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Message au deuxième congrès du Parti révolutionnaire des travailleurs-Mindanao (RPM-M)

mardi 21 septembre 2010

Mindanao est une des trois zones principales de l’archipel des Philippines. La situation sociale y est marquée par la violence de l’appareil d’état et de diverses factions.

Face à cela, l’expérience des militantEs du Parti Révolutionnaire des Travailleurs - Mindanao (RPM-M) est particulièrement riche : Secours face aux catastrophes humanitaires, solidarités croisées intercommunautaires, mouvement unitaire antiguerre et luttes sociales, pourparlers de paix, attitude militaire défensive, front électoral, droits LGTB…

Le texte qui suit relate le congrès de ce parti que notre collectif, Gauche Socialiste, rencontre régulièrement puisque, eux et nous sommes affiliés au même réseau international ( la IV).

Nous restons vigilant et solidaire car le RPM-M reste confronté à la violence de l’état mais aussi à celle du groupe armé maoïste issus du parti communiste philippin.

Par ailleurs, nous inscrivons aussi cette solidarité dans le cadre des droits des immigrantEs philippinEs à vivre au Québec dans de justes conditions. Criss de Mondialisation…

Les exemples d’exploitations abominables pullulent . Les articles des journaux sont réguliers. 82% des personnes "profitant" du Programme des aides familiales résidantes d’Emploi et Immigration Canada sont des femmes des Philippines(2005). Une coalition s’est organisée pour les défendre. Une loi est en discussion à l’assemblée nationale du Québec (projet de loi 110) cet automne . Mais la loi ne s’appliquera qu’aux aides familiales qui oeuvrent 24 heures et plus par semaine dans des résidences privées, un plancher qui exclut un nombre encore très important de travailleurs. Un sur trois semble t-il.

Ici et là-bas, la lutte continue ! (La Gauche)


Tiré du site Europe Solidaire Sans Frontières
Roman
31 août 2010


Chers camarades,

Magandang hapon. [1]

Je suis particulièrement heureux d’être ici parmi vous et je souhaite vous adresser trois saluts en un :

En tant que membre de son bureau, le salut de la Quatrième Internationale, qui est fière de sa section Philippines.

De même, un salut de l’organisation dont je suis un militant en France, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) ! Je suis désolé de la confusion que l’acronyme français peut provoquer aux Philippines ! [2] De nombreux liens ont déjà été tissés entre le RPM-M et le NPA, spécialement parmi la jeunesse.

Je veux enfin, ajouter un salut plus personnel à ces deux saluts officiels, car les Philippines font partie de ma propre histoire politique.

Je suis venu pour la première fois aux Philippines en 1977, ce qui fait déjà un certain temps ! Je suis venu à Mindanao (Davao) l’année suivante. Je voyageait alors via les réseaux Nat-Dem [3] et j’ai pu également avoir des échanges avec une militante de la NPA (philippine). Mon grand pêché cette année là a été de ne rencontrer personne de ce qui allait devenir le CMR – la Région Centrale de Mindanao du PCP, le précurseur de l’actuel RPM-M. J’aurais, sans aucun doute, dû rester plus longtemps à Mindanao pour avoir une quelconque chance d’atteindre les camarades de la Région Centrale de Mindanao...

Au cours des nombreuses années qui ont suivi, je suis resté en relation avec plusieurs courants de la gauche philippine et j’ai développé des actions de solidarité avec la lutte du peuple philippin (une activité malheureusement désapprouvée par quelques éminences grises du PCP dont l’attitude sectaire n’a pas contribué à développer le mouvement de solidarité en Europe).

Ce n’est finalement qu’après les grandes scissions du début des années 1990 que je vous ai rencontrés. La Quatrième Internationale avait et conserve de bonnes relations politiques et solidaires avec plusieurs courants de la gauche philippine. Mais il s’est trouvé que le contact le plus récemment établi est celui qui est allé le plus loin et qui est devenu le contact le plus étroit quand vous avez décidé de rejoindre la Quatrième Internationale (est-ce cela que nous appelons la dialectique ?). N’hésitons pas à dire que votre décision nous a enchantés, et je vais vous expliquer pourquoi.

La gauche philippine et notamment vous, m’a/nous a appris beaucoup – parce que vous êtes une organisation de Mindanao et que Mindanao est une région ou les problèmes prennent une forme particulièrement intense – ce qui constitue un arrière plan à la fois réellement dangereux et très riche pour les activités et la pensée révolutionnaires [4]. Également parce que vous avez entrepris un travail en profondeur de réévaluation programmatique et politique depuis l’époque du PCP et parce que vous avez ouvert le parti à de nouvelles générations de cadres comme le démontrent la composition et les débats de ce congrès.

Comme de nombreux militants de ma génération partout dans le monde, vous avez dû reconsidérer l’articulation entre différentes formes et terrains de lutte en fonction de l’époque, de la période et des changements de situation. J’apprécie la voie non sectaire et inventive que vous avez suivie. Je voudrais particulièrement souligner la valeur de votre expérience à multiples facettes tant pour sa portée internationale que pour la Quatrième Internationale.

