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L’ADQ veut anéantir l’action politique du mouvement syndical

lundi 23 mai 2011, par Bernard Rioux

Les défis auxquels fait face le mouvement syndical nécessitent non l’affaiblissement mais l’élargissement de son action politique !

L’Action démocratique du Québec a tenu son 21e Conseil général les 14 et 15 mai derniers en Mauricie pour préciser les positions du parti en ce qui concerne les dépenses publiques et la fiscalité. Les propositions visaient essentiellement à privatiser des parties des entreprises publiques. Par exemple, privatiser Hydro-division-transport et certaines opérations de la Société des Alcools du Québec, confier à des gestionnaires privés les activités de Loto-Québec, généraliser la construction de projets majeurs d’infrastructure en partenariat public-privé et favoriser la privatisation du transport en commun. Bref la privatisation sur toute la ligne. Tout pour l’entreprise capitaliste, tout pour rapetisser l’intervention publique et affaiblir la solidarité sociale de l’État, tout pour remettre en question les acquis de la majorité.

L’ADQ sonne la charge contre les syndicats et particulièrement contre toute action politique du mouvement syndical.

Mais ce sont les sorties de Deltell contre l’action politique du mouvement syndical qui ont eu le plus fort impact dans les médias. Ces sorties s’exprimaient à l’intérieur du Conseil général par des propositions précises. Une proposition voulait limiter l’utilisation des cotisations syndicales aux strictes activités de négociations des conventions collectives et de défense des conditions de travail ; que "les campagnes syndicales à caractère politique ou idéologique (soient) désormais financées par des contributions volontaires des syndiqués ". Bref, il s’agit pour l’ADQ de réduire à rien le rôle de représentation politique du mouvement syndical. Il s’agit pour ce parti de faire taire le mouvement syndical sur les enjeux économiques, sociaux ou culturels qui se discutent dans la société. L’ADQ présente toutes ses mesures antisyndicales comme une contribution du parti à la démocratisation du mouvement syndical confondant ainsi démocratie avec le règne absolu de l’arbitraire patronal.

Dans son travail visant à miner le poids du mouvement syndical, l’ADQ proposait, en plus, une série de mesures qui auraient comme conséquence de rendre encore plus difficile l’accréditation syndicale et la formation de syndicats, processus qui est déjà semé d’obstacles, particulièrement au moment où de grands patrons défendent ouvertement et durement le refus de la syndicalisation des employé-es, y compris par des fermetures d’entreprises.

Deltell n’a pas hésité à s’en prendre durement à la présidente de la CSN qui a dénoncé ces propositions comme l’antichambre de l’État totalitaire. Malheureusement, alors que Claudette Carbonneau défendait le droit des centrales syndicales de s’exprimer sur la scène publique face aux attaques de Deltell, la nécessité de l’élargissement de l’action politique n’est pas abordée dans les propositions présentées par l’exécutif au congrès de la CSN qui se tient présentement.

Le mouvement syndical face à des défis fondamentaux.

Si le taux de syndicalisation, particulièrement au Québec, s’est maintenu, c’est grâce au poids de la syndicalisation du secteur public (plus de 80 %), mais le nombre des syndiqu-é-s diminue dans le secteur manufacturier. Les nouveaux secteurs de la distribution sont difficiles à syndiquer et la syndicalisation multipatronale n’est pas parvenue à s’imposer. Les gouvernements en place, tant à Québec qu’à Ottawa, mènent des campagnes politiques pour justifier l’injustifiable :

- La concentration de la richesse au sommet de société où 10% des plus riches détiennent 60% de la richesse totale.
- La baisse des impôts pour les plus riches favorisant l’endettement public.
- Des mesures d’équité salaire remises en question.
- Une campagne politique menée pour préparer l’opinion à la diminution de l’accès aux régimes de retraite.

L’attitude du patronat et de ses partis politiques soutient des objectifs précis : affaiblir le mouvement syndical, écraser les secteurs les plus combatifs, délégitimer l’action politique du syndicalisme.

Aujourd’hui, pour faire face à ces défis, l’action politique syndicale doit être au centre de l’action des centrales.

Face aux assauts lancés contre le mouvement syndical, contre les acquis des syndiqué-e-s, il faut que le mouvement syndical soit capable de présenter largement ses revendications et qu’il développe un programme lié aux intérêts des travailleurs et des travailleuses. Ce programme doit être diffusé le plus largement possible et être en rupture avec les intérêts du patronat. Ce programme représentera un projet de société alternatif à la société que veut nous imposer le patronat.

On a pu voir ces dernières années que les politicien-ne-s liés au milieu des affaires utilisent les partis patronaux et leurs gouvernements pour remettre en question les acquis souvent gagnés de hautes luttes. Ils utilisent également les grands médias qui appartiennent à des trusts capitalistes pour condamner l’action politique du mouvement syndical. Ils veulent détruire toute véritable solidarité politique du mouvement syndical, car une intervention collective de millions de membres, des travailleurs et travailleuses unis sur la scène politique serait capable de remporter de grandes victoires non seulement pour eux, mais pour l’ensemble de la société.

Les composantes de l’action politique syndicale...

Le mouvement syndical doit accroître sa visibilité, faire entendre sa voix et ses analyses, contrer le discours dominant que les mass medias imposent à la population, fournir ses explications des enjeux et présenter ses revendications largement pour gagner la population à ses points de vue. C’est pourquoi le développement d’une presse politique largement diffusée dans la population (papier - presse web) fait partie de l’arsenal que doit développer le mouvement syndical pour faire face à ces défis.

Mais, les membres des organisations syndicales ne peuvent rester indifférents aux personnes qui sont élues dans les différentes instances de l’État que ce soit au niveau des villes, des commissions scolaires, aux niveaux québécois ou fédéral. Les organisations syndicales doivent pouvoir favoriser des candidat-e-s qui s’identifient aux revendications des travailleuses et des travailleurs et à leurs organisations. Ils peuvent même favoriser la présentation de candidatures ouvrières ou populaires par des discussions de telles perspectives dans leurs rangs.

Mais, si le soutien à des candidatures liées au mouvement syndical et aux autres mouvements sociaux et indépendants des partis patronaux est important, il lui sera nécessaire de rompre sa prétendue neutralité politique face aux partis politiques qui aspirent au pouvoir et favoriser une rupture avec tous les partis liés au grand capital. Cette rupture est essentielle car les partis du patronat ne répondent pas aux besoins de la majorité et peuvent par les législations et réglementations qu’ils adoptent jouer un rôle très destructeur pour les acquis ouvriers. C’est pourquoi, le développement d’un parti de gauche, lié aux mouvements sociaux et se faisant le porteur de la défense des intérêts de la majorité laborieuse doit devenir un objectif syndical. Le mouvement syndical ne peut se contenter de la politique du moins pire. Il doit prêter son soutien au développement d’un parti de gauche et ne pas hésiter à favoriser sa mobilisation dans cette direction, tout en défendant bien sûr son indépendance organisationnelle.

Ce sont là que certaines pistes qui vont dans une position diamétralement opposée à ce que voudrait bien imposer l’ADQ au mouvement syndical. Mais pour nous, il s’agit d’ouvrir des débats concrets sur l’élargissement de l’action politique du mouvement syndical qui s’avère essentiel face aux difficultés vécues par le cours offensif du patronat et des partis qui lui sont liés.


Nous reviendrons dans un prochain article sur la question de l’unification de la droite politique au Québec.