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Moldavie

mercredi 22 avril 2009

La révolte des jeunes Moldaves, qui ont manifesté avec violence après le résultat des élections, est avant tout l’expression d’un désespoir face au chômage.


Tiré du site du NPA


Les 10000 manifestants moldaves, essentiellement des jeunes, qui ont attaqué et mis à sac les bâtiments du Parlement et du gouvernement de Chisinau, capitale de la Moldavie, les 7-10 avril, l’ont fait pour protester contre le résultat, truqué selon eux, des élections législatives du 6 avril. Le Parti communiste moldave, héritier de l’ancien parti stalinien, aurait obtenu 50 % des voix et 61 des sièges sur 101, soit tout juste les 4/5e exigés pour que le parlement désigne quelqu’un de ce parti comme nouveau président du pays. Les trois principaux partis d’opposition (partis néolibéraux, partisans de l’UE et de l’Otan) auraient obtenu 35% des voix et sont accusés par le pouvoir de fomenter un coup d’Etat pro-roumain.

Le parti communiste, dont le président Vladimir Voronine - général du KGB et ministre de l’Intérieur jusqu’à l’effondrement de l’URSS en 1991 - gouverne le pays d’une main de fer. Il est lui aussi pour le rapprochement avec l’Otan et l’UE, tout en ménageant Poutine, son ancien allié. C’est visiblement pour protéger le parti de Voronine que les élections ont été déclarées « conformes aux standards européens » par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), de l’UE et des Etats-Unis. Avec quand même « quelques irrégularités » comme le manque d’accès à la radio et à la télévision pour les partis d’opposition, les liens du pouvoir avec la mafia et la corruption (la Moldavie est classée à la 102e place sur les 133 pays étudiés par Transparency International). Ajoutons aussi que ce parti, mal nommé « communiste », a envoyé à plusieurs reprises des unités de l’armée moldave en Irak.

Ce pays, qui s’est prononcé en 1994 à 94,4 % pour l’indépendance, est un terrain d’affrontements des intérêts économiques et militaires des grandes puissances. La Russie de Poutine soutient vigoureusement Voronine dans ses accusations contre la Roumanie, membre depuis peu de l’UE. La Russie occupe militairement la Transnistrie, une enclave industrielle limitrophe de l’Ukraine, à majorité russophone, qui fit sécession en 1991. L’UE et l’Otan cherchent à pousser leur avantage, en se servant de la Roumanie et des liens historiques très forts entre Roumains et Moldaves (78% des Moldaves parlent le roumain, appelé ici le moldave, à l’exception des minorités ukrainiennes, russes et gadauz). Economiquement, la Moldavie est totalement dépendante du gaz et du pétrole russes ainsi que de l’aide économique, tout aussi désintéressée, du FMI et l’UE.

Mais, la principale raison de cette révolte semble tenir à la situation sociale explosive du pays. La Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe, avec un revenu par habitant dix fois plus bas que la moyenne européenne. Depuis une dizaine d’années, ce pays de 4,3 millions d’habitants s’est littéralement vidé de sa population active. Plus d’un quart des actifs sont partis travailler en Roumanie, dans les autres pays de l’UE et en Russie, le plus souvent illégalement, alimentant ainsi l’armée des millions des sans-papiers d’Europe.

Ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par la misère, le chômage et l’absence de tout espoir de vie digne. Une génération sacrifiée. En s’attaquant aux symboles du pouvoir, responsable de cette débâcle sociale, ils scandaient « liberté, liberté, nous voulons être dans l’Europe », « de nouvelles élections ». La spontanéité et la violence de cette explosion ont totalement pris au dépourvu le pouvoir comme l’opposition. Des « fascistes », des « agents roumains » toute cette jeunesse, comme le clament Voronine et Poutine ? Des « provocateurs de Moscou », comme on suggère dans l’opposition néolibérale et à Bruxelles ? Certains observateurs font le parallèle avec la révolte de la jeunesse grecque - toutes proportions gardées et sans oublier le fait, essentiel, que les jeunes Moldaves ne semblent pas encore disposer d’organisations comme en Grèce. C’est pourquoi, il est important d’aider à tisser des liens politiques entre cette jeunesse et la jeunesse anticapitaliste européenne. Pour une autre Europe.