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Le CADTM s’indigne de la pingrerie du G8

Damien Millet, président du CADTM France et Eric Toussaint, président du CADTM Belgique

dimanche 19 juin 2005

La réunion des ministres des Finances du G8 s’est soldée le 11 juin par les déclarations tonitruantes des représentants des pays les plus riches, annonçant notamment une annulation " historique " de la dette des pays pauvres.

Le Comité pour l’abolition de la dette du tiers-monde (CADTM) surveille de près ces effets d’annonce qui, par le passé, ont toujours débouché sur des annulations cosmétiques dissimulant un renforcement de la domination des pays créanciers, comme dans le cas de l’initiative PPTE (42 pays pauvres très endettés) annoncée en 1996 au G7 à Lyon et renforcée en 1999 au G7 à Cologne. L’analyse rigoureuse des modalités pratiques concernant l’annonce de l’annulation d’hier permettra, dès qu’elles seront publiques, de porter un jugement complet. D’ores et déjà, plusieurs remarques s’imposent.

Primo, le coût de cette opération s’élèverait pour les pays riches à environ 2 milliards de dollars par an, à comparer aux 350 milliards de subventions agricoles et aux 700 milliards des dépenses militaires du G8. Les pays riches seraient donc prêts à dépenser annuellement pour l’annulation de dette annoncée la moitié de ce que dépensent les Etats-Unis chaque mois en occupant l’Irak. Par ailleurs, les Etats-Unis financeraient leur contribution en puisant dans leur maigre aide publique au développement, bref sans rechercher des ressources additionnelles.

Secundo, un changement d’approche est annoncé : si l’on en croit le G8, il s’agirait pour la première fois d’une véritable annulation de stock de la dette et pas d’un simple financement du service de la dette versé aux institutions multilatérales. Si c’était bien le cas, cet aspect de la décision constituerait un petit pas en avant à mettre au crédit de l’activité inlassable des dizaines de milliers d’activistes qui luttent pour des annulations claires et nettes de dettes dues à la Banque mondiale, au FMI et aux autres banques multilatérales. Un bémol cependant : selon le G8, il n’y aura pas d’annulation de dette à l’égard de la Banque inter-américaine de développement (BID) ni à l’égard de la Banque asiatique de développement (BAsD). Or, ces banques multilatérales réclament des sommes importantes à certains PPTE tels la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras, la Guyane, le Vietnam, le Laos.

Tertio, dans le meilleur des cas, les annulations annoncées, si elles étaient concrétisées, ne constitueraient même pas une annulation à 100% des dettes des seuls 18 pays concernés. Affirmer le contraire est mensonger car tous ces pays resteront endettés à l’égard de certains créanciers bilatéraux (dont des pays du G8), de certains créanciers multilatéraux (BAsD, BID et autres), de créanciers privés .

Quarto, dans les 18 pays concernés ne vivent que 5% de la population des Pays en Développement (PED). Si la mesure est étendue dans les années à venir à l’ensemble des 42 PPTE, cela ne concernerait encore que 11% de la population des PED. La majorité des habitants les plus pauvres de la planète vivent dans d’autres PED. Au total, il y a 165 PED.

Quinto, la décision du G8 implique la poursuite de l’initiative PPTE qui soumet les pays concernés à de très fortes doses de politiques néolibérales : privatisation des ressources naturelles et des secteurs économiques stratégiques au profit des transnationales des pays riches, augmentation des coûts de santé et d’éducation pour la population, augmentation de la TVA, libération des mouvements de capitaux qui favorisent la fuite de ceux-ci comme plusieurs études de la CNUCED l’ont démontré, baisse des protections douanières des pays concernés ce qui entraîne la disparition des millions de petits et moyens producteurs qui ne sont pas capables de résister à la concurrence des marchandises importées...

