La Gauche

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Olivier Besancenot, en direct du FSM de Nairobi

par Olivier Besancenot

mercredi 24 janvier 2007

23 janvier 2007
Le 7e Forum social mondial (FSM) s’est ouvert le 20 janvier à Nairobi au Kenya. Près de 10 000 personnes ont défilé contre la mondialisation libérale en partant de l’immense bidonville de Kibera qui abrite au moins 700.000 personnes, soit un tiers de la population de Nairobi, sans accès à l’eau courante et aux services de base. Parmi eux, un seul candidat à l’élection présidentielle française, Olivier Besancenot. Ils étaient pourtant nombreux à avoir fait le déplacement en 2002 à Porto Alegre.

C’est la première fois que le FSM, miroir pour les pauvres du sommet annuel des riches de Davos en Suisse, se tient en Afrique. Tout un symbole pour le continent le plus durement frappé par la pauvreté et les maladies. Les organisateurs soulignent aussi à juste titre que c’est l’occasion de mettre en lumière « l’Afrique et son histoire ininterrompue de lutte contre la domination étrangère, le colonialisme et le néocolonialisme ».


Du samedi 20 au mardi 23 : Forum social mondial à Nairobi au Kenya
Par Olivir Besancenot, mardi 23 janvier 2007 à 10:53

Le septième Forum social mondial est une étape importante dans la construction du mouvement altermondialiste. L’Afrique est un enjeu politique à la fois pour ce mouvement auquel nous participons depuis le début, et à la fois pour la LCR, en tant qu’organisation qui lutte en France contre son propre impérialisme, contre le pillage des pays africains orchestré par des multinationales bien françaises, contre la politique d’immigration des différents gouvernements qui se sont succédés à Matignon depuis plus de trente ans, et contre l’amplification des inégalités dans les rapports entre les pays du nord et les pays du sud. Voila pourquoi la LCR ne pouvait pas louper ce rendez-vous.

En fin d’après-midi, je pose donc pour la première fois un pied en Afrique et le périple de trois jours commence, court mais dense. C’est de l’enthousiasme que je trouve sur place, un enthousiasme bien précieux pour notre combat pour changer le monde, quand on sait que le militantisme c’est aussi des moments de solitude, où il s’agit d’aller à contre-courant de la pensée unique.

De l’enthousiasme d’abord, parce que l’internationalisme, qui permet de cotoyer et d’échanger avec des militants de dizaine de pays différents, reste un luxe appréciable. C’est un acquis majeur du mouvement altermondialiste et ça le reste. Je me souviens qu’au début des années 90, nous courrions après ce type de rendez-vous trop rare à l’époque, où le capitalisme se déployait universellement après la chute du mur de Berlin, en se présentant comme l’horizon ultime de l’histoire de l’humanité. Participer au FSM, ça reste l’occasion de crier haut et fort à toute la gauche et à tout le mouvement ouvrier que pour nous les solutions alternatives au capitalisme ne peuvent s’envisager qu’en dépassant les frontières et sûrement pas en recyclant les discours souverainistes, chauvins et nationalistes qui ont toujours été nauséabonds, y compris à gauche. C’est peut-être pour ça que j’ai croisé, à ce FSM, beaucoup moins de candidat à l’élection présidentielle française qu’en 2002 à Porto-Alegre. A l’époque le mouvement altermondialiste était à la mode. Aujourd’hui, il l’est un peut-être moins, et surtout, il est de bon ton en France de s’intégrer à l’air du temps franco-français, franchouillard, voir carrément xénophobe.

Enthousiasmant ensuite, parce que j’ai pu rencontrer de nombreuses délégations d’organisations africaines : Mali, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Maghreb... Je me souviens notamment d’une discussion avec un militant du Niger. Il m’a décrit minutieusement le monopole exercé par Areva, société française, sur l’extraction de l’uranium. Ce qui prouve, au passage, que les grands discours sur le thème : « le nucléaire, c’est l’indépendance énergétique » sont du grand pipeau, puisque la France dépend donc du Niger, par exemple pour obtenir la fabrication du nucléaire civil comme militaire. Sauf à penser que l’uranium du Niger, c’est à la France. C’est très exactement ce que pense Areva. Les dégâts sur l’environnement sont catastrophiques sans parler de la santé de population locale irradiée. Les maladies professionnelles ne sont là-bas pas reconnues et les hôpitaux à proximité des sites d’extraction sont administrés sous l’influence de la société nucléaire française. Comme ça la boucle est bouclée.

Je suis donc marqué, dans tous mes discussions avec les associations africaines, par l’importance de la question de la dette du tiers-monde et par l’omniprésence du dossier environnemental. L’Afrique sert actuellement de poubelle géante pour les pays riches et industrialisés comme les nôtres. De l’enthousiasme enfin parce que le souffle de la contestation des effets sociaux, démocratique, écologique, militaire de la mondialisation actuelle s’amplifie toujours. Ce souffle se structure dans des campagnes internationales concrètes sur l’annulation de la dette du tiers monde, la reconnaissance de l’eau et de l’énergie comme patrimoine public de l’humanité, défense des services publics, de la souveraineté alimentaire contre les OGM, la marche mondiale des femmes...

Le mouvement altermondialiste, ce n’est pas que des grands rassemblements, c’est d’abord l’activité quotidienne de millions d’anonymes contre le rouleau compresseur libéral qui n’épargne aucun peuple. Bien sur, il s’agit d’être vigilant sur l’évolution du mouvement alter mondialiste qui s’institutionnalise, qui se commercialise (le FSM non plus ne doit pas être une marchandise). C’est d’ailleurs pour ça que des actions ont été organisées pour faire rentrer et faire participer, sans payer le ticket d’entrée inaccessible pour les revenus moyens des kenyans. Mais tout ça ne gâchant rien, le plaisir et la motivation que j’ai ressenti et avec lequel je me suis « dopé ». Bilan du séjour : un gros coup de soleil et un petit film qui sera bientôt en ligne [sur le site d’Olivier...].


En bref, dans Rouge du 24 janvier 2007

Septième Forum Social Mondial à Nairobi au Kenya

L’ouverture du FSM a commencé par une manifestation dans les rues de Nairobi partant des quartiers populaires. Cette année, la présence d’organisations caritatives confessionnelles est très présente. Nombre d’associations souvent par le biais d’Organisations Non Gouvernementales catholiques ