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Maroc

Les habitants de Tamassint luttent contre la répression

Correspondant

jeudi 26 mai 2005

Tamassint : Proche de 30 km d’Alhuceima dans la région du RIF.

Tamassint est un village d’environ 15000 habitants entouré de douars dispersés dans les montagnes (Zaouiat Sidi Issa, Aghlide, Idadouchen, Aït Aziz, Aït El Cadi,...) Les seules ressources de la région sont une agriculture de subsistance sur des petites parcelles partagées par les familles et quelques amendiers. La région souffre de sécheresse.

Les infrastructures insuffisantes : route, hopital, ...

Tamassint est le village de Haddou Akchich, combattant de l’armée de Libération de l¹Afrique du Nord sous la direction de Mohamed Abdelkrim Khatabi.Refusant les accords d’Aix Les Bains signés en 1956 considérés par les combattants comme une indépendance formelle au Maroc. Haddou Akchich et ses compagnons poursuivent la lutte pour la réalisation de l’indépendance de toute l’Afrique du Nord. Tamassint sera un haut lieu de résistance pour poursuivre cette lutte . En 1957, le village sera encerclé par l’armée , la population massacrée. Haddou Akchich a été enlevé en 1957 et porté disparu. Cette région a été marquée par les évènements de 1957-58 du Rif, l’armée est intervenue et a fait plusieurs morts , enlèvements et arrestations, terreur et violence sont encore vivaces dans la mémoire des habitants..

Après le tremblement de terre qui a secoué la région du Rif le 24 février 2004, Tamassint et les villages environants ont été particulièrement sinistrés. Le manque d’infrastrucure, route, eau, électricité, font de cette région une enclave difficile d’accès. Les populations n’ont pas bénéficié de l’aide d’urgence difficiles à acheminer.

Les jeunes de la région, pour beaucoup des chômeurs, se sont organisés en association pour demander de l’aide et la reconstruction par l’Etat de logements décents. Ils ont refusé l’aide accordé de 30000 dirhams jugeant cette somme insuffisante pour la reconstruction. Ils ont également demandé de recencer l’ensemble des sinistrés.

Tout au long de cette année, ils ont organisé des sit-in durant le souk hebdomadaire,pour réclamer leurs droits. L’association est interdite et les sit-ing constament sous haute surveillance policière. Après une marche de protestation jusqu’à Ajdir le 14 avril 2005, le coordinateur de l’association et 2 autres personnes , accusés d’insultes à fonctionnaires et élus , de pousser la population à l’émeute et rebellion,...seront arrétés. à Tamassint

Leur procès sera jugé le 26 mai à Nador.

Contre ce jugement inique, la population organise une marche de protestation le 19 mai vers Al Hoceima. Dès le jeudi 19 mai, à partir de 7 h le matin, les populations de Tamassint et des village environants se rassemblent avec femmes et enfants pour une marche juqu’à la ville d’El Hoceima.

Un impressionant déploiment des forces de l¹ordre les empêchent de poursuivre leur marche. La population décide de faire le siège toute la nuit s¹il le faut. Vers 16h, les gens se cotisent et envoie chercher de l¹eau, du pain du lait pour poursuivre leur sit-in. Les forces de l¹ordre les en empêchent. Aux insultes et provocations des gendarmes, les habitants répondent. La tension monte. Les forces de l¹odre tirent à balle en blanc, les habitants répondent par jet de pierre. De nombreux blessés de part et d¹autre, des voitures et camionettes des corps mobiles sont endommagées. La gendarmerie utilise des bombes lacrimogène par hélicoptère. Deux membres de l¹Association des Droits de l¹Homme d¹El Hoceima(Omar Lamalem et Saïd Aachir) sont gravement tabassés , embarqués dans des voitures de gendarmerie puis jetés dans la nature.

Ils ont pu confirmé avoir vu une trentaine de blessés et autant d¹arrestations parmi les manifestants.Ils ont également entendu les gendarmes insulter les rifins et leur histoire. Jusqu¹à 22h, les rumeurs s¹intensifient, la route est coupée, personne ne peut approcher de Tamassint. Les seules communications se font par téléphones portables . La population est totalement isolée, aucun journaliste, ni médecin sur place. Les gendarmes poursuivent les populations qui ont été se réfugier dans les montagnes.

Fouilles des maisons et poursuite des membres de l¹association recherchés. Vendredi 20 mai : les forces de l¹ordre renforcent l¹encerclement de larégion , la population reste sans ravitaillement et isolée.Le transportsjusqu¹à Tamassint est coupé , les écoles, les commerces, cafés sont fermés . Un sit-in en solidarité avec la population de Tamassint est organisé par l¹AMDH à Al Hoceima, malgrè un important déploiment des forces de l¹ordre..

Samedi 21 mai : Tamassint est toujours encerclée.

L¹AMDH appelle à un autre sit in à Al Hoceima. Omar Lamalem et Saïd Aachir, qui vient de sortir de l¹hopital, expliquent devant une foule nombreuse et en colère ce qu¹ils ont vu et subi. Ils accusent les force de l¹ordre de graves violations des droits de l¹homme : bastonnades dans les voitures... Par ailleurs, le Wali d¹Al Hoceima fait pression sur les élus pour leur faire signer une pétition se désolidarisant des populations et soutenant les élus de Tamassint .

Dimanche 22 mai : les force de l¹ordre évacuent les montagnes, mais restent à Tamassint..

Le bilan de ces journées selon l’AMDH d¹El Hoceima reste incertain : Le nombre de blessés est inconnu, parmi les 35 arrestations, 9 personnes sont toujours détenus . Les associations démocratiques soutiennent les revendications des habitants de Tamassint pour :
- le droit à la reconstruction par l¹Etat pour un logement décent
- le recencement de tous les logements sinistrés n¹ayant pas bénéficier de l’aide de l¹Etat
- la libération de tous les détenus
- l¹arrêt des poursuites judiciaires contre les manifestants du 19 mai 2005.