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La gauche et les élections fédérales canadiennes

vendredi 26 septembre 2008, par philippe Lemmi

Le 26 septembre 2008

Le 14 octobre prochain, ce sera jour d’élections fédérales partout au Canada. Les sondages donnent une nette avance au parti conservateur (PC), déjà au pouvoir mais minoritaire aux ‘’communes’’. La gauche québécoise débat de la position à adopter face au danger.

Le site Presse-toi à gauche se fait l’écho de ce débat et reçoit de nombreuses contributions. Elles sont diverses et proposent des orientations différentes. Nous vous invitons à participer à ce débat.

Commentons un petit peu plus les enjeux pour la gauche radicale :

1- Quel êst l’ampleur de ce vent de droite ?

Le sondage Harris-Décima du 25 septembre donnait 36% pour le PC contre 23% aux libéraux, 17% au NPD suivi du parti vert à 12%. Au Québec, Le bloc québécois est à 39% des intentions de vote alors que le parti conservateur est à 23%. Mais les sondages se baladent beaucoup surtout au Québec où le Bloc était à 30% il y a seulement quelques jours et a monté depuis. À noter cependant qu’on est en moyenne encore loin des gros résultats de 2006 (42%) ou juin 2004 (48,9% pour le Bloc).

L’enjeu pour la plupart des commentateurs, c’est de savoir si le gouvernement restera minoritaire ou si, le premier ministre, Stephen Harper aura les coudées franches. C’est d’ailleurs, une façon de parler car on peut se demander sur quel thème et à quel moment, l’opposition pourtant majoritaire aux communes a bien pu imposer son point de vue depuis 2 ans.

En tout cas, le bilan et les annonces récentes de notre cher Harper s’avèrent particulièrement combatives :
- c’est l’appui aux licenciements dans le secteur industriel, le refus d’intervenir face aux dizaines de milliers de licenciements des derniers mois, la crise, il y en a pas,
- c’est ’on s’en fout de Kyoto’,
- c’est la prison dès 14 ans pour les jeunes ados criminels,
- c’est la culture soumise à la coupures des censeurs et de la morale,
- C’est les attaques insidieuses contre le droit à l’avortement,
- C’est la dénonciation du coût des députés du Bloc québécois, une opposition décrite comme inutile...
- c’est la guerre en Afghanistan, une guerre impopulaire mais peu contesté dans la rue, les mobilisations n’ayant pas réussi à reprendre le flambeau des immenses manifestations d’avant la guerre en Irak.
- c’est le refus de signer la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

2- Sur quelles bases se situe cette offensive de la droite conservatrice ?

Cette poussée conservatrice s’inscrit dans le contexte des défaites du mouvement syndical notamment au Québec, une partie de l’électorat ne s’inscrivant plus dans un projet politique collectif. Ainsi, le discours rétrograde (moins d’impôt, moins d’état, l’ordre moral) peut trouver un nouvel écho chez des salariÉes écoeurés en particulier dans des régions frappées lourdement par les fermetures d’usines et la récession dans le secteur du bois d’oeuvre.

Ce phénomène est renforcé par le discrédit qui touche encore le parti libéral du Canada suite au scandale des commandites. Comme un peu partout dans les pays du capitalisme ’’développé’’, la quasi-caste des politiciens paie le prix fort ses liens avec une classe dominante qui erige le pot de vin en principe pour battre la concurrence.

De plus, une fraction des classes dominantes a décidé de soutenir cette génération de politiciens de l’ouest du Canada, s’appuyant sur le boom économique issus de la manne pétrolière notamment en Alberta. Ces dirigeants politiques sont tout aussi hyper-libéraux que le milieu dans lequel ils baignent.

