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Les origines de la Fête internationale des travailleurs et travailleuses

jeudi 1er mai 2008, par Pierre Klepock

« Un jour viendra où notre silence sera plus puissant que nos voix qu’on a étranglées. » August Spies
Article tiré d’UNITÉ OUVRIÈRE, journal pour un syndicalisme de combat et pour le socialisme, no 3, mars-avril 2007.

Histoire du 1er Mai
Les origines de la Fête internationale des travailleurs et travailleuses
Contribution du journal Unité ouvrière
lundi 30 avril 2007, par Pierre Klépock

« Un jour viendra où notre silence sera plus puissant que nos voix qu’on a étranglées. » August Spies

Le 1er mai 1886, lancée par la Federation of Organized Trades and Labor Union of the United States and Canada, suivie par les Sections locales des Knights of Labor, une puissante vague de grèves mobilise des centaines de milliers de grévistes à travers toute l’Amérique du Nord, pour obtenir la journée de 8 heures de travail. Aux USA, il y a 5000 grèves avec environ 350 000 grévistes. Le foyer principal de cette lutte de classe se trouve à Chicago.

Le 3 Mai, 7000 ouvriers manifestent à Chicago devant l’usine de machines agricoles McCormick, où les 1200 salariés sont alors en grève. Les patrons, par pure provocation, font sortir les « scabs ». Les grévistes et les manifestants, lancent des pierres et s’en prennent aux briseurs de grève. C’est le signal pour écraser les forces ouvrières : la Garde Nationale, la police municipale et les agents Pinkerton tirent à coup de révolvers sur la foule. On relève 6 morts et une cinquantaine de blessés.

L’indignation populaire est grande. Le lendemain, une réunion de protestation est organisée au Haymarket Square. Plus de 15 000 personnes s’y rendent. Un agent provocateur lance une bombe dans les rangs des policiers, faisant 8 morts et une soixantaine de blessés. La police ouvre aussitôt un feu nourri. Plusieurs dizaines de personnes sont mortellement atteintes et des centaines d’autres sont blessées.

Les organisateurs de la manifestation, 8 militants anarchistes, sont arrêtés, mis sous les verrous et condamnés à mort par la justice des patrons, sans que soit fournie la moindre preuve de leur participation à l’attentat. Pour trois d’entre eux, la peine fut commuée au dernier moment en travaux forcés à perpétuité. Pris de désespoir, un quatrième se suicida dans sa cellule. Une campagne internationale de protestation suivit le massacre de Haymarket et la lutte pour les 8 heures continua.

En 1888, l’American Federation of Labor (AFL), qui avait repris le flambeau de la "Federated Trades" décide à son Congrès de St-Louis, de renouer la lutte pour la journée de 8 heures. L’AFL préconise un mouvement de grèves générales par " Vagues d’assaut ". La mise en application de cette tactique est prévue pour le 1 er Mai 1890. Le Conseil exécutif de l’AFL choisit les syndicats de métiers les mieux préparés à obtenir les 8 heures et concentre l’action sur eux. Dès le début avril 1890, plusieurs milliers d’ouvriers du bâtiment arrêtent le travail et obtiennent les 8 heures. D’autres unions de métiers suivront.

Le sang versé par les martyrs de Chicago ne le fut pas en vain. Leur sacrifice contribuera à faire croître la revendication des 8 heures, à fertiliser les luttes ouvrières pour l’imposer au capitalisme dans tous les pays, en élevant partout la conscience de classe. 1/ ouvrit surtout la voie à l’avènement d’un 1 er Mai universel, tel qu’al/ait le lancer trois ans plus tard, à Paris, l’Internationale socialiste (mieux connu sous le nom de : Deuxième internationale).

La résolution de l’Internationale socialiste sur le Premier mai
Le congrès de fondation de IIe Internationale s’ouvrit le 14 juillet 1889 à Paris. Y participèrent les délégués de 20 pays, qui prirent la décision de célébrer le 1er mai de chaque année sous le mot d’ordre de la journée de travail de 8 heures.

Le texte de la résolution adoptée à l’unanimité par le Congrès de l’Internationale socialiste, a valeur d’acte de naissance du 1er Mai, Fête internationale des travailleurs et travailleuses :

Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail, et d’appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris.

Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er Mai 1890 par l’American Federation of Labor (AFL), dans son congrès de décembre 1888 tenu à St-Louîs, cette date est adoptée pour la manifestation internationale.

Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation spéciale de leur pays.

La résolution complémentaire suivante fut adoptée :
Sous le titre de la journée de 8 heures, il sera publié, avec le concours des partis socialistes représentés au congrès de Paris, un organe hebdomadaire destiné à centraliser les renseignements sur le mouvement international en vue de la réduction légale de la journée de travail. Recommandation est faite à tous les délégués de faire une démonstration dans tous les centres ouvriers d’Europe et d’Amérique en faveur de la fixation de la journée à 8 heures de travail.


Les Martyrs de Chicago : CONDAMNÉS À MORT POUR AVOIR USÉ DE LA LIBERTÉ DE PAROLE

Le 11 novembre 1887, les leaders de la manifestation de Haymarket Square en Mai 1886, A. Parsons, A. Spies, L. Fischer et J. Engel furent pendus dans la cour de la prison de Chicago. S. Fielden, M. Schwab et O. Neebe virent leur peine commuée en prison à vie. L. Lingg mourut en prison. L’enterrement des suppliciés se mua en véritable manifestation de solidarité des ouvriers : 25 000 personnes rendirent leur dernier devoir à leurs frères de classe et de lutte. Pendant de nombreuses années encore, les forces ouvrières et progressistes cherchèrent à réviser l’affaire. Le 26 juillet 1893, le gouverneur nouvellement élu de l’Illinois, John Peter Altgeld, gracia Fielden, Schwab et Neebe qui se trouvaient toujours en prison. En publiant la loi portant la grâce, Altgeld souligna que ces hommes, comme leurs camarades de combat, étaient innocents et que leur condamnation avait été la conséquence d’une ambiance hystérique et d’une violation flagrante d’une procédure judiciaire normale. Au cours de la même année, les forces ouvrières de Chicago érigèrent un monument sur la tombe des héros de Haymarket. Cet acte honteux de la classe dominante ne poursuivait qu’un seul but : museler la protestation ouvrière, intimider pour longtemps les ouvriers qui ne s’était pas encore engagés dans la voie d’une lutte consciente. Cette justice sommaire dont furent victimes ces hommes de Chicago entra dans l’Histoire comme “ l’Affaire de Haymarket “, et les condamnés comme “ les Martyrs de Chicago “.

Article tiré d’UNITÉ OUVRIÈRE, journal pour un syndicalisme de combat et pour le socialisme, no 3, mars-avril 2007.