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L’indice optimum de radicalité

samedi 5 mars 2005


1. Le capitalisme est d’abord radicalement anti-social.

Attaques contre l’assurance-maladie par l’introduction de tarifs à différents niveaux, affaiblissement des possibilités de syndicalisation, négociation collective sur le coup de la répression , détérioriation du statut des chômeurs et chômeuses, stagnation des salaires, pressions à la progresssion du temps de travail (par semaine- par année pour la vie ; flexibilisation de la main-d’œuvre et développement de la précarité, toutes les " réformes " engagées aujourd’hui manifestent une volonté de rupture radicale avec le principe de solidarité Ce dernier vise à déconnecter la satisfaction des besoins du revenu individuel est alors battu en brèche.

2. Le capitalisme contemporain est ensuite profondément corrompu.

des comptes truqués ; des cabinets comptables véreux ; des paradis fiscaux discrets où le premier ministre du Canada lui-même est impliqué ; des banques d’affaires peu regardantes ; des patrons qui se sucrent abondamment. Les affaires en cascade (Enron aux Etats-Unis, Parmalat en Italie, Adecco en Suisse ou Manesmann en Allemagne, au Canada...)

3. le capitalisme fait aujourd’hui courir aux habitants de la planète des dangers radicaux

son incapacité à lutter contre l’effet de serre ou contre les ravages du Sida renvoie à un facteur commun, à savoir une volonté dogmatique d’apporter des solutions marchandes à des problèmes qui ne peuvent être traités par un simple aménagement des marchés.

le fantasme du marché mondial qui consiste à penser que la liberté absolue de circulation du capital - et la défiscalisation qui en est la condition - peuvent fonder une organisation rationnelle de l’économie mondiale.

Contre libre échange

- l’affirmation du droit absolu des Etats dépendants, ou de groupes d’Etats, à contrôler par des taxes appropriées leur insertion dans le marché monial, et donc une opposition résolue à tous lesdispositifs qui leur dénient ce droit ;

Contre la sacralisation de la propriété privée

. D’abord sur la nature du bien possédé : on met, en effet, sur le même plan à la fois les biens à usage personnel, dont les individus jouissent seuls ou avec leur famille, et les moyens nécessaires à la production (terre, immeubles, infrastructures productives, usines et magasins, etc.). La seconde confusion - bien plus grave encore - porte sur le contenu même du rapport de propriété : on met alors au même niveau la possession d’un bien qui, à un titre ou à un autre, découle du travail personnel de son propriétaire, et la possession d’un bien qui résulte de l’appropriation privative de tout ou partie d’un travail social.

Contre l’appropriation privative du travail socialisé, et qui constitue l’essence même de la propriété capitaliste

L’un des buts et des résultats majeurs du processus de déréglementation et de privatisation des deux dernières décennies a été d’étendre considérablement la sphère de la propriété privée. Dans ce contexte, la question de la forme de la propriété des moyens de production, de communication et d’échange, curieusement devenue une questiontaboue pour les dirigeants syndicaux et politiques comme pour la majorité des intellectuels de gauche, ne l’est pas pour la bourgeoisie mondiale : pour celle-ci, la propriété a une importance stratégique dont elle ne fait pas mystère (2).

Au sein de la sphère du capital privé, on assiste ainsi, depuis vingt ans, à une transformation profonde de la définition même de la propriété, des " droits " qui lui sont afférents (ceux de l’actionnariat devenu tout-puissant) et des attentes que les actionnaires peuvent " légitimement " nourrir en termes de rentabilité de leurs parts de propriété. La " contre-révolution conservatrice " prend appui sur la revitalisation contemporaine de cette institution très particulière du capitalisme qu’est le marché des titres (la Bourse). Cette institution garantit aux actionnaires, en dehors des crises financières graves, la " liquidité " de leurs actions, c’est-à-dire la possibilité de se défaire à volonté de cette fraction de leur propriété qui a pris la forme de parts d’entreprises. Les marchés boursiers sont passés en quelques années du statut de marchés où se négocient des titres à celui de marchés où des entreprises entières sont négociées, échangées, agglomérées ou démantelées (3).

A l’échelle internationale, l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), vise, sous couvert de liberté, à transformer des services publics (notamment d’enseignement et de santé) en marchés. Ceux-ci ne deviendraient accessibles qu’à ceux qui en ont les moyens monétaires, comme c’est déjà en partie le cas aux Etats-Unis.

Le terrain le plus récent de l’offensive est celui de l’appropriation privée des connaissances scientifiques, ainsi que de cette forme particulière de patrimoine commun de l’humanité que sont les mécanismes de production et de reproduction biologique et la biodiversité. Le capital entend désormais accaparer l’ensemble des conditions tant matérielles qu’intellectuelles du procès de production, oeuvre du travail historique, social, de l’humanité.

En fait, chaque fois qu’un groupe pharmaceutique appose son brevet sur un médicament, il s’approprie des connaissances scientifiques produites socialement et financées publiquement. Car le produit breveté est toujours la conséquence à la fois d’une longue accumulation générale de savoirs faite indépendamment du groupe qui brevète ; et le résultat de travaux précis de chercheurs qui souvent travaillent dans les laboratoires d’un ou de plusieurs pays. Le brevet organise et défend juridiquement ce processus d’expropriation des chercheurs et des pays qui les financent. Il permet ensuite aux groupes oligopolistiques de transformer le savoir social ainsi privatisé en mécanisme d’extraction de flux de rentes et en instrument de domination sociale et politique (6).

La planète et l’ensemble de ses richesses - qu’elles soient minérales, végétales ou animales - devraient être considérées comme le patrimoine commun et indivis de l’humanité tout entière, présente et à venir. Toute appropriation privative de ces richesses devient illégitime. Tout au plus peut-il être reconnu à tout ou partie de l’humanité (individu ou collectivité) un droit d’usage sur une partie de ces richesses, à condition que cet usage ne soit pas préjudiciable au restant de l’humanité, présente ou future.

En second lieu, la propriété privée de moyens sociaux de production (moyens produits par un travail socialisé et ne pouvant être mis en oeuvre que par un travail socialisé) devrait faire la place à une tout autre conception. La propriété de pareils moyens devrait revenir à la société (potentiellement à l’humanité dans son ensemble). Un premier pas consisterait à affirmer la prééminence du droit des travailleurs sur celui des propriétaires-actionnaires et des managers, notamment pour tout ce qui concerne les décisions affectant directement leurs conditions de travail et d’existence. Mais il faut aussi défendre le principe que les questions relatives à la production et à l’usage de ces moyens _ les lieux de leur implantation, les choix technologiques pour leur développement _ devront relever de la décision de la société tout entière.

Bien sûr, l’appropriation privée des équipements collectifs, des services publics, des fonds socialisés de protection sociale devrait être tenue pour fondamentalement illégitime. De même, tout individu a droit à une part de la richesse produite, résultat d’un travail vivant largement socialisé, et d’un travail antérieur accumulé sous forme de connaissances scientifiques et de moyens de production qui sont le produit de l’humanité passée tout entière.

La perspective de la gauche socialiste radicale est la mieux ajustée aux paramètres de la situation actuelle.