Le CADTM de commun accord avec de très nombreux mouvements qui luttent, tant au Sud qu’au Nord de la planète, pour l’annulation de la dette, exige l’abandon des conditionnalités néolibérales. L’annulation des dettes doit être INCONDITIONNELLE. Les populations du Sud et leurs mouvements sociaux, les parlements des pays concernés sont en mesure d’exercer un contrôle sur l’application de mesures d’annulation afin que celle-ci profite réellement à ceux qui en ont besoin.

Le CADTM réclame l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure publique de tous les pays en développement, qui est le principal obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux. L’initiative de Londres ne peut résoudre ni le problème de la dette ni celui de la pauvreté puisqu’elle ne porte que sur 2 % de la dette extérieure des pays en développement.

Le CADTM appelle à se mobiliser massivement en Ecosse à Edimbourg et à Gleneagles du 1 au 6 juillet dans le cadre de la mobilisation " Make G8 history " (Reléguer le G8 à l’histoire) et du 6 au 9 juillet à Fana au Mali dans le cadre du 4e Forum des peuples.

www.cadtm.org

Communiqué précédent du 8 juin 2005

Le CADTM dénonce le simulacre d’annulation de la dette que prÉparent les pays du G8

Loin des stratégies géopolitiques et des calculs mesquins des grandes puissances, le CADTM affirme que l’annulation totale de la dette externe publique de tous les pays en développement, bien que simple à réaliser, est à l’opposé de ce que préparent les pays du G8 pour le prochain sommet en Ecosse début juillet.

Quoi qu’en disent les dirigeants des pays les plus riches, financer le développement des pays du tiers-monde soulève de longs débats sans pour l’instant déboucher sur la moindre décision ferme et satisfaisante. Pourtant, il serait très facile de demander aux pays du Sud d’arrêter immédiatement de rembourser leur dette extérieure publique, afin de consacrer ces sommes au développement humain sur place, sous le contrôle des populations et des parlements.

Aujourd’hui, le fiasco est total. Les différents projets préparés en vue du prochain sommet du G8 ne sont que des écrans de fumée.

Primo, au mieux seule la dette détenue par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement est concernée. De surcroît, la proposition britannique ne vise qu’à prendre en charge les remboursements d’ici 2015, loin d’une annulation à 100 % de cette dette. Il s’agit, dans tous les cas, d’un allégement très partiel de dette, baptisé " annulation " à des fins de propagande. C’est une supercherie.

Secundo, ces allégements sont à chaque fois conditionnés par la poursuite de l’ouverture progressive des économies du Sud aux intérêts des transnationales du Nord. Les pays créanciers exigent la poursuite des mesures de privatisation des services publics et des ressources naturelles des pays endettés. La vie des populations des pays soumis à cette logique ne s’améliore pas.

Tertio, les pays concernés par la soi disante générosité du G8 ne sont qu’une poignée, au mieux une vingtaine, concernant moins de 10 % des habitants des pays en développement. L’initiative sur les pays pauvres très endettés (PPTE), tant médiatisée depuis son lancement en 1996, a échoué, ne parvenant pas à les soulager du fardeau de la dette : selon la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement) (CNUCED), les 27 pays actuellement concernés rembourseront davantage pour leur dette en 2005 qu’en 2003.

Quarto, les grands argentiers tentent de faire croire qu’ils vont libérer des fonds pour l’Afrique alors qu’ils sont toujours aussi pingres en réalité. L’aide publique au développement (APD) demeure inférieure à 80 milliards de dollars en 2004 dont une grande part n’atteint jamais les populations qui en ont besoin. A l’inverse, la dette provoque une hémorragie de capitaux : les pays en développement remboursent plus de 370 milliards de dollars par an pour leur dette extérieure.

Le CADTM demeure extrêmement vigilant sur la réalité des annonces concernant la dette, les pays du G8 ayant déjà renié leurs engagements à ce sujet dans le passé. A l’heure actuelle, aucune preuve d’annulation massive digne de ce nom n’a été rendue publique.

Damien Millet, président du CADTM France,
Eric Toussaint, président du CADTM Belgique