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Iran : lettre syndicale au Conseil des Droits Humains des Nations Unies

mardi 23 février 2010


Tiré du site Solidarités (Suisse)
n°163 (21/02/2010)


Lors de la septième session de l’examen du rapport des droits humains qui a eu lieu du 15 au 17 février 2010 au siège de l’ONU à Genève, la situation des droits humains en Iran a été examinée.

Le début de cette session coïncide avec le quatrième anniversaire de la journée de solidarité internationale avec les travailleurs emprisonnés de la compagnie iranienne des transports. Le 15 février 2006, de nombreuses organisations ouvrières internationale et des syndicalistes ont manifesté leur soutien à ces travailleurs emprisonnés et ont fait entendre leurs voix pour protester contre l’activité anti-­syndicale en Iran face aux autorités de la République Islamique d’Iran.

Pendant toutes ces années qui ont suivi l’arrestation de militants ouvriers et syndicaux, les autorités de la république Islamique ont dit que les travailleurs emprisonnés seraient libérés s’ils signaient une déclaration de ne plus participer à aucune activité syndicale. Les forces de sécurité ont déclaré, malgré le fait que la République Islamique soit signataire de traités internationaux, que ce n’est pas dans leur intérêt national de permettre la formation d’organisations ouvrières et de syndicats, et que quiconque tenterait de le faire serait considéré comme un ennemi de la République Islamique et condamné comme tel.

La classe ouvrière d’Iran durement frappée

Ces trente dernières années, malgré les principales revendications de la révolution de 1979, non seulement la condition économique de la classe ouvrière en Iran ne s’est pas améliorée, mais la pauvreté, la misère et l’absence de revenu sont devenus endémiques chez les travailleuses et travailleurs. La situation est si mauvaise que l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a classé l’Iran parmi les trois pires pays en ce qui concerne les conditions de travail et les droits fondamentaux des travailleurs. La situation des jeunes ouvriers et des travailleuses a atteint des proportions catastrophiques. Le manque de sécurité au travail, les contrats de travail temporaires d’un mois et les contrats blancs [contrats particulièrement précaires où les travailleurs n’ont aucun droit (note du trad.)] sont devenus des pratiques courantes pour licencier les travailleurs. Le salaire minimum en Iran est quatre fois en dessous du seuil de pauvreté. Les familles de millions de travailleurs sont dans une situation désespérée pour satisfaire leurs besoins quotidiens à cause des retards de paiement de salaires. Et le nombre immense de chômeurs et de ceux qui sont menacés de devenir des travailleurs sans emploi a créé un enfer sur terre pour les ouvriers, leurs familles et ceux qu’ils font vivre. Pour les travailleurs, le seul moyen de sortir de telles conditions inhumaines est de parvenir à des transformations radicales au niveau économique et social.

Ces conditions inhumaines sont imposées aux travailleuses et travailleurs alors qu’on leur a refusé ces trente dernières années tous leurs droits reconnus au niveau international. La moindre grève, protestation ou tentative d’organisation doit faire face à la répression, aux menaces, aux licenciements et à des accusations d’atteintes à la sécurité nationale.

Malgré le danger évident et immédiat de la répression et du chômage, les travailleurs iraniens entrent en scène avec leurs protestations contre ces conditions insupportables. Dans des centaines de centres industriels et de production, ils ont organisé plusieurs rassemblements pour montrer qu’ils ne veulent plus continuer à subir de telles conditions de vie et de travail inhumaines. Nous avons vu quelques aspects de leurs protestations ces derniers mois où de nombreux participants aux protestations de rue sont des femmes, des jeunes et leurs familles.

La septième session de l’ONU pour l’examen du rapport des droits humains se tient alors qu’Ossalou et Madadi, le président et le vice président du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus Vahed de Téhéran et Banlieue, Ali Nejati et Alizera Saghafy, du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Sucre de Canne d’Haft Tapeh ainsi que de nombreux autres militants ouvriers sont en prison et qu’un enseignant comme Farzad Kamangar est condamné à la pendaison. De nombreux participants aux célébrations du 1er Mai attendent toujours d’être jugés et des nombreux autres membres de syndicats sont sous la menace directe d’une suspension de leurs contrats de travail.

Les revendications des travailleurs·euses iraniens

Nous espérons que les revendications des travailleuses et travailleurs iraniens pour des conditions de vie décentes, loin de la peur d’un environnement de menaces et de répression, sera pris en compte par votre session et que cette question sera mise à l’ordre du jour de la septième session de l’examen du rapport des droits humains des Nations Unies.

Les revendications les plus urgentes et les plus fondamentales sont à l’heure actuelle :

• Abolition des exécutions, libération immédiate et inconditionnelle des militants ouvriers et des militants des autres mouvements sociaux  ;

• Annulation de toutes les accusations contre les militants arrêtés du mouvement ouvrier  ;

• Liberté immédiate et inconditionnelle de formation de syndicats ouvriers, sans que la permission des directions d’entreprise soit nécessaire, et ce en accord avec toutes les conventions internationales du travail sur le sujet, expulsion des institutions non-ouvrières des lieux de travail, et jugement de ceux qui ont réprimé et refusé les droits humains des travailleurs  ;

• Droit inconditionnel de grève, de protestation et liberté d’expression  ;

• Égalité complète entre les femmes et les hommes au travail et dans tous les autres aspects de la vie sociale, économique et familiale  ;

• Suppression totale du travail des enfants et garantie d’éducation et de soins médicaux pour tous les enfants.

Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus Vahed de Téhéran et Banlieue
Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Sucre de Canne Haft Tapeh
Syndicat Libre des Ouvriers d’Iran