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Le néolibéralisme dans toute sa splendeur

Les trois années de règne de Jean Charest

mardi 11 avril 2006, par Bernard Rioux

Dans un tribunal populaire organisé par Québec solidaire région de Québec, le 9 avril dernier, l’acte d’accusation était net : déréglementation, privatisation, restrictions des droits démocratiques et sociaux et particulièrement des libertés syndicales, répartition de plus en plus inégalitaire de la richesse, détérioration des salaires et des conditions de travail des employés et employées du secteur public, laxisme sur la protection de l’environnement, mépris des droits des autochtones...

Ce sont ces politiques néolibérales que le gouvernement Charest applique de façon systématique, empruntant le sillon déjà tracé par le gouvernement péquiste, dont le tribunal populaire, tenu par Québec solidaire, a permis de dénoncer la logique. C’est clair, le gouvernement Charest est à l’offensive contre les acquis ouvriers et populaires, contre les acquis des femmes et des jeunes.

Le gouvernement Charest a décidé d’affaiblir durablement le mouvement syndical québécois. Après la série de lois contre les droits syndicaux (et particulièrement le droit à la libre syndicalisation de décembre 2003), le gouvernement libéral a refusé de négocier avec ses 500 000 employés et employées et il a décrété la baisse de leurs salaires et la restriction de leurs droits syndicaux tout en niant le droit fondamental à la libre négociation.

Mais le mouvement syndical constitue encore, malgré les durs coups qu’il a reçus, la seule force capable de s’opposer aux projets néolibéraux. Le gouvernement Charest rejetait ainsi le mode de gestion politique basé sur l’institutionnalisation des rapports de concertation entre le mouvement syndical et les mouvements sociaux. Les dirigeants et dirigeantes de la société d’en bas ne sont pas, désormais, reconnus davantage comme des partenaires crédibles.

Le gouvernement Charest fait le pari, en rupture avec la construction de l’État national québécois depuis la révolution tranquille, que les directions syndicales (et sociales) bénéficient d’un pouvoir dans la société québécoise qui n’est pas à la mesure des rapports de force qu’elles peuvent construire sur le terrain des luttes. Ce pari a permis au gouvernement Charest de marquer des points, de remporter des victoires que voudra bien engranger le patronat dans son ensemble. C’est un retour à des normes purement libérales, une marche à pas forcé vers des formes de démocratie restreinte.

C’est fort de l’affaiblissement du mouvement syndical que le gouvernement libéral cherche à imposer son projet de démantèlement des acquis sociaux, son projet de privatisation des biens publics (sous le masque des PPP), tant dans l’éducation que dans la santé. Il instaure une politique de privatisation rampante à laquelle aucun secteur n’échappe. Ainsi, dans le domaine de l’énergie, il confie au secteur privé le développement du secteur éolien au lieu de donner ce mandat à Hydro-Québec.

Pour couvrir ses politiques de tout au privé, il met de l’avant un discours de la dette qui sert à justifier les nouvelles attaques pour le démantèlement de l’État social. En même temps, l’inéquité fiscale et les notions de fiscalité compétitive servent à couvrir le fait que les enteprises paient de moins en moins d’impôt et que la fiscalité est moins redistributrice de la richesse et devient de plus en plus régressive.

En fait, les mouvements syndical, populaire, féministe et des jeunes sont désarçonnés. Les attaques ont déjà créé des fissures et ont réussi à approfondir les divisions. Il n’y a pas de solution purement sectorielle pour faire face à l’ampleur de ces attaques qui ont réduit les espaces démocratiques et nos capacités de résistance.

La reconstruction de notre unité, au-delà de tout patriotisme organisationnel, est une nécessité incontournable. Plusieurs organisations et militants et militantes ont suggéré la tenue d’États généraux du mouvement syndical et des mouvements sociaux pour définir un programme d’urgence et une stratégie de riposte commune. C’est là une proposition qu’on ne peut ignorer plus longtemps. Car, s’il est une illusion qu’il faut dépasser, c’est que l’élection d’un autre parti néolibéral, le PQ en l’occurrence, pourrait permettre de casser cette offensive répondant au besoin du patronat d’ici et d’ailleurs.

Il faut éviter la politique de l’autruche et voir qu’il n’y a pas de solution facile et que ce n’est pas en changeant de cerbère néolibéral que les classes ouvrière et populaires pourront défendre leurs intérêts.