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La gauche en France et les élections régionales : Unité, radicalité, indépendance

lundi 5 octobre 2009, par Frédéric Borras

Les grandes manœuvres ont commencé. François Bayrou vient de faire un pas, prudent mais décisif, en direction du PS. Loin de rejeter l’offre esquissée dès la fin de l’été par Vincent Peillon, Daniel Cohn-Bendit et Marielle de Sarnez, de La Rochelle à la fête de l’Huma, Martine Aubry lui fait écho.

Les accords électoraux entre le PS et le Modem se multiplient depuis quelques mois, voire années. Nombre de villes et de régions sont cogérées par leurs responsables locaux. C’est aussi un calcul purement électoral, car le PS et le Modem pensent que sans s’allier, ils auront le plus grand mal à battre Sarkozy, aux régionales puis en 2012.

C’est enfin la conclusion logique d’une convergence programmatique de plus en plus évidente. La dérive sans fin vers la droite des dirigeants socialistes les amène à naviguer dans les même eaux que le centre-droit. Le programme du Modem est désormais « socialo-compatible ».

Le fait que la lutte des places vers l’Elysée complique le jeu n’y change rien. Les régionales constitueront sans doute un laboratoire de l’alliance au centre.

Ce glissement à droite sonne l’heure des choix pour la gauche radicale. Le ras-le-bol de Sarkozy peut offrir nombre de supporters au pragmatisme électoral rose-vert-orange. Accepter de rester dans le giron du PS revient, à coup sûr, à se laisser entraîner dans le piège. C’est un aller sans retour vers la soumission aux classes dominantes, d’autant plus impardonnable que l’on a vu ce que cette politique a donné en Italie. Une alliance de centre-gauche, incluant le Parti de la refondation communiste (PRC), a battu Berlusconi, puis mené une politique de droite, antisociale et militariste, qui a préparé la voie à Berlusconi II. Résultat, il n’y a aujourd’hui plus un seul député de gauche au Parlement italien et le PRC ne s’en est pas relevé.

Dans la continuité de ses propositions unitaires, adoptées à une très large majorité lors de son congrès fondateur, le NPA poursuit sa recherche d’accords sur des bases solides. Les difficultés actuelles dans lesquelles se débat le Front de gauche sont significatives. En refusant de clarifier sur le rapport au PS, le Front de gauche a, certes, pu tenir aux européennes, élection sans second tour et qui laisse aux élus au Parlement européen leur liberté de vote. Mais c’est pour mieux se fissurer dès le lendemain de celles-ci. Jean-Luc Mélenchon martèle qu’il ne veut pas de « comité permanent avec le PS », qu’il ne croit pas « que ce soit le moment d’une plate-forme partagée » avec celui-ci, estimant que « l’autonomie au premier tour vis-à-vis du PS est fondamentale » et que si « le Front doit s’élargir », c’est en direction du NPA. Marie-George Buffet, pour le PCF, défend une autre politique, qui vise à ouvrir le Front de gauche, y compris au PS. Les dirigeants communistes font passer la frontière de leur politique unitaire entre la gauche et le Modem. Ils refusent de voir que le seul projet politique commun possible avec le PS, c’est le sien, un projet vu et revu dans les différentes moutures de gouvernement d’union de la gauche, des grandes villes au régions, des départements au gouvernement. Il n’y a pas de programme commun entre ceux qui veulent gérer le système et ceux qui veulent la rupture.

Il n’est pas question pour le NPA de se lancer dans les ateliers communs avec le PS, proposés par Buffet et acceptés par Aubry. Il y une autre voie, dont le maître mot est l’indépendance vis-à-vis du PS, dans les élections comme dans les institutions. En application du mandat exploratoire pour un éventuel accord unitaire, voté par le congrès de fondation et précisé par le CPN de juin, l’exécutif du NPA vient d’inviter le PCF, le PG, LO, les Alternatifs et la Fédération à une rencontre nationale. Au menu, d’abord, les luttes : travail du dimanche, retraites, forfait hospitalier, licenciements... Les sujets ne manquent pas pour chercher à infliger une défaite sociale à la droite et aux patrons. Que pouvons-nous faire ensemble pour la favoriser ? C’est d’abord cela qui nous motive. Nous parlerons aussi des régionales. Il faut un accord national et des listes d’alliance de la gauche radicale dans toutes les régions, sur la base d’un programme d’urgence répondant aux aspirations sociales et aux exigences écologiques. Que la discussion commence !

Frédéric Borras