Accueil > Notre dossier de l’heure > NON à la guerre de l’empire ! > Occupation sans limite

Irak

Occupation sans limite

dimanche 30 novembre 2003

C’est une nouvelle guerre qui ravage à présent l’Irak occupé. La restauration de la souveraineté irakienne passe par l’arrêt de l’entreprise coloniale conduite par les Etats-Unis.

Il n’y a guère que José Maria Aznar pour se féliciter aujourd’hui de la situation en Irak. Le 25 novembre, pour justifier la participation espagnole à l’invasion de ce pays, il a osé prétendre que "la vie en Irak est sans aucun doute meilleure que celle qui existait avant l’intervention". Des propos calqués sur ceux du commandant en chef de l’Empire, George W. Bush, qui se croyait récemment autorisé à dire que le monde était "plus sûr" depuis la chute des talibans et de Saddam Hussein.

Une vie meilleure ? Un monde plus sûr ? Incontestablement, l’odieuse tyrannie du Parti Baas a cessé. Mais les populations manquent de l’essentiel, à commencer par l’eau et l’électricité, les infrastructures du pays sont détruites, le chômage frappe massivement des millions de personnes et leurs familles. A l’unité maintenue par la poigne de fer du régime abattu a succédé une balkanisation opposant entre elles les communautés, les tribus, les clans, voire les familles.

De ce chaos, la coalition qui prétend s’imposer à l’Irak ne profite que très partiellement. Certes, elle a mis la main sur de fabuleuses réserves pétrolières et sur le mirifique marché de la reconstruction. Bien sûr, les réformes économiques qu’elle entend promouvoir permettront bientôt aux multinationales de Washington et de Londres de transformer cette contrée en un marché prometteur. Pour autant, le rejet des envahisseurs nourrit une résistance sans cesse plus audacieuse. Depuis le 1er mai dernier, près de 200 GI’s ont, par exemple, perdu la vie. Chaque jour voit s’allonger la liste des attentats, certains d’entre eux visant délibérément des civils et portant manifestement la marque de réseaux internationaux, eux-mêmes plus ou moins liés à des Etats de la région soucieux de dépecer - ou du moins d’affaiblir - un de leurs concurrents régionaux.
Bush et son allié britannique tentent de faire face en manoeuvrant. Ils ont tout d’abord annoncé leur intention de céder au plus vite le pouvoir au Conseil intérimaire de gouvernement, dont ils ont eux-mêmes amené les membres dans leur fourgon. L’accord qui vient d’être paraphé entre ledit conseil et la coalition américano-britannique ne prévoit toutefois pas de transférer les leviers de commande à une assemblée constituante avant fin 2005. Ce qui autorise le général Abizaid, superviseur des opérations militaires pour le Pentagone, à expliquer sans plus de précautions que "la présence militaire américaine en Irak ne sera plus nécessaire quand le gouvernement irakien assumera la responsabilité et la sécurité intérieure et extérieure". Autrement dit, quand la Maison Blanche le décidera...

Dans le même temps, l’autorité d’occupation tente de jouer sur les divisions ethniques et religieuses du pays. Après s’être prioritairement appuyée sur les communautés chiites majoritaires, elle s’efforce à présent d’atténuer la pression militaire de la résistance, en recherchant la collaboration de notables sunnites (cette composante de la société irakienne constituant la base arrière de l’opposition armée). Une tactique coloniale éprouvée voilà près d’un siècle, à l’occasion de la Première Guerre mondiale, lorsque les Britanniques avaient pour la première fois pris le contrôle du pays...

D’ores et déjà, l’échec de MM. Bush et Blair se mesurent à la déstabilisation qui se propage aux pays charnières de la région.
Le terrorisme aveugle qui a frappé récemment Riyad avait révélé la guerre de succession qui mine la monarchie saoudienne. A son tour, la double série d’attentats qui vient de secouer la Turquie, les 15 et 20 novembre, faisant plus de 50 morts et près d’un millier de blessés, souligne les retombées sanglantes inattendues de la guerre irakienne pour le pouvoir turc, ce serviteur de toujours des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Cette guerre inique doit cesser. Cela passe par le retrait immédiat et inconditionnel des forces étrangères d’Irak, condition sine qua non du rétablissement de la souveraineté des peuples concernés.

Christian Picquet

Rouge 2041 27/11/2003