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Le Carré rouge... la prémisse d’une lutte unitaire des mouvements sociaux au Québec ?

dimanche 1er mai 2005, par José Bazin


Les luttes étudiantes

La session de l’hiver 2005 aura été pour les étudiantes et les étudiants la session du carré rouge. En lutte contre les politiques néolibérales du gouvernement du PLQ le carré rouge est vite devenu le symbole de la solidarité avec les luttes étudiantes. En se début du mois de mai l’heure est au bilan pour le mouvement étudiant québécois.

Nous remarquons d’abord que la grève s’est terminée avec une radicalisation de plus en plus grande de la jeunesse québécoise et par certains reculs de la part du gouvernement. Il est aussi à noter que lorsque le ministre Fournier a fait sa deuxième offre, le 1er avril, ça faisait déjà cinq semaines que les premières associations étudiantes à partir en grève l’étaient et le mouvement ne semblait pas vouloir faiblir, certaines associations votaient même pour l’annulation de la session si le gouvernement ne bougeait pas. Cette fois ce dernier a dû reculer sur plusieurs points. Malgré le fait que le mouvement étudiant n’ait pas gagné l’abolition totale de la réforme de l’Aide fi nancière aux étudiant-es (AFE), le gouvernement abandonne le remboursement proportionnel au revenu, le programme de remise de la dette étudiante lié à la performance et il doit aussi abandonner son projet à long terme d’abolition des bourses étudiantes. Tout cela en plus de faire en sorte que le programme de bourses revient avec les 103 millions dès l’année 2006-2007. Ainsi, cette grève aura été une bataille gagnée que l’on doit inscrire dans une lutte à continuer.

Lorsque la grève illimitée a été déclenchée le 24 février rien ne laissait présager que la grève de 2005 deviendrait non seulement la plus longue, mais aussi la plus grosse grève étudiante de l’histoire québécoise, dépassant même celle de 1974. Les membres des regroupements étudiants (CASSÉÉ, FCEE-Q, FECQ, FEUQ, etc.) et des associations indépendantes se sont mobilisés comme jamais auparavant le mouvement étudiant québécois ne l’avait fait. Pour plusieurs, à l’image de la CASSÉÉ, la lutte ne se limitait pas exclusivement à la seule revendication défensive et partielle des 103 millions $, elle allait aussi loin qu’un questionnement sur le sens même de notre réseau d’éducation et par lui, de l’ensemble de la société capitaliste. Souvent lors de cette grève, nous avons entendus des étudiantes et des étudiants dénoncer l’arrimage au marché du système d’éducation. La question de la gratuité scolaire et de la fi n de l’endettement étudiant a aussi été abordée. À travers cette grève c’est l’ensemble de la gestion capitaliste néolibérale qui est remise en question. Souvenons-nous qu’au même moment où le gouvernement coupait 103 millions $ dans les bourses et 150 millions $ à l’aide sociale il prévoyait faire des baisses d’impôts de l’ordre de 750 millions $. La grève a cristallisé deux visions de société diamétralement opposées.

Front commun des luttes étudiantes, syndicales, populaires et des femmes

La vision que veut imposer par la force le gouvernement du PLQ et le patronat c’est le capitalisme néolibéral, c’est le règne de l’entreprise privée qui doit être le moins « entravée » possible, c’est la continuité du déficit zéro imposé par le PQ. Pour ce faire il doit diminuer l’État en faisant une « réingénierie » sur le dos des mouvements étudiant, syndical, populaire, des femmes et environnemental. Jusqu’ici ces différents pans du mouvement social se sont battus en ordre dispersé. Malgré des gestes de solidarité non négligeables un front commun de toutes ces luttes n’a pas pu être mis en place. Il faut bien voir que la réorganisation des accréditations des unités syndicales dans le monde de la santé a laissé des blessures qui tardent à se cicatriser. Le mouvement syndical semble avoir de la difficulté à s’unir pour faire face au capitalisme néolibéral qu’impose le gouvernement du PLQ ainsi que le patronat québécois et international.