Le rapport du budget 2008 du centre canadien des politiques alternatives signalait que ’’même en travaillant plus dur, les Canadiens ont du mal à se procurer les éléments de base : logement, soins des enfants et études postsecondaires. Les deux derniers budgets conservateurs ne comportaient aucune mesure destinée à apporter
une solution à ces problèmes. Les Canadiens n’ont pas pu compter sur leur gouvernement pour les aider en période difficile’’
. Ce rapport indiquait en outre que le ’’programme de réduction des impôts diminue la capacité financière du Canada de plus de 190 milliards de dollars sur les six prochaines années. Ce montant pourrait, et devrait, servir à financer des programmes et des services sur lesquels tous les Canadiens peuvent compter, mais en quelques années — en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire — il aura disparu sans rien laisser de durable pour cette génération de Canadiens et les générations futures.’’ (1)

Mais il ne faudrait pas tout mettre sur le dos des conservateurs. La construction de budgets dégageant de gros surplus est à l’origine, une marque des politiques centralistes et anti-sociales des gouvernements du parti libéral du canada des années 90. De la même manière, l’appui à la guerre de Bush, le changement d’attitude à l’ONU sur, notamment la question palestinienne, provient plus de l’après 11 septembre que d’un résultat d’élection fédérale.

Corolaire de ce processus ’’Depuis le début de la décennie, le Canada a considérablement augmenté son budget militaire pour le porter à 18,3 milliards $ en 2008-2009. Les achats récents d’avions, de chars blindés, de navires et d’hélicoptères ont contribué à faire grimper les dépenses militaires canadiennes de 38 % depuis 2006. Le Canada est ainsi passé du 16e au 13e rang au chapitre des dépenses militaires dans le monde.’’ (2)

2- Une mobilisation anti-Harper qui prend de l’ampleur au Québec .

Face à ce vent de droite, les artistes ont été les premiers à se mobiliser contre les coupures sélectives dans le secteur de la culture.

Depuis, on assiste à une multiplication d’initiatives :
- grande manifestation à Montréal à l’initiative du mouvement féministe québécois pour contrer les menaces au droit à l’avortement.
- Lancement de campagnes comme la coalition des ’’sans-chemises’’ condamnant les surplus de l’assurance emploi, le Comité de Solidarité/Trois-Rivières appelant à voter contre la guerre.
- consignes de vote anti-Harper de la part d’une kyrielle de syndicats qui appelle à battre la droite conservatrice.

Que les mouvements sociaux québécois se mobilisent après des mois d’atonie sous la pluie de contre-réformes libérales a des effets directs sur la campagne électorale. L’enjeu est que ce renouveau perdure et s’amplifie d’autant plus que le terrain électoral ne permettra pas de mettre un coup d’arrêt aux politiques de droite.

3- Avec Québec Solidaire, pour une gauche qui lutte.

Toute une partie de la gauche québécoise est tentée par le vote stratégique, un vote généralement pour le bloc qui permettrait de défaire l’adversaire le plus à droite, le plus coriace. C’est vrai que la formation de Duceppe a par exemple travaillé fort sur le dossier de l’assurance-emploi et les dispositifs antiscabs au niveau fédéral.

Mais voilà, le bloc Québécois peut jouer tant qu’il veut la carte sociale, nationale, fédérale, écologique et tout ce que vous voulez. La carte du parti du Québec qui défend le plus grand nombre. Mais son existence ne tient que par la capacité du PQ à exercer le pouvoir. Et lorsque le PQ exerce le pouvoir, on sait ce que cela veut dire … du Charest plus discret mais tout aussi efficace…Pas fort le rempart contre la droite…

Et puis, le vote Bloc ne changera qu’à la marge le rapport de force dans l’état canadien. Qu’elles soient pour le parti conservateur ou pour le parti libéral, les classes dirigeantes canadiennes ont optés pour des baisses d’impôts, une participation à la politique internationale des États-Unis... Cette politique va passer dans tous les cas de figure.

On pourrait voter NPD, Vert ou communiste. C’est possible et on voit des intérêts dans ces démarches.

En particulier le NPD a voté contre la guerre en Afghanistan et s’est positionné à plusieurs reprises pour les droits des femmes et des travailleurs. Mais cet appui ne peut qu’être critique : il ne faudrait pas oublier le positionnement très faible sur la loi de la clarté et les expériences provinciales social-libérales.

Bref, le panorama politique incite un peu à ‘’l’anecdote’’ concernant le vote (moi dans ma circonscription...),

Poussons à la construction de la gauche québécoise !

Notes :

(1) http://www.policyalternatives.ca/documents/National_Office_Pubs/2008/AFB2008/ABGF2008_Budget_en_bref.pdf

(2) http://www.cs3r.org/show.php?id=1029