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"Le NPA et le foulard

lundi 15 février 2010


"Le NPA mal fichu sur le foulard" (Libération du 5 février)
samedi 6 février 2010

suivi de diverses déclaration du NPA et d’une dépêche de l’AFP


Drôle de débat au NPA. Après la présentation d’Ilham Moussaïd, jeune fille musulmane portant un voile, en quatrième position sur leur liste aux régionales dans le Vaucluse, les anticapitalistes se sont pris une volée de la part du reste de la classe politique.

Coup de pub ou simple expression de la transformation de ce nouveau parti issu de la Ligue communiste révolutionnaire, trotskiste donc ultra-laïc, en une formation ouverte à d’autres champs de la société, dont les quartiers populaires ? « On savait que ça allait lancer le débat, avoue Abdel Zahiri, figure NPA avignonnaise et proche d’Ilham. On ne l’a pas proposée à la candidature seulement parce qu’elle a un voile sur la tête. Mais c’était un élément on va dire complémentaire. »

« Féministe ». Etudiante en BTS-gestion, cette Avignonnaise de 22ans a rejoint le NPA il y un an. Engagée dans un comité de soutien aux Palestiniens pendant l’offensive sur Gaza, elle rencontre des militants déjà engagés dans la transformation de la LCR en NPA. Aujourd’hui, elle est trésorière de son comité dans le Vaucluse. « C’est surtout quelqu’un d’engagé localement, défend Abdel Zahiri. Quelqu’un qui fait de l’accompagnement scolaire auprès des jeunes des quartiers. »
« Si on a décidé de la présenter c’est parce que c’est quelqu’un de sincère, d’engagée, en accord avec les principes fondateurs du NPA. Elle n’est pas là pour dire comment les gens doivent croire ou ne pas croire. Elle ne représente pas la communauté musulmane ni le Coran ! Elle se dit féministe, laïque et anticapitaliste. » Et explique que son foulard blanc est mû par une « conviction religieuse » personnelle. « Elle se définit d’abord sur nos fondamentaux : elle est pour le droit à l’avortement, défend l’homosexualité », ajoute un des responsables locaux, Jacques Fortin.

Démissions. Mais chez ses camarades du Vaucluse - et plus largement chez des anticapitalistes marqués par l’idéologie marxiste - sa candidature crée débats et contestations. Lors de l’assemblée générale d’investiture des candidats locaux, « on s’est écharpé ! » confie Fortin. Une fois le vote favorable à la présence d’Ilham Moussaïd sur la liste, trois colistières ont démissionné, ne voulant pas figurer sur la même liste que la jeune fille. « C’était intenable, explique l’une d’elle, pour moi, il y avait une incompatibilité à être dans un parti laïc et féministe avec un signe religieux ostensible, symbole d’une forme d’oppression de la femme. » « Dans cette histoire, deux conceptions de la laïcité s’affrontent, analyse Vincent Tiberj, chercheur à Sciences Po. Une laïcité multiculturelle, au sens anglo-saxon du terme, que l’on retrouve davantage dans les jeunes générations. Et une laïcité que l’on peut qualifier de neutralité où toutes les références religieuses doivent être gommées. »

« Si Ilham faisait de son foulard un signe ostentatoire, bien sûr ça poserait problème. Mais ce n’est pas du tout le cas ! »affirme Omar Slaouti, membre de la commission « quartiers populaires » du NPA. « Sidéré »par l’emballement médiatique autour de cette candidature, il dénonce un « climat d’islamophobie rampante. Dès qu’il y a un signe religieux, on y voit un signe ostentatoire. » Outre ce problème de laïcité, « à travers le voile, beaucoup d’entre nous voient aussi un signe d’oppression de la femme », commente Anne Leclerc de la commission « intervention féministe » du NPA. « Le problème est que cette jeune fille est l’exemple type de la personne qui n’a rien d’une personne dominée », pointe Vincent Tiberj. Le NPA paie dans cette affaire les questions laissées en suspens lors de son congrès fondateur d’il y a un an. « La question a été laissée de côté volontairement lors la fondation du parti, explique Pierre-François Grond à la direction du NPA. On ne voulait pas faire d’oukase vis-à-vis des nouveaux militants qui nous rejoignaient. »

Du coup, la question doit être réglée en novembre lors du prochain congrès. « Est-ce qu’une porte-parole voilée ou un porte-parole avec une kippa peut représenter le NPA ? » interroge Slaouti. « On demande aux gens de juger une personne sur ce qu’elle est, dit, fait, plus que sur ce qu’elle paraît », revendique Abdel Zahiri tout en dénonçant « l’hypocrisie des politiques » sur le sujet. « Y a-t-il islamisation ? Non. Est-on contre les statuts du NPA ? Non plus. »

« Cette situation est la conséquence de l’ouverture de l’organisation, observe Florence Johsua, chercheuse au Cevipof. Elle pose la question de la représentativité des profils sociaux des nouveaux militants. »« Le NPA est un syncrétisme de différentes idéologies, définit Vincent Tiberj, la rencontre de différentes gauches, en phase avec des combats postmatérialistes (OGM, sans-papiers…) et culturels différents, très individualisés. »

Lilian Alemagna



Tiré du site Europe Solidaire Sans Frontières
BESANCENOT Olivier, NPA, GAUBERT Dominique, ROMERO Jean-Luc, AFP
3 février 2010


Déclaration d’Olivier Besancenot. Rectificatif à propos d’un article du Figaro

Le Figaro m’a fait tenir des propos caricaturés à propos de la candidature d’Ilham Moussaïd sur nos liste régionales PACA. Le choix du NPA du Vaucluse après un débat sérieux et complexe a été d’inclure sur ses listes féministes anticapitalistes et internationalistes une de ses membres qui estime devoir porter le voile en raison de ses convictions religieuses.

