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Le Pakistan n’est pas un paradis pour des idées de gauche

dimanche 13 avril 2008

Farooq Tariq : Il y a un an, le président de la Cour suprême a été licencié par le général Musharaf, le dictateur militaire du Pakistan. Un mouvement des avocats s’est créé en son soutien. Ce juge était devenu un obstacle dans l’application du programme libéral. Il avait annulé quelques accords de privatisation et prenait des décisions en faveur de femmes pauvres, actives dans la résolution de conflits dans leur communautés. Bref, il se comportait comme un activiste de droits de l’homme et était devenu très populaire au Pakistan.

Le "Labour Party" du Pakistan, un des plus importants partis de gauche, soutient aussi le mouvement des avocats. Un jour, la police m’a demandé d’annuler un rassemblement qu’on organisait en soutien à ce mouvement. J’ai refusé. Ils ont essayé d’empêcher le rassemblement, nous avons percé les barrières de la police et nous les avons repoussés. C’était à la une au Pakistan.

Après cette manifestation, grâce à la présence de nombreuses femmes en tête de nos cortèges et des drapeaux rouges, le Labour Party est devenu plus connu. Nous avons une bonne base parmi les femmes travailleuses à Lahore. Nous avons appris ce type de manifestation d’un mouvement paysan. En 2001, pendant une campagne pour la réforme agraire, nous avons discuté comment manifester : si les hommes sont en première ligne, les militaires les tueront, mais si ce sont des femmes et des enfants, ils hésiteront. Et s’ils tirent, ils en payeront le prix.

En juin, ils m’ont arrêté et emprisonné pendant 18 jours dans une petite cellule sans droit de visite. Il faisait 52 degrés. J’étais totalement isolé du parti. En septembre, j’ai été arrêté de nouveau et accusé sur la base de l’acte antiterroriste. La peine pour cette infraction est la peine de mort. J’ai été relâché sous caution.

Général Musharaf battu aux élections

Après les élections du 18 février 2008, la situation s’est un peu améliorée, parce que le général Musharaf a été sévèrement battu. C’est le "People’s Party" de la défunte Benazir Bhutto qui a gagné les élections avec 36% des voix. La Ligue des musulmans du Pakistan, le parti de l’ancien premier ministre Nawaz Sharif est devenu la deuxième force politique. Les partis fondamentalistes n’obtiennent que 3% des voix contre 13% en 2002. Les électeurs ont massivement voté contre le général Musharaf.

Beaucoup de gens ont des illusions par rapport au parti de Bhutto. Il est vrai que ce parti a réalisé d’ importantes réformes dans les années 70 en nationalisant presque 35% de l’industrie et en prenant en main le secteur bancaire et les assurances. C’était un âge d’or pour les travailleurs au Pakistan. Mais c’est un parti bourgeois, un parti de riches, qui a collaboré avec le gouvernement militaire et avec l’impérialisme nord américain. Benazir Bhutto parlait le même langage que Bush en disant : "J’aiderai la guerre contre la terreur au Pakistan". Cela veut dire plus de bombes, plus de répression, plus d’assassinats.

"La plupart des dirigeants du Labour Party ont déjà séjourné en prison en raison de leur lutte démocratique."

Le "Labour Party" du Pakistan a été créé en 1997. Nous avons presque 3000 membres dans un pays qui n’est pas un paradis pour des idées de gauche. C’est un Etat théocratique, totalement dominé par les idées religieuses. 99% de la population est musulmane. Pour nous construire, nous nous sommes impliqués dans les problèmes quotidiens des gens, comme les droits sur la terre, les droits des femmes, contre le travail des enfants. Nous avons par exemple créé l’alliance contre la privatisation au Pakistan.

La plupart des dirigeants du Labour Party ont déjà séjourné en prison en raison de leur lutte démocratique. Donc notre opposition au général Musharaf nous donne une certaine popularité. Cela se traduit en une augmentation du nombre de militants, plus de contacts, plus de soutien financier. Souvent, nous sommes invités sur les plateaux de télévisions privées pour participer à un débat. Mais nous ne sommes pas encore représentés au parlement. Nous aurions pu l’être cette fois-ci, si nous n’avions pas boycotté les élections. En revanche, dans les élections locales, nous avons obtenu plus de 100 conseillers du LPP partout au Pakistan.

Le Pakistan a une importance géostratégique pour les Etats-Unis, avec l’Afghanistan juste à côté, où le régime impopulaire de Karzai connait beaucoup de problèmes avec les Talibans qui contrôlent presque 2/3 de l’Afghanistan. Ici les Etats-Unis soutiennent la dictature militaire. Ils font le contraire de ce qu’il faudrait faire pour arriver à une démocratie. En soutenant le général Musharaf, ils avaient l’illusion de pouvoir stopper le fondamentalisme religieux. Mais nous disons que le fondamentalisme religieux ne peut être défait que par des moyens politiques, pas par la répression. Bush parle contre le fondamentalisme religieux, mais sa politique encourage ce fondamentalisme. Un gouvernement démocratiquement élu au Pakistan peut faire la paix avec les groupes religieux. Ce gouvernement devrait aussi exiger le retrait des Etats-Unis et de l’OTAN de l’Afghanistan. Tant qu’ils seront là, il n’y aura pas de solution.