des études constate que cette hétérogénéité favorise la réussite scolaire. Dans la métropole, ces ségrégations économique et académique s’accompagnent, et expliquent souvent, une ségrégation ethnique. Le système d’éducation québécois, dans les dernières décennies, est devenu de plus en plus inégalitaire en créant un système d’apartheid scolaire entre les filières nobles et les écoles privées (ou les écoles publiques à projets sélectifs) et les écoles « ordinaires » des quartiers populaires. Cette ségrégation scolaire multiforme multiplie les obstacles à la réussite du plus grand nombre.

... « Le seul gain d’efficacité » auquel conduit l’essor de la concurrence dans le champ scolaire est celui de la reproduction sociale, qui est obtenu, par la séparation scolaire accrue des publics selon leur origine sociale et ethnique » [2]

Le marché scolaire privé enferme les parents des couches moyennes dans des stratégies élitistes et défavorisent les parents des classes populaires dont les enfants se retrouvent avec des ressources diminuées par les restrictions des dépenses publiques motivées par la logique du déficit zéro et autres dogmes néolibéraux.

Retourner sur le chemin de la réussite éducative

Pour retourner sur le chemin de la réussite éducative, non pour une minorité, mais pour la majorité des élèves du Québec, il faut rompre avec cette logique ségrégative. Il faut privilégier une école publique forte, qui favorise la mixité sociale, l’égalité des chances et la réalisation du plein potentiel de chaque élève. Il faut en finir avec le financement public des écoles privées.

Le programme du Parti québécois ne rompt pas avec une conception néolibérale de l’école qui affaiblit l’école publique au profit du maintien d’un marché de l’éducation. Madame Malavoy affirme vouloir ouvrir le débat sur le financement des écoles privées. Ce débat est nécessaire si nous voulons pouvoir redonner à l’école publique sa mission première et en finir avec une éducation à deux vitesses. Face aux élites qui ne craignent pas de prendre la parole pour défendre leurs privilèges, il est plus nécessaire que jamais de relancer la mobilisation pour la défense de l’école publique.


[1MELS, Indicateurs de l’éducation, éditions 2002, 2007 et 2011

[2Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément, Guy Dreux, La nouvelle école capitaliste, La découverte, 2011