Notre parti accueille des jeunes, chômeurs, précaires, salariés de tous horizons qui se reconnaissent dans ses idéaux. La foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés.

J’ai donc simplement dit au Figaro « Ilham est la preuve qu’on peut être au NPA et porter le voile ».

Le NPA est un parti qui lutte contre toute forme d’oppression et d’exclusion. Un débat sur l’émancipation et la place de la religion- et toutes ses formes d’expression- existe au sein du NPA dans la perspective de son prochain congrès.

Le 3 février 2010.


Communiqué du NPA. A propos de la candidature d’une femme portant un voile en PACA.

“Le choix du NPA du Vaucluse, après un débat sérieux et complexe, a été d’inclure sur ses listes une de ses membres, militante féministe, anticapitaliste, internationaliste qui estime devoir porter le voile en raison de ses convictions religieuses. Notre parti accueille des jeunes, chômeurs, précaires, salariés de tous horizons qui se reconnaissent dans ses idéaux. La foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés.

Le 3 février 2010.


Communiqué d’une minorité de membres du NPA Vaucluse à propos de la candidate portant le voile

Avec une minorité de camarades, nous n’avons pas voté pour la présence sur la liste du NPA d’une candidate affichant une appartenance religieuse. Nous avons néanmoins respecté la décision majoritaire prise dans notre département. Mais nous estimons que l’apparition publique de notre parti doit se centrer sur son message politique et humaniste, et les convictions religieuses demeurer dans la sphère privée. Même si des camarades ont une interprétation progressiste de leur Foi, que nous saluons, il n’empêche que les systèmes religieux demeurent de terribles instruments d’oppression sur les femmes, la jeunesse, les homosexuel/les, les dominés en général. En porter les signes au nom de notre parti, c’est créer une ambiguïté qui nous semble inopportune. Ce débat traverse toute notre Histoire, nous le poursuivrons sereinement au sein du NPA.

3 octobre 2010

Dominique Gaubert - Jean-Luc Romero


Le NPA présente une jeune musulmane voilée dans le Vaucluse (AFP)

PARIS, 3 fév 2010 (AFP) - Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot s’est attiré mercredi les critiques de plusieurs personnalités politiques et d’associations féministes après avoir annoncé qu’il présentait une candidate voilée aux élections régionales dans le Vaucluse.

« Il y a une fille qui porte un léger voile sur la liste du Vaucluse », a indiqué à l’AFP Pierre-François Grond, porte-parole national du NPA, confirmant une information du Figaro.

Le parti a expliqué dans un communiqué que le « choix du NPA du Vaucluse » avait été fait « après un débat sérieux et complexe ». Cette candidate est "une militante féministe, anticapitaliste, internationaliste qui estime devoir porter le voile en raison de ses convictions religieuses", a-t-il ajouté. "La foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés", a fait valoir le NPA.

M. Grond a ajouté auprès de l’AFP que le parti « respectait » la décision prise dans le Vaucluse, « mais sans en faire un effet d’affichage national ».

M. Besancenot qui a déploré des « propos caricaturés » dans Le Figaro, a souligné qu’Ilham Moussaïd, étudiante et trésorière départementale du NPA, « est la preuve qu’on peut être au NPA et porter le voile ».

A gauche comme à droite, la décision du NPA a été mal perçue.

Martine Aubry, la patronne du PS, a dit à Canal+ qu’elle n’aurait "pas accepté« sur les listes socialistes »une femme voilée« parce que »c’est une annonce d’une religion qui doit rester du domaine privé et qui ne doit pas rentrer dans le champ de la République".

Pour la députée UMP Chantal Brunel, en plein débat sur le voile intégral, "il s’agit d’une provocation et d’une instrumentalisation d’une pratique religieuse à des fins électoralistes, c’est choquant".

Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), allié du NPA dans plusieurs régions, a estimé sur Public-Sénat que le parti anticapitaliste faisait une « erreur ». "Lorsqu’on veut être élu, il faut pouvoir représenter tout le monde, c’est donc une erreur de se présenter à une élection en affichant une appartenance religieuse qui rend impossible cette représentation du souverain dans son ensemble".

Interrogée par i-Télé, Marine Le Pen, tête de liste FN dans le Nord-Pas-de-Calais, a estimé que le NPA "essayait d’attirer un nouvel électorat".

Le NPA et le PS "ont perdu la confiance du peuple de gauche et des classes populaires de gauche, ils ont perdu le vote des ouvriers, ils ont perdu le vote des petits employés« , a-t-elle dit, estimant qu’ »ils se cherchent un électorat de substitution et pensent qu’en multipliant les propositions communautaristes, ils vont obtenir l’électorat des Français musulmans", a-t-elle ajouté.

De son côté, la Ligue du droit international des femmes (LDIF), créée en 1983 par des militantes MLF et dont la première présidente a été Simone de Beauvoir, a exprimé « son indignation » et dénoncé « le double langage » du NPA qui, d’un côté, "se revendique comme le parti des opprimés mais de l’autre, adhère à un symbole« qui »signifie ségrégation entre les sexes".


BESANCENOT Olivier, NPA, GAUBERT Dominique, ROMERO Jean-Luc, AFP