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« Nous devons approfondir l’insurrection populaire et l’organisation du peuple sans sous-estimer notre ennemi »

vendredi 9 octobre 2009

Entretien avec Bertha Cácares qui dirige le Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH) et est membre de la direction collective du Front national contre le coup d’État.


Tiré d’ Inprecor N° 553-554, 2009-09-10


En moins de 24 heures on est passé de l’euphorie suscitée par le retour du président Zelaya à la répression violente de l’armée et de la police. Quelle est ton opinion sur ce qui s’est passé hier, le 22 septembre ?

Bertha Cácares : Nous condamnons cette nouvelle violation des droits humains du peuple hondurien. Beaucoup de camarades ont été illégalement arrêtés, accusés de sédition et emprisonnés dans des centres illégaux de détention. C’est une preuve de plus de ce dont ces fascistes et leur structure économico-militaire sont capables. Ils ont démontré leur ferme intention de se maintenir au pouvoir dans le cadre d’une véritable dictature.

Dans les quartiers et dans les communautés périphériques de Tegucigalpa les gens résistent de manière énergique à la répression et aux tentatives d’assassinat perpétrées par le gouvernement de fait. Cette résistance s’approfondit chaque jour.

Le président Zelaya est enfin dans le pays comme les gens et le Front national contre le coup d’État l’avaient demandé. Toutefois le gouvernement de fait a démontré qu’il ne veut pas céder même un centimètre de son pouvoir et qu’il se moque même de la communauté internationale. Que va faire maintenant la résistance ?

Bertha Cácares : Nous devons être conscients que nous ne devons pas sous-estimer cet ennemi du peuple hondurien, parce qu’il est capable à tout moment de sortir ses griffes sans tenir compte des condamnations internationales. Nous devons générer de nouvelles stratégies sans perdre la force mobilisatrice qui nous a caractérisée au cours des 87 journées passées de lutte.

La résistance exige la restitution de sa charge au président et non seulement son retour. Il reste donc beaucoup à faire. Nous attendons également des réponses bien plus fermes de la communauté internationale, parce que jusqu’à présent son action a été très lente, ce qui a permis aux putschistes et à la dictature de s’installer au pouvoir et de retarder ainsi toute solution.

On parle de la possibilité d’une arrestation du président Zelaya et d’une action violente dans l’ambassade du Brésil. S’agirait-il d’une erreur du gouvernement de fait ou bien cela lui permettrait-il de se renforcer ?

Bertha Cácares : Ce serait une grande erreur car cela générerait plus de convulsions, approfondirait la crise et provoquerait une forte réaction populaire. Mais nous savons que ces gens sont capables de planifier un meurtre et c’est pour cela que nous avons dit que la vie du président et de ses compagnons est en danger. Ceci élèverait le niveau de l’insurrection populaire.

La résistance a qualifié ce régime de dictatorial bien que le gouvernement de fait essaye constamment de se présenter comme légitime et démocratique. A quoi en réalité doit faire face la population qui résiste ?

Bertha Cácares : C’est une dictature du XXIe siècle, qui tout en préservant des caractéristiques des dictatures des années 1970 et 1980 cherche une stratégie nouvelle pour tenter d’apparaître comme étant légitime et démocratique. Cependant personne ne peut douter qu’il s’agit d’une dictature, dont la structure économique, politique et militaire contrôle tous les pouvoirs de l’État avec le but de briser les processus émancipateurs de notre continent.

Ce qui doit nous préoccuper c’est le fait que nous avons affaire à une nouvelle tendance qui peut être répétée à tout moment dans n’importe quel pays du continent. C’est pour cela qu’il est essentiel d’y mettre fin.

Nous nous trouvons dans une période difficile. Quels sont les éléments nécessaires pour tenter de restaurer la démocratie et de reprendre la voie de l’émancipation du peuple hondurien ?

Bertha Cácares : Nous devons approfondir l’insurrection populaire et l’organisation du peuple sans sous-estimer notre ennemi. Faites pression sur la communauté internationale pour qu’elle réagisse plus activement et coupe les sources de financement qui continuent à approvisionner les putschistes.

Tegucigalpa, le 23 septembre 2009

► Cet entretien a été réalisé par Giorgio Trucchi pour la Régionale latino-américaine de l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie, de la restauration, du tabac et assimilés (Rel-UITA) et publié sur son site web www.rel-uita.org