Lors de la grève étudiante, le mouvement étudiant a tendu la main au mouvement syndical en lançant un appel pour des États généraux du monde de l’éducation. Ces États généraux se voudraient un moment de réflexion sur les formes de luttes à se donner dans ce secteur pour faire face à l’attaque généralisée du gouvernement et de l’entreprise privée contre une éducation accessible à toutes et à tous. Avec la fin de l’effervescence de la grève étudiante cet appel semble être resté en suspens. La coordination des différentes luttes ne peut se faire que lorsque les différents acteurs sociaux se parlent. Suite à la grève étudiante le monde de l’éducation a la possibilité de se concerter sur les moyens d’actions à prendre pour s’opposer au bulldozer néolibéral. Les moyens de pression dans le monde de l’éducation se font sentir avec des journées d’actions régionales ou nationales comme lors de la journée d’action du 25 avril organisée par la FNEEQ (CSN) et le cartel FAC-FEC (CSQ) ou celle du 6 mai de la CSQ au niveau primaire et secondaire. L’ensemble des travailleuses et des travailleurs du monde de l’éducation tout comme l’ensemble des étudiantes et des étudiants ont la possibilité de trouver des endroits pour discuter en commun de la riposte aux politiques néolibérales. Les États généraux du monde de l’éducation n’est qu’un outil pour le faire, d’autres formes peuvent aussi être envisagées.

Bien que présentement la perspective d’unifi cation des luttes la plus avancée se trouve dans le secteur de l’éducation il est essentiel que cette volonté de discussion et de convergence puisse grandir à l’ensemble du mouvement étudiant, syndical, populaire, des femmes et environnemental. Ainsi, tout comme la lutte étudiante a été une inspiration pour les syndicats du monde de l’éducation, une possible unification des luttes dans ce secteur pourrait faire tache d’huile sur l’ensemble du mouvement syndical. Les blessures laissées par la réorganisation des accréditations des unités syndicales dans les secteur de la santé ne se cicatriseront pas sans que les différents syndicats se rencontrent, discutent et soient aidés par une dynamique unitaire respectant les différences, mais ayant comme but commun de riposter aux attaques néolibérales du gouvernements et du patronat. Suite à des États généraux du monde de l’éducation et des victoires dans ce secteur serait-il trop optimiste de rêver d’États généraux du mouvement étudiant, syndical, populaire, des femmes et environnemental ?

Indépendance de classe et perspectives

Pour l’instant il est en effet plutôt improbable que l’ensemble des luttes s’unissent dans un avenir rapproché. Par contre, nous devons dès maintenant poser les jalons permettant cette unification des luttes. Au niveau syndical préparons des rencontres entre des syndicalistes de tous les horizons. Discutons des manières concrètes pouvant permettre de dépasser le « patriotisme de centrale ». Apprivoisons-nous pour former l’unité des travailleuses et des travailleurs. Faisons la même chose dans les autres mouvements. Multiplions les rencontres. Réunissons-nous ensemble contre les projets néolibéraux qui s’attaquent à nous toutes et à nous tous. Pour ce faire nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens. Inutile de compter sur des concessions librement consentis du PLQ ou sur une aide provenant de l’instigateur du défi cit zéro qu’est le PQ. La sauce néolibérale qu’elle provienne du PLQ ou du PQ elle reste indigeste pour l’ensemble des classes populaires. Qu’elle soit néolibérale classique comme au PLQ ou qu’elle soit social-libérale comme au PQ elle ne sert que les patrons et les mieux nantis de notre société. Le mouvement syndical doit faire la discussion de son orientation de classe. Tant que les directions du mouvement syndical resteront attachées à des partis politiques qui ont défendu des politiques pro-patronales, le mouvement syndical défi nira son action dans le cadre défensif et partiel des politiques de pressions sur les politiciens « amis ».

Notre tâche actuelle est d‘utiliser toutes les luttes existantes pour riposter aux attaques du gouvernement et du patronat. Les discussions visant à rebâtir des ponts entre les organisations devraient tourner autours des axes suivants : 1- remettre sur pied des fronts communs syndicaux, 2- faire des actions unitaires de masse, 3- faire l’unité du mouvement syndical avec les autres mouvements sociaux. Ne nous laissons pas berner, les différentes organisations, principalement dans le milieu syndical, doivent être indépendantes face aux politiques d’intégration et de concertation du gouvernement et du patronat. Cette concertation part de la prémisse qu’il existe des intérêts communs entre le patronat et les travailleuses et les travailleurs.
Non, ne nous laissons pas berner ! Luttons unis entre nous contre le capitalisme néolibéral, ne nous laissons pas diviser et englober dans la logique de la concertation. Continuons la lutte unis toutes et tous ensemble en tablant sur les victoires du mouvement environnemental (comme le Suroît) et du mouvement étudiant !

José Bazin