La Gauche

Accueil > International > Asie > OSSÉTIE DU SUD : Le droit des peuples

OSSÉTIE DU SUD : Le droit des peuples

mercredi 10 septembre 2008

OSSÉTIE DU SUD : Le droit des peuples

Tiré de Rouge n° 2264, 04/09/2008


« V-Period » (« En avant » ) est une organisation militante russe se réclamant de l’anticapitalisme et de l’inter­natio­nalisme. « Rouge » reproduit ici des extraits de sa prise de position sur le conflit en Ossétie du Sud.

« Les gens ordinaires sont devenus les otages des intérêts de deux blocs impérialistes (dont l’un inclut les États-Unis). Parmi les victimes, le peuple d’Ossétie du Sud, dont le droit à l’autodétermination est devenu une monnaie d’échange dans ce conflit, et le peuple géorgien, dont la population a déjà souffert de l’intrusion des “pacificateurs” russes.

« On ne peut nier que le sentiment du peuple d’Ossétie du Sud est sans ambiguïté : la Russie a été considérée par la majorité des Ossètes comme un rempart contre les nettoyages ethniques et la violence du gouvernement géorgien. Cette position est assez naturelle pour une population pacifique ayant subi les coups de l’armée géorgienne. Ainsi, le rapport de force concret à l’échelle internationale – ainsi que la grande faiblesse du mouvement ouvrier international et géorgien – fait qu’aujourd’hui la population d’Ossétie n’a pas d’autres défenseurs que les armées de la Russie impérialiste […].

« Notre position n’a rien à voir avec celle des politiciens de la droite et de la prétendue gauche qui agitent le drapeau du combat pour les “intérêts nationaux de la Fédération de Russie”. Partisans d’une solidarité entière et inconditionnelle avec le peuple ossète, soutenant inconditionnellement le combat des Ossètes pour l’autodétermination, nous refusons toute solidarité avec l’impérialisme russe, ainsi que tout soutien à l’État de Poutine et Medvedev. Si nous avons un droit politique et moral à soutenir les Ossètes contre l’oppression qu’ils subissent de la part du régime nationaliste bourgeois présidé par Saakashvili, c’est parce que nous sommes prêts à soutenir n’importe quel peuple qui serait opprimé par l’impérialisme russe.

« Nous soutenons le droit de l’Ossétie du Sud à l’autodétermination, jusqu’à la séparation de la Géorgie et à la création d’un État indépendant ou à l’unification avec l’Ossétie du Nord, comme composante de la Fédération de Russie. Mais, en dépit de sa rhétorique “humanitaire” et “pacificatrice”, la classe dominante russe est devenue un obstacle majeur sur la voie d’une autodétermination réelle du peuple d’Ossétie du Sud. Aujourd’hui, le gouvernement russe joue la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Mais il ne la mettra jamais en pratique. L’intégration de l’Ossétie du Sud dans la Fédération de Russie entrerait en contradiction avec le principe “d’intégrité territoriale” affirmé par la Russie à propos de la Tchétchénie et, plus récemment, lors de la déclaration d’indépendance du Kosovo.

« Surtout, le choix indépendant par le peuple d’Ossétie du Sud de son propre destin créerait un dangereux précédent, en violant le système de “pouvoir vertical” et de soumission inconditionnelle des régions au centre. La réunification de l’Ossétie, comme composante de la Fédération de Russie, remettrait en cause les règles et les principes sur lesquels est basée la Fédération. Les habitants d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, qui ont massivement pris la citoyenneté russe au cours des derniers mois, restent des citoyens de second ordre. Les réfugiés d’Ossétie qui commencent à arriver dans les régions méridionales mènent une existence pitoyable, en but au racisme et à l’oppression.

« Concernant le statut de l’Ossétie du Sud, il faut aussi prendre en considération le point de vue des milliers de Géorgiens qui vivaient sur ce territoire et se sont aujourd’hui réfugiés en Géorgie. Nous appelons les peuples de Russie, d’Ossétie du Sud et de Géorgie, à demander des comptes aux politiciens et aux hommes d’affaires de ces pays – qui portent la responsabilité des massacres et des souffrances – et à combattre les politiques de leurs gouvernements qui ne peuvent que mener à de nouvelles guerres. » ■

Traduit par François Duval