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Le Parti québécois, obstacle à l’organisation d’un parti politique de gauche et de masse

Gauche socialiste

mardi 17 janvier 2006

1. le Parti québécois ou l’ambition d’unir la gauche et la droite autour de l’objectif de la souveraineté

Depuis qu’une alternative politique se développe sur sa gauche, le Parti québécois s’est défini comme un bloc national où toutes les classes pouvaient se retrouver. C’est pourquoi, il a refusé de trancher en faveur du Manifeste pour un Québec solidaire et qu’il se pose comme le lieu où peuvent collaborer les personnes qui soutiennent tant le Manifeste pour u n Québec lucide que ceux et celles qui soutiennent le Manifeste pour un Québec solidaire. Cela en dit beaucoup sur la définition que ce parti se donne de lui-même.

Dans l’opposition, il a souvent développé une rhétorique social-démocrate - mais toujours, on se souviendra de son ralliement militant au libre-échange mis de l’avant par Brian Mulroney et qui l’avait amené à affronter ses alliés du mouvement syndical. Chaque fois qu’il a pris le pouvoir, -en dehors des concessions des premiers mandats remportés grâce à une forte mobilisation populaire-, il a porté des coups au mouvement syndical -coupures aux salaires des employé-e-s des services publics, lois spéciales, réduction des droits syndicaux, coupures massives dans l’éducation et la santé... En somme, ce parti n’a développé un programme reprenant des revendications syndicales et populaires que pour transformer celles-ci en classes-appui pour se hisser au pouvoir. La plupart de ces revendications n’ont pas été traduites en lois une fois que le Pq soit parvenu au pouvoir. L’exemple le plus clair de cela, c’est la réforme du mode de scrutin. Et on peut aisément le comprendre, car le PQ, comme front interclassiste a comme objectif essentiel d’empêcher l’organisation autonome d’un parti de gauche se définissant comme le porte-parole des intérêts des classes ouvrière et populaires. Le développement d’un tel parti de gauche signifierait la remise en question de la construction d’un bloc gauche-droite autour de la question nationale à la faveur d’un parti de gauche reprenant dans son discours la lutte pour l’indépendance nationale dans le cadre d’un projet de société égalitaire, écologiste et féministe... Ce sont là deux projets politiques antagonistes : un projet qui veut effacer la polarisation gauche-droite au nom de la souveraineté ; un projet qui voit cette polarisation comme incontournable et qui croit que l’articulation d ’un projet de société égalitaire avec la lutte pour l’indépendance est le moteur principal d’une mobilisation qui pourrait permettre que se réalise un tel projet de société.

2. Un front hétérogène dominé par la droite néolibérale

Le Parti québécois est un front hétérogène, certes, mais il est clairement dominé par la droite néolibérale. La direction Boisclair est le porte-parole de ce courant. Elle considère que la gauche sociale n’a pas un poids significatif dans le Parti et que les directions des mouvements sociaux n’ont pas démontré jusqu’ici qu’elles pouvaient se passer du PQ comme alternative au PLQ. Dans la course à la chefferie, cette direction s’est révélée insensible aux revendications écologistes, aux revendications syndicales et même aux revendications féministes. Et cela n’a pas empêché Boisclair de remporter une victoire écrasante. Ceci démontre qu’au sein du PQ, le modernisme et l’image sont suffisants pour s’imposer.

Boisclair a refusé de soutenir l’application de la clause nonobstant face au jugement de la Cour suprême sur la privatisation dans la santé. Il s’est ainsi rangé à la droite de l’ensemble de sa députation qui a dû se rallier à sa position. Il a également refusé de s’engager à remettre en question le décret odieux du gouvernement Charest établissant les conditions de travail des employé-e-s du secteur public. En disant maintenant, ce qu’il aurait dit plus tard, de toute façon, le chef du PQ a bien démontré qu’il se lavait les mains devant la sale job faite pas le gouvernement Charest.

3. Au sein du PQ, une gauche marginalisée et impuissante qui ne sert que de caution morale à la direction actuelle

Le SPQ-libre n’a pas fait un bilan réel de sa campagne. Il définit encore le PQ comme la coalition à laquelle il faut se rallier. Malgré les prises de position de son chef, le SPQ-Libre prétend que le mouvement devra compter sur le PQ pour le rétablissement de la "plénitude de ses droits fondamentaux". C’est semer les illusions à la pelletée et empêcher de se poser les conditions des mobilisations qui seront nécessaires pour restaurer ses droits syndicaux et mettre fin à l’offensive néolibérale.

Les appels au ralliement au PQ dans le contexte actuel, alors que la gauche politique s’unifie dans un parti, est ni plus ni moins qu’un appel à rester engoncer dans la vieille stratégie du bloc national interclassiste qui n’a pas donné les fruits promis ni sur le terrain social, ni sur le terrain national.

Le programme actuel du PQ et sa stratégie référendaire seront remis en question. L’attaque portée par Jacques Parizeau à ce programme est significatif. Pour Parizeau ce programme ne reflète pas l’air du temps car il est trop marqué par des revendications sociales ; il considère également qu’il est trop lâche sur le terrain national. Pour ce qui est de la direction du Bloc, Duceppe est revenu avec l’idée que ce serait une erreur de mettre de côté de façon inconsidérée la notion d’association. La prochaine campagne électorale et le nouveau mandat, si le PQ est réélu, va conduire à l’élaboration d’une donne programmatique entièrement nouvelle tant sur le terrain social que national. Cette nouvelle donne va refléter le glissement à droite d’une grande partie de la société québécoise. Les syndicalistes du SPQ-libre se sont trompés de parti. Plus tôt, ils vont réaliser cette méprise, plus rapidement, ils et elles auront la possibilité d’éviter les désillusions et la démobilisation.

4. L’alibi souverainiste et l’incapacité du PQ de faire face à la détermination fédéraliste

Le PQ refuse de concevoir la lutte pour la souveraineté dans le cadre d’une conflictualité importante. Même les forces fédéralistes seraient rapidement convaincues par un vote référendaire de céder et d’enclencher le processus devant mener à l’indépendance du Québec. Depuis des décennies, les fédéralistes canadiens ont beaucoup appris de la lutte qu’ils ont menées contre les aspirations du Québec. Ils ont appris la fermeté, l’intransigeance, la manipulation des peurs... et les promesses sur les lendemains qui vont déchanter, sur les turbulences qu’ils sont prêts à provoquer. Ils ont consolidé leurs alliances avec Washington autour de ces enjeux et ils ont reçu des gouvernements américains successifs un soutien indéfectible.

L’ensemble de la direction péquiste a bien démontré au cours de la dernière course à la chefferie qu’elle n’était pas prête à envisager ces questions stratégiques avec le moindre sérieux. Pauline Marois qui n’a fait qu’évoquer ces problèmes a été rabrouée comme s’il elle avait soulevé un coin du voile sur quelque chose qu’il ne faut même pas tenter de voir.

Un tel parti ne dirigera jamais une lutte de libération nationale jusqu’au bout car s’il veut bien mobiliser des votants à un référendum sur une nouvelle entente avec le Canada, il craint comme la peste la mobilisation des différents secteurs de la population pour un Québec égalitaire et progressiste. La réorganisation de la société civile renforçant ses capacités d’initiatives citoyennes est la condition d’une mobilisation soutenue et déterminée pour l’indépendance du Québec. Une telle stratégie n’est nullement dans l’écran radar du PQ. Sur le terrain national également, un parti de gauche offre une alternative différente qui va à l’encontre des choix stratégiques du PQ.