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Le bicentenaire du Chili dans l’humiliation des Mapuche

Des prisonniers politiques autochtones en grève de la faim depuis deux mois

mardi 21 septembre 2010, par Antoine Casgrain

Au moment même où le Chili célèbre le bicentenaire de l’indépendance, pendant que le peuple s’abreuve de fêtes et le pouvoir s’extasie au son des marches militaires, des autochtones mapuche défient la mort dans les prisons. Ils sont en grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de détention et l’accusation sous une infâme loi « antiterroriste ».

La République chilienne signifie 200 ans d’occupation et d’humiliation pour les peuples indigènes du Chili. La célébration est une insulte et une marque de mépris. Elle se fait au moment où une cinquantaine de militants mapuche sont accusés sous le coup d’une loi dite « antiterroriste ». Au moins 34 d’entre eux ont entamé une grève de la faim pour faire pression sur le gouvernement pour abolir cette loi répressive.

Après 60 jours de jeûne, on s’attend à un dénouement fatal à tout moment. Certains prisonniers ont dû être conduits à l’hôpital pour y suivre des soins dont il refuse. D’autres se sont effondrés à leur audience au tribunal. Après 40 jours d’indifférence générale, la grève a soudain assailli l’agenda public sous le coup des pressions internationales et du mouvement d’appui grandissant au Chili. Le président Pinera refuse de dialoguer avec les grévistes. Il a donné un ordre qui force les autorités pénitentiaires à alimenter de force les grévistes s’ils tombent dans un état critique.

Une loi antidémocratique

Créée durant la dictature, la loi antiterroriste permet à l’État de restreindre les droits civiques des individus accusés d’actes terroristes. La défense n’a pas un plein accès à la preuve, alors que la poursuite peut présenter des témoins anonymes. De plus, le fait d’appartenir à une association ou un mouvement politique décrit comme terroriste multiplie la peine. Cette loi a été appliquée systématiquement depuis 10 ans par les gouvernements de centre-gauche.

Les Mapuche n’ont de cesse de revendiquer les terres qu’on leur a confisquées et une autonomie politique. En 2009, plusieurs communautés organisent une vague de manifestations et d’actions de force : blocages routiers, incendies et sabotage de machinerie agricole ou forestière. Le gouvernement de Michelle Bachelet a réprimé durement ces actions, faisant appel à la loi antiterroriste pour poursuivre les personnes soupçonnées d’en être les auteurs. Certains dirigeants font face à des peines de plus de 100 ans de prison.

Les prisonniers en grève de la faim demandent seulement d’être jugés sous les lois civiles normales. Les autochtones mapuche sont d’ailleurs pratiquement les seuls à qui on applique la loi antiterroriste. Ce biais raciste a obtenu les critiques de plusieurs organisations de droits humains, incluant la Commission des droits humains de l’ONU.

Le peuple mapuche a résisté à l’occupation des Incas, des Espagnols et des « Chiliens ». C’est sous la république de derniers, qui fêtent ses 200 ans, que les Mapuche ont été expulsés de leurs terres et soumis à l’assimilation culturelle. Transformés en paysans de la misère et pauvres exploités des villes, ils réclament aujourd’hui des droits politiques reconnus par les traités internationaux. Ils espèrent plus d’autonomie pour leurs communautés, la protection et la promotion de leur culture, ainsi que le droit de regard sur l’exploitation des ressources sur leurs territoires.

Appuyez la campagne internationale !

Au Québec, on peut appuyer la cause des prisonniers politiques mapuche. Joignez la campagne d’urgence en faveur des prisonniers mapuche en grève de la faim.