La Gauche

Accueil > Politique québécoise > Débats politiques > Les souverainistes doivent quitter le PQ s’ils veulent revenir actif pour la (...)

Les souverainistes doivent quitter le PQ s’ils veulent revenir actif pour la lutte indépendantiste !

Robert Tremblay

dimanche 30 janvier 2005

Le Parti Québécois est-il indépendantiste ? A sa naissance, le PQ s’est défini comme le défenseur de la souveraineté-association. Cette association devrait être le fruit d’une négociation d’égal à égal avec le gouvernement fédéral ? L’histoire de la première décennie du PQ a été celle du caractère obligatoire ou aléatoire du trait d’union entre la souveraineté et l’association. Dès 1978, René Lévesque, à l’Assemblée nationale, affirmait le caractère indissociable des deux perspectives : pas de souveraineté sans association. Le premier référendum devait ainsi porter sur une nouvelle entente avec le Canada dont l’acceptation ou le rejet serait le fait d’un second référendum. C’était la concrétisation de la stratégie de la multiplication des étapes. Le référendum de 1980 a été perdu. Et le PQ s’est alors lancé dans une processus de révision de la constitution et de mise en place d’un front commun des provinces pour défendre plus d’autonomie pour le Québec. La souveraineté ne devenait, dans le discours de René Lévesque, qu’une police d’assurance. Ce fut l’épisode du beau risque, celui de la tentative du renouvellement du fédéralisme canadien. Le PQ paya d’une crise majeure, démissions de ministres, chute du membership, mise sur pieds de formations indépendantistes concurrentes ce ralliement au fédéralisme décentralisé. Les attaques contre les intérêts des syndiquéEs du secteur public au début des années 80 devaient finir de créer les conditions de sa défaite électorale de 1985. Les efforts du PLQ de réformer le fédéralisme devaient, eux aussi, tourner court avec l’échec des accords du Lac Meech et le rejet par le Québec et le (Canada - pour des raisons diamétralement opposées) des accords de Charlottetown en 1992. Le PQ reprenait le pouvoir en 1994, sur une plate-forme néolibérale qu’il avait peaufinée dans l’opposition entre 1985 et 1994.

Le passage de Parizeau devait nourrir certains espoirs sur le terrain de la lutte nationale. Et, encore une fois, la question nationale, amena des indépendantistes, dans les mouvements sociaux à baisser la garde et à accepter de croire que la solution du problème national passait par la victoire du PQ. Ce ralliement des élites des classes subalternes a permis au PQ de se reconstruire une base suffisante pour reprendre le pouvoir. Parizeau amena le PQ à tenir un référendum sur la souveraineté-parternariat et étendait l’alliance pseudo-souverainiste à l’Action démocratique du Québec de Mario Dumont. Cette campagne séparait question sociale et question nationale si ce n’est dans certaines déclarations sur la nécesssité de bloquer le vent de droite qui soufflait sur l’Amérique du Nord. Mais c’est d’abord l’ ombre de ce lien possible qui a conduit les forces indépendantistes au seuil d’une victoire référendaire. Cette victoire référendaire n’aurait pas signifié, en soi, l’accès à l’indépendance, car la bourgeoisie canadienne n’avait nullement l’intention de respecter les aspirations des citoyennes et citoyens du Québec. Mais un Oui majoitaire aurait introduit une crise majeure au sein de l’État canadien. Les lois du Québec ne furent pas respectées par le gouvernement fédéral et il se hâta de mettre les points sur les i par la loi sur la Clarté qui affirmait son pouvoir de décider du caractère recevable ou de la question référendaire et donnait à Ottawa le droit de fixer arbitrairement du seuil de votes à obtenir par les indépendantistes pour que le gouvernement fédéral daigne prendre en compte ces votes. Mais le fédéral avec son argent et ses promesses manipulatrices a encore une fois gagné la mise.

