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Le Plan Charest : Soutenir l’économie capitaliste avec l’argent de la population !

dimanche 7 décembre 2008, par Bernard Rioux

Que propose aujourd’hui le gouvernement Charest comme plan économique ? Il propose de favoriser les grandes entreprises, de les délester de leurs responsabilités sociales, de socialiser leurs pertes, de les subventionner et de les accompagner face à la crise qui les frappe. Le PQ et l’ADQ ne font pas mieux.


Tiré du site Presse-toi à gauche !


Selon les libéraux, la majorité de la population devrait se fier à la poursuite des intérêts privés de ces entreprises pour que le bien commun puisse être protégé. Le PLQ n’a donc rien compris de la nature de la crise économique. Et il propose de reprendre les mêmes recettes qui nous ont menés à la situation actuelle. Comme analyse de la crise, Charest n’a jamais dépassé les métaphores maritimes sur les tempêtes ou tsunamis économiques. Sa sagesse économique se résume à une posture attentiste — après la pluie le beau temps— en attendant l’éclaircie permettant la poursuite du « business as usual. »

Entretemps, il propose de réduire davantage les impôts des riches À son dernier budget en 2007, il avait déjà réduit de 950 millions $ les impôts des particuliers les plus fortunés et des entreprises. Il a éliminé la taxe sur le capital dans le secteur manufacturier sans demander le moindre contrôle de l’argent ainsi remis aux grandes entreprises du secteur. Comme si cela n’est pas encore suffisant, le Parti libéral du Québec propose de rendre disponibles 2 milliards de dollars pour les entreprises : un milliard en prêts ou en garanties de prêt et un autre milliard pour investir dans les entreprises du Québec sans espérer de ces investissements publics l’ombre d’un contrôle.

Il a transformé le mandat de la Caisse de dépôt et de placement pour spéculer au niveau de la finance internationale en espérant des dividendes rapides et immédiats. Il a préféré que la Caisse investisse des sommes importantes dans des actions supposément promises à un bel avenir au lieu de construire une vraie stratégie d’investissement public pour que l’économie puisse satisfaire aux besoins de la population. Comme l’a rappelé Amir Khadir, 40% des actifs de la CDPQ a été placé en bourse et 21 % des investissements de la Caisse s’est fait auprès d’entreprises financières qui se construisent sur la spéculation. Aujourd’hui, il défend la soumission au marché et la liberté des spéculateurs.

Prétendre protéger les emplois en soutenant un modèle de développement qui détruit l’environnement

Le Parti de Charest propose de lancer un vaste plan d’Investissement en infrastructures routières (48 milliards de dollars en 2010-2011). Une politique visant à répondre d’abord et avant tout aux besoins des industries automobiles et pétrolières.

Se considérant comme un nouveau scheik de l’or bleu (l’hydro-électricité) , Charest veut tourner la production hydro-électrique vers l’exportation sans oublier de hausser les tarifs pour la population québécoise. C’est dans ce cadre que s’inscrit son Plan nord centré sur l’exploitation du potentiel minier et hydroélectrique du territoire du Nord du Québec. Or, les chefs des Premières Nations se méfient avec raison de ce nouveau plan et ils répètent qu’ils n’ont jamais cédé leurs droits sur ce vaste territoire. Ce n’est pas les restrictions verbales de Charest à ce niveau qui peuvent vraiment les rassurer.

Servir de l’argent de la population pour accélérer le démarrage de grands projets privés au profit des plus riches, Charest nous ressert de vieilles recettes de l’économie de l’offre alors que c’est la diminution de la demande solvable qui est la cause de la surproduction au fondement de la crise actuelle.

Le plan Marois ne se distingue par substantiellement du Plan Charest

Les mesures économiques proposées par le PQ sont des jumelles de celle du Parti libéral du Québec. C’est ainsi qu’il propose d’éliminer la taxe sur le capital avant 2010. Il propose des garanties de prêts pour les entreprises. Il promet des milliards au privé. Quand il s’agit de projets qui vont dans la bonne direction, comme intensifier le développement de transports collectifs et de leur électrification, il ne dit pas un mot sur l’ampleur de ce projet et les investissements qu’il veut faire à ce niveau et sur les responsabilités publiques ou privées de tels projets.

