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LES HOMMES SE REVEILLENT... MAL

dimanche 1er mai 2005, par Ginette Lewis

Le 22 avril dernier débutait à Montréal, le deuxième Congrès international de Parole d’hommes.Pourrait-on enfin se féliciter que les hommes se décident à s’organiser, à prendre la parole ? Pas sûr, pas sûr du tout...

En fait les hommes se réveillent.... mais mal. Ils souffrent tout le monde en convient : haut taux de décrochage scolaire, haut taux de suicide, haut taux de criminalité etc...Mais ils prennent la parole pour dénoncer de façon plus ou moins voilée le rôle des femmes au lieu de poser les vrais changements sociaux qui s’imposent et d’agir avec les femmes pour construire un autre monde.

Contre les femmes

Prendre la parole pour expliquer les différences salariales (les femmes gagnent que 75 % du salaire des hommes) par le niveau de scolarité ( pourtant les femmes sont plus scolarisées) et par le travail à temps partiel (les femmes sont certes, majoritaires comme travailleuses à temps partiel mais pas par choix, et pourquoi être moins payée à temps partiel ? ) comme le fait monsieur Dallaire dans l’article du Devoir en page fronstispice du 23-24 avril c’est nier la discrimination salariale des femmes entretenue par le système économique et politique actuel. C’est nier la lutte pour l’équité salariale qui vise justement à donner aux femmes ce qu’on donne déjà aux hommes. C’est nier que les femmes sur le marché du travail ne sont pas des travailleuses au même titre et avec les même droits que les travailleurs.

Prendre la parole pour déjudiciariser la violence conjugale sous prétexte que l’homme qui tue sa femme et ses enfants est un homme qui souffre, c’est placer l’analyse au niveau de chaque individu et nier que la violence est une façon de maintenir les femmes dans leur situation d’infériorité. C’est refuser aussi de voir que cette violence, ce sont les hommes qui la pratiquent majoritairement parce qu’existent des rôles sociaux qui valorisent la violence et la force chez les uns et la douceur et l’acceptation chez les autres.

Prendre la parole pour expliquer les embûches d’avancement des femmes par la contrainte de la maternité, c’est biologiser la maternité et ne pas comprendre que la maternité est un geste social qui doit être reconnue socialement et appuyée socialement.

Et cette reconnaissance sociale de la maternité vise aussi à redonner aux pères une place importante pas comme remplacant de la mère isolée dans la maison, mais bénéficiant de services communautaires et collectifs lui permettant de jouer réellement son rôle social.

Prendre la parole pour dire que les femmes ont de la difficulté à agir dans un milieu hiérarchisé, c’est nier le patriarcat et toutes les embûches faits aux femmes sous prétexte qu’elles sont de simples femmes ( force physique, perte de féminité etc..). C’est surtout refuser une place aux femmes pour garder les privilèges des hommes acquis depuis des décennies. Le système capitaliste divise ainsi les hommes des femmes et fonde son pouvoir sur celui des hommes. Le système capitaliste est patriarcale par essence.

Il faut plutôt changer le monde

En fait, le mouvement des femmes a toujours espéré que les homme s’organisent et prennent la parole non pas pour dénoncer leurs revendications mais pour travailler ensemble à changer cette société. Car là est le problème. Les discriminations que vivent les femmes sont d’origine systémique et non affaire de genre ou de sexe.
Cela profite d’abord au système capitaliste et à la mondialisation actuelle que les femmes soit moins payées et précarisées sur le marché du travail. Cela favorise le système que les femmes travaillent gratuitement à l’éducation et aux soins des enfants dans la famille, pas besoin de services sociaux et collectifs pour combler ces besoins. Cela favorise le système de pouvoir utiliser le corps des femmes dans la porno, dans le tourisme sexuel, dans la prostitution.

Les femmes ne font pas l’analyse que ce sont les hommes, un sexe ou un genre qui profitent des femmes. Elles font l’analyse que ce sont une système social et économique qui doit être changé, même si les agents immédiats de ce système d’oppresion sont les hommes : qui viole ?, qui bat ?, qui engage ?. Le mouvements des femmes pourraient aussi facilement être contre les hommes, certaine l’ont été ; mais avec la mondialisation la donne est apparue clairement : le système capitaliste patriarcal.

Mais être contre a aussi des répercussions bien plus graves : l’irrémédiable guerre des sexes. Il n’y a pas d’issue possible sauf l’extermination de l’un ou de l’autre. L’approche systémique permet plutôt de poser les réels changements sociaux en alliance avec les hommes. Repenser la société et les rôles sociaux dans une perspective égalitaire qui profiterait à l’un et à l’autre et non contre l’un ou l’autre. C’est le seul espoir pensable pour l’avenir. Oui un autre monde est possible...pour les hommes et pour les femmes...