En raison de votre histoire et de vos racines au cœur de Mindanao, vous avez toujours été directement confronté à la question des relations entre les « trois peuples » de l’île (Tripeople) : la nationalité majoritaire, les Moros et les Lumads [5], avec un objectif constant : construire des solidarités croisées afin de permettre aux populations de ces trois communautés de vivre en paix et de lutter pour des buts communs. Cette expérience est particulièrement précieuse aujourd’hui, face à la mondialisation dans laquelle les pouvoirs en place appliquent le principe de « diviser pour régner » pour imposer leur loi avec encore plus de détermination que par le passé. À l’avenir, notre succès ou notre échec dépendront dans une large mesure de notre capacité à opposer des solidarités croisées à la politique des puissances capitalistes et impérialistes.

La politique de division pour conforter les pouvoirs en place ne se contente pas de tenter d’opposer une nationalité majoritaire aux minorités. Elle cherche également à dresser les minorités opprimées les unes contres les autres. Vous disposez, dans la Région Centrale de Mindanao, d’une expérience concrète de confrontation à ce problème, parce que, tout en défendant vigoureusement le droit à l’autodétermination des Moros, vous reconnaissez également les droits des Lumads sur leurs territoires ancestraux situés à l’intérieur des frontières de Bangsa Moro [6]. Vous défendez le droit à l’autodétermination des deux, alors qu’une grande partie de la gauche philippine ne s’intéresse qu’à celui des Moros et néglige les Lumads. C’est une de vos qualités et c’est également une des raisons pour lesquelles votre expérience est si importante pour nous.

Avec la crise écologique mondiale, la lutte des peuples indigènes prend une signification internationale de première importance. Nombre d’entre eux sont des peuples de la forêt et la forêt est une composante vitale mais menacée du bien commun de l’humanité. Ici encore, votre expérience nous apprend beaucoup, par exemple la manière dont vous avez rompu avec les vieilles politiques « dirigistes » du PCP-NPA envers ces communautés. Le droit à l’auto-organisation et à l’autodétermination politique des communautés lumades doit être respecté et mis en œuvre dès maintenant et non reporté à un lointain futur, après la victoire de la révolution.

Dans une époque de mondialisation militaire, de guerre impérialistes « préventives » et de « guerre permanente » léguée par Bush, la lutte pour la construction de mouvements anti-guerre, est devenue une tâche internationale déterminante pour les progressistes. Depuis longtemps vous êtes profondément engagés dans de telles activités à Mindanao – une terre de guerres ! –, avec d’autres groupes, et vous êtes probablement l’une des sections de la Quatrième Internationale disposant de l’expérience la plus riche dans ce domaine. De plus, en engageant des pourparlers de paix avec le gouvernement, le RPMM/RPA [7] a élaboré de nouveaux concepts et de nouvelles pratiques : les communautés locales et les mouvements populaires concernés doivent être des acteurs directs du processus de paix et non de simples spectateurs voire des otages de négociations réservées aux seules groupes armés et forces gouvernementales.

En raison de la crise écologique mondiale, les catastrophes humanitaires deviennent de plus en plus fréquentes et géographiquement de plus en plus étendues. Par malchance, Mindanao est un territoire connu pour ses catastrophes humanitaires provoquées par les désastres naturels, l’incompétence des gouvernants, la corruption des classes dominantes et les guerres. Depuis de nombreuses années, les membres de RPM-M font face à de telles calamités en mobilisant les réseaux sociaux et les organisations populaires pour venir en aide aux personnes chassées de leurs foyers (les IDP ou Internal Displaced People) et pour préserver leurs droits au moment des reconstructions économiques. En ce domaine également, nous avons beaucoup à apprendre, au sein de la Quatrième Internationale et pour les autres mouvements progressistes.

Je regrette que vous n’écriviez pas ou si peu sur ces sujets dans le but de transmettre les enseignements de votre expérience et de vos réflexions. En cette matière, vous êtes de tradition orale, hindi ba ? [8] Voici qui n’aide pas à la collectivisation internationale des expériences et des élaborations Au-delà des principes généraux, il nous faut en effet réfléchir sur les expériences concrètes : quel était notre but, comme avons nous agi, qu’est-ce qui a marché ?, qu’est-ce qui n’a pas marché et pourquoi, quelles leçons tirer de chacune de ces expériences pour nouer des solidarités, construire la paix, faire face aux désastres…

Un mot de plus au sujet de la lutte armée. Contrairement aux points précédents, ce type de lutte ne peut pas s’appliquer partout : nous n’allons pas installer un camp Usman dans le Massif Central français et nous n’allons pas vous demander de nous envoyer une Brigade Internationale ! Mais ceci ne signifie pas que la profonde réflexion que vous avez engagée sur le rôle changeant de la lutte armée dans le contexte spécifique des Philippines ne présente pas d’intérêt à l’étranger. Nous devons donner une nouvelle impulsion à notre réflexion sur la stratégie. Cela ne peut se faire que par la comparaison entre diverses stratégies et entre diverses réponses concrètes aux diverses situations. Nous apprenons évidemment beaucoup des mouvements qui n’appartiennent pas à la Quatrième Internationale. Mais contrairement au passé, dans la Quatrième Internationale aujourd’hui, vous avez le rôle unique pour apporter ce type d’expérience à notre élaboration politique collective.