L’arrivée de Lucien Bouchard, après la démission de Parizeau, permettait de mettre sur la glace la perspective d’un référendum sur la souveraineté en attendant des conditions gagnantes. La création de ces conditions gagnantes passait, pour Lucien Bouchard, par la mise en œuvre de politiques néolibérales et par le pari de pouvoir obtenir le soutien les directions du mouvement syndical, du mouvement populaire et du mouvement féministe à cet objectif. Nombre des groupes, particulièrement féministes et populaires, refusèrent de se prêter à ce jeu. Les directions syndicales, ce sont elles prêtées au jeu. Ce soutien a pris la forme d’une lutte conjointe pour le déficit zéro qui devait déboucher sur des coupures majeures dans l’éducation et la santé et l’introduction d’une importante crise dans le secteur public dont ce dernier n’est pas encore sorti. Après un seul mandat, pour des raisons assez similaires, une attaque à fond de train contre les acquis syndicaux et populaires, le PQ perd de nouveau les élections et le PLQ reprend le pouvoir. Les directions des classes subalternes incapables de mobiliser ouvertement pour le PQ contre tenue des politiques anti-sociales du gouvernement péquiste, centrent leur discours sur la dénonciation de l’ADQ tout en refusant d’occuper, comme depuis 40 ans, le terrain électoral à partir de leurs propres bases.

Le PQ a perdu sa crédibilité sur le terrain social et sur le terrain de la lutte nationale ; Son cadre stratégique n’a pas bougé sur l’essentiel : il cherche à négocier une nouvelle entente avec l’impérialisme canadien qui ne veut rien savoir et fait preuve d’une totale intransigeance. Mais, s’il ose parfois parler de souveraineté, l’association est utilisé comme un yoyo, un jour comme thème en haut des priorités, le lendemain, elle disparaît du paysage, mais il reste que c’est toujours l’idée d’une nouvelle entente qui est au centre des projets de la direction péquiste . Les discours ambigus permettent de nourrir l’espérance d’un membership qui est malgré tout de plus en plus désorienté, par le blocage stratégique total de ce parti.

Ce blocage stratégique repose sur le fait que ce parti veut d’abord gagner son appui dans la classe d’affaires du Québec - on n’a qu’a voir le programme récemment publié par Bernard Landry sur l’avenir économique du Québec. Cette classe d’affairistes a rejeté jusqu’ici, dans sa vaste majorité, la souveraineté-association. Pourtant la direction péquiste est incapable de voir une autre indépendance que celle dirigée par une bourgeoisie québécoise qui s’y montre tout à fait réfractaire. En fait, à cause de cette orientation pro-impérialiste, libre-échangiste, bourgeoise, le PQ est incapable de créer les conditions politiques qui donneraient un nouveau souffle à la lutte indépendantiste : La définition d’une indépendance qui reprend en question la lutte pour une société égalitaire et radicalement démocratique où le peuple du Québec serait asspelée à esquisser la société qu’il désire dans une démarche d’assemblée constituante élue au suffrage universel. C’est là une stratégie alternative que le PQ a toujours refusé. Cette démarche mise de l’avant par l’UFP pose la nécessité de la construction d’un nouveau parti, un réel parti de gauche, démocratique, refusant toute collaboration avec les élites économiques de cette société qui sont majoritairement ralliés aux projets impérialistes de la mise en place de la ZLÉA à l’intégration dans les alliances militaires impérialistes.

Les souverainistes qui restent au PQ sont des forces immobilisées, soumises à une stratégie perdante, par un parti qui se refuse et s’est toujours refusé de lier étroitement la lutte pour l’indépendance à la lutte pour un projet de société réellement égalitaire, féministe et écologiste. Il ne peut le faire, car son projet est celui d’une nouvelle entente avec l’impérialisme canadien créant pour la bourgeoisie québécoise de meilleures conditions d’accumulation. Le PQ mise sur une classe qui non seulement s’est avérée incapable de rompre avec l’impérialisme mais qui ne manifeste aucune vélléité à cet égard.

La perspective de la construction d’un grand parti de gauche passera par la rupture des indépendantistes d’avec la PQ, par la rupture avec une stratégie perdante qui a conduit la lutte pour l’indépendance du Québec dans le cul-de-sac actuel.