La Gauche

Accueil > Histoire et théorie > Économie > La guerre, la récession et les vautours

Guerre et économie

La guerre, la récession et les vautours

dimanche 6 avril 2003, par Nicolas Béniès

Une fois de plus, le contexte international nous prouve qu’en matière de capitalisme, le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Le gouvernement étatsunien attendait la guerre en Irak pour imposer son ordre impérial contre tous, remettant ainsi en cause la place de l’ONU et ses missions. Le Président Bush s’est investi grand sorcier de la restructuration du monde au profit des seuls Etats-Unis, aggravant ainsi toutes les fractures, entre le Nord et le Sud d’abord, mais aussi entre tous les "communautarismes". Tous les peuples en subiront les conséquences. A commencer par les Palestiniens, menacés par Sharon et sa vision de la construction du "Grand Israël". A commencer aussi par les Kurdes. Le gouvernement turc ne pourra accepter la création d’un Etat kurde et la guerre se poursuivra dans cette partie du monde. L’Iran se sent aussi menacé, ce qui explique sa neutralité. Sans compter le développement de tous les intégrismes. Le monde qui s’annonce est marqué par les guerres et les attentats comme formes de riposte à la puissance sans frein des Etats-Unis. Pour lutter contre ces tendances, il faudrait plus de démocratie, plus de concertation pour combattre la misère et la pauvreté. Sinon, c’est l’insécurité sociale qui dominera. Justifiant ainsi toutes les mesures répressives.

Le gouvernement français, malgré les apparences, attendait aussi cette guerre. Pour accélérer la mise en pratique des lois Sarkozy sur la "sécurité intérieure" et pour faire passer l’ensemble de ses réformes antisociales, tout en prétendant qu’il ne pratique pas une politique d’austérité renforcée. Les dépenses de l’Etat baissent, des crédits sont annulés malgré le vote du Parlement et les services publics risquent de disparaître dans cette tourmente.

Les grandes compagnies étatsuniennes l’attendaient aussi pour conquérir de nouveaux marchés dans un contexte de récession internationale touchant l’ensemble des pays développés. Pas seulement pour mettre la main sur les réserves pétrolières de l’Irak qui devraient être "privatisées", mais aussi pour participer à la reconstruction qui devrait mobiliser entre 99 et 1 924 milliards de dollars de dépenses étatiques sur dix ans - en fonction de la durée de cette guerre -, suivant les chiffres publiés dans la presse étasunienne. Elles ont déjà dépêché des "experts" déguisés en réservistes, qu’ils soient liés à ExxonMobil - premier groupe pétrolier mondial - ou à la Citi-group - un groupe financier - ou à General Electric ou Boeing. Sans parler d’Halliburton, présent dans la construction et l’énergie et dirigé jusqu’en 2000 par... Dick Cheney, l’actuel vice-président des Etats-Unis. Les entreprises anglaises veulent aussi leur part du gâteau, comme l’a rappelé Tony Blair lui-même. On comprend pourquoi Jacques Chirac se bat pour que ce soit l’ONU qui prenne en charge la reconstruction, défendant ainsi les intérêts des capitalistes français.

La guerre, sur le court terme, accentuera la récession. Si elle dure, elle se traduira par la baisse accentuée des marchés financiers, conduisant à des restructurations de plus en plus brutales. La mobilisation contre la guerre est aussi une mobilisation contre les réformes antisociales et antidémocratiques des gouvernements.

Nicolas Bénies.
Rouge 2010 27/03/2003