Parlant des forces armées, je saisis l’opportunité de remercier les unités de la RPA pour le travail considérable effectué pour permettre au camp Usman de recevoir les délégués au congrès du RPM-M et pour assurer notre sécurité. Nous sommes très reconnaissants de cet effort. Maraming salamat. [9]

Nous savons que vous vivez à Mindanao sous le coup de menaces permanentes, entourés de maints groupes armés hostiles : armée et police, comités de vigilance et milices d’extrême droite CAFGU [10], hommes de main et armées privées des Seigneurs de la guerre, bandits, kidnappeurs… en veux-tu, en voilà ! La très triste réalité est qu’aujourd’hui, l’une des principales menaces vient d’anciens camarades, du PCP-NPA qui s’est engagé dans une voie sectaire mortelle après la crise des années 1990. Nous avons activement contribué avec un certain succès, au lancement d’une campagne de solidarité internationale contre sa politique d’assassinats et de menaces de mort. Mais la pression doit être maintenue et une solidarité plus importante doit se manifester alors qu’il vous faut affronter tant d’ennemis.

Nous apprécions beaucoup les leçons que vous avez tirées de l’époque du PCP sur l’importance de la démocratie (notre démocratie, la démocratie populaire) dans la lutte révolutionnaire, ainsi que sur l’importance donnée à la question des genres et aux droits des femmes, votre ouverture à la question LGTB, la place donnée aux jeunes générations et le rôle croissant que vous jouez dans la Quatrième Internationale (qui s’est clairement manifesté lors du dernier congrès mondial).

À l’époque de la mondialisation impérialiste, de la crise écologique mondiale et de la crise du capitalisme, l’internationalisme est plus nécessaire que jamais. La naissance du mouvement altermondialiste partout dans le monde est le signe de sa renaissance. Les organisations de la Quatrième Internationale sont profondément engagées dans ce vaste processus aux multiples facettes. Il est de notre responsabilité commune de contribuer activement à cette nouvelle vague d’internationalisme, de l’enraciner profondément dans les luttes des mouvements populaires.

L’Asie est une des parties du monde ou s’ouvrent actuellement de nombreuses possibilités d’extension des liens entre les forces de la gauche radicale et de la gauche révolutionnaire, dans un esprit ouvert et non sectaire. En collaboration avec d’autres organisations, comme au Pakistan, vous jouez un rôle croissant dans le tissage de tels liens. Il est essentiel de consolider les réseaux progressistes et révolutionnaires dans la région Asie-Pacifique. Dans la Quatrième Internationale, nous sommes parfaitement conscients de l’importance de cette tâche et nous savons à quel point vous assumez vos responsabilités dans ce domaine.

Merci pour ce que vous avez réalisé et merci pour ce que vous allez réaliser.

Mabuhay ang internasionalismo ! [11]

Roman
Camp Usman, Mindanao, août 2010


Notes

[1] Bonne après-midi.

[2] Aux Philippines, le sigle NPA est celui de la New People’s Army (Nouvelle Armée du Peuple), du Parti communiste des Philippines. Or, après la crise qui a secoué le PCP au début des années 1990, la NPA a été utilisée pour assassiner ou menacer de mort des cadres des autres organisations de la gauche philippines, y compris du RPM-M.

[3] Le mouvement « National Democratic » (Nat Dem) englobait l’ensemble des organisations participant au combat contre la dictature Marcos ossature par le PCP (maoïste).

[4] Mindanao est la grande île du sud des Philippines et la région la plus militarisée du pays.

[5] La « nationalité majoritaire » est constituée des descendants des colons chrétiens venus dans le cadre d’un processus de colonisation « interne » : au cours du XXe siècle, le gouvernement philippins a poussé des habitants du nord ou du sud de l’archipel (souvent des paysans) à migrer et à s’installer à Mindanao. Les Moros sont les populations musulmanes qui, historiquement, ont été converties à l’islam dès avant la colonisation espagnole (et chrétienne) du XVIe siècle. Les Lumads sont les tribus montagnardes de Mindanao qui n’ont pas été islamisées. Le processus de colonisation « interne » et l’arrivée de grandes entreprises (transnationales ou philippines) ont créé de nombreux conflits économiques, sociaux et territoriaux (autorité sur les « domaines ancestraux » moros ou lumads par exemple) qui peuvent prendre la forme de conflits communautaires.

[6] Bangsa Moro : le pays moro.

[7] Le Parti révolutionnaire des travailleurs (Mindanao) (RPM-M), originellement issu du PCP, est toujours une organisation clandestine doté d’une force armée, l’Armée révolutionnaire du peuple (RPA). Ce parti a engagé des négociations de paix avec le gouvernement.

[8] N’est-ce pas ?

[9] Merci beaucoup.

[10] Milices civiles mises en place par l’armée et lui servant d’auxiliaires.

[11] Vive l’internationalisme !

* Traduit de l’anglais par AD.