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Iran

L’ultimatum arrive à échéance

Babak Kia

lundi 24 avril 2006

Alors que la date butoir fixée par le Conseil de sécurité à la République islamique d’Iran, pour qu’elle suspende toutes ses activités nucléaires, arrive à échéance le 28 avril, Téhéran a annoncé, le 9 avril, avoir procédé avec succès à l’enrichissement d’uranium à 3,5 %.
Apparemment, le programme nucléaire iranien avance plus rapidement que ce qui était prévu par les puissances occidentales. Ces derniers temps, la presse occidentale s’est fait l’écho de plans d’intervention militaire et de bombardement massif qu’étudie l’administration Bush. Dans ce climat tendu, les diplomates américains, chinois, britanniques, français, allemands et russes se sont réunis, mardi 18 avril à Moscou, afin d’aboutir à une position commune consistant à mettre en place un régime de sanctions contre le régime iranien.
La sérénité, voir l’arrogance, affichée par les dirigeants iraniens s’appuie sur les désaccords importants qui paralysent, pour le moment, les membres du Conseil de sécurité auxquels il faut ajouter l’Allemagne. Pékin et Moscou, dont les intérêts économiques et stratégiques sont importants en Iran, refusent de s’engager dans la voie des sanctions, qu’elles soient diplomatiques, économiques ou militaires. En cas d’impasse à l’issue de la réunion de Moscou, Washington pourrait proposer la mise sur pied d’une « coalition de pays volontaires », disposée à prendre et à appliquer des sanctions à l’égard de Téhéran. Par ailleurs, une intervention armée unilatérale des États-Unis reste toujours possible, même si de nombreux facteurs rendent cette hypothèse plus hasardeuse. Si cette éventualité est à l’étude au Pentagone, la capacité de nuisance de Téhéran dans le bourbier irakien, les répercussions d’une telle opération qui ne manquerait pas de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et l’onde de choc qui s’en dégagerait sont autant de freins à une nouvelle aventure impérialiste.
Dans la partie d’échec qui oppose la mollahrchie aux grandes puissances, le temps a, jusqu’à ce jour, joué en faveur du premier. En usant de manœuvres dilatoires dans ses rapports avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en misant sur les divisions entre les membres permanents du Conseil de sécurité et en soufflant le chaud et le froid sur les négociations, la diplomatie iranienne espère se donner le temps nécessaire afin de se doter de l’énergie nucléaire - civile et militaire. Cependant, si cette politique est, pour l’instant, couronnée de succès, l’avenir reste plus qu’incertain.
Téhéran et Washington se trouvent dans une position quasi symétrique. D’une part, la situation intérieure des États-Unis peut influer sur la décision de la Maison Blanche, d’autant que les élections à mi-mandat, qui auront lieu en 2006, s’annoncent difficiles pour le camp républicain. D’autre part, la posture des dirigeants iraniens, elle aussi à vocation interne, accroît les tensions sur le plan international. La République islamique est confrontée à un mécontentement social profond qui, ces derniers mois, s’est traduit par des luttes sociales et un raidissement important de la dictature des mollahs. Dans un silence médiatique international total, le régime a réprimé sauvagement les salariés de la compagnie de taxi de Téhéran en lutte pour la légalisation d’un syndicalisme indépendant. Les diatribes d’Ahmadinejad sur Israël et l’Holocauste et, plus largement, la détermination affichée par la République islamique dans le dossier nucléaire doivent être analysées à l’aune de cette situation. En tentant de souder au pouvoir la frange la plus « radicale » et en jouant sur la fibre nationaliste de la population, les dirigeants iraniens prennent le risque d’un scénario dont le dénouement pourrait s’avérer tragique pour les peuples de la région.
Plus que jamais le refus de toute escalade guerrière et d’une intervention militaire contre l’Iran, le retrait des troupes impérialistes d’Afghanistan et d’Irak, la solidarité active avec le peuple palestinien, mais aussi le combat pour un Moyen-Orient, Israël inclus, dénucléarisé, doivent être au cœur de la mobilisation contre la guerre.

(TIRÉ DE ROUGE, HEBDO DE LA LCR)