L’ADQ, un discours décalé d’avant-crise.

Sur le terrain économique, l’ADQ est décalé. Ce parti, comme le Parti conservateur de Harper d’ailleurs, n’a pas encore compris que cette crise mondiale constitue un recul pour la légitimité du discours néolibéral. L’ADQ est resté sur la ligne du néolibéralisme d’avant crise… Il promet de privatiser une partie d’Hydro-Québec. Il continue ces éloges aux entreprises privées qui auraient faire preuve de leur efficacité. Efficace, ces grandes entreprises de l’automobile qui produisent jusqu’à la surproduction des autos polluantes. Des millions de voitures qui sont appelées à pourrir sur les parcs de stationnement des concessionnaires. Efficace, les entreprises forestières qui font des coupes à blanc et qui détruisent la forêt québécoise. Efficace les industries pétrolières, qui tout en amassant des sommes considérables, participent de la destruction de notre environnement. Et l’ADQ continue de nous bassiner avec des discours sur la nécessaire déréglementation alors que de plus en plus de personnes s’en inquiètent. Ce parti ne comprend pas le consensus qui s’est créé chez les bourgeoisies occidentales qui confient à l’État, dans la conjoncture actuelle, de favoriser une vaste socialisation des pertes des capitalistes, ce qui implique une importante intervention de l’État pour ce faire.

Ces partis néolibéraux défendent le point de vue des entrepreneurs. Pour ces derniers, les besoins sociaux et environnementaux de l’humanité ne sont pas rentables… C’est pourquoi ils préfèrent investir leur argent à la bourse…

Aujourd’hui leurs plans de sauvetage visent à sauver la mise de grandes banques, des grands assureurs et autres spéculateurs. Les conséquences de leurs politiques de laisser-faire et de libre-échange, de leurs politiques de déréglementation et de privatisation, de leurs politiques de tout au privé, de leurs politiques du retrait des responsabilités de l’État dans la défense des besoins sociaux de la population, de leurs politiques de croissance effrénée aux dépens de l’environnement, c’est tout cela qu’ils veulent aujourd’hui faire payer au peuple. Ces partis néolibéraux oublient aujourd’hui leurs discours d’hier sur la supériorité du marché et essaient de se laver de leurs responsabilités.

La crise actuelle n’est pas qu’un simple passage à vide !

On entre dans une période difficile. Cette situation de crise de surproduction dans l’économie réelle est le produit de la concentration de la richesse dans les sommets de la société et du rapetissement de la demande globale pour une série de bien de consommation de masse. Le développement de l’endettement privé a pu repousser l’échéance… mais aujourd’hui, c’est l’heure des comptes.

Une nouvelle économique doit maintenant s’imposer. Il faut cesser de faire de l’objectif ultime de l’économie le paiement de dividendes juteux aux actionnaires. Il faut créer les conditions de développement des entreprises publiques responsables d’un développement soutenable et qui font de la satisfaction des besoins sociaux leur préoccupation première. Il faut mettre de l’avant la primauté de l’investissement public, non pas pour sauver les banquiers et grands entrepreneurs, mais pour satisfaire les besoins en éducation, en santé, en logement, en transport et pour la protection de l’environnement. Il faut augmenter la part des salaires dans la richesse sociale. Il faut taxer les dividendes qui servent à spéculer pour développer les capacités de l’investissement public. Il faut socialiser non pas les pertes des entreprises comme on fait aux États-Unis comme en Europe, mais socialiser les investissements soit créer les mécanismes de contrôle de la population elle-même choix des investissements à faire dans cette société.

Face à la crise, nous proposons que la société arrête de subir l’économie de marché, qu’elle change, de façon radicale, le mode de développement économique et social actuel, et qu’elle s’attelle enfin à la construction d’une autre société que la société capitaliste. Cette discussion essentielle doit traverser l’ensemble des organisations sociales et politiques progressistes au Québec. Les élections ont été une occasion d’amorcer un tel débat. Il faut maintenant le poursuivre et l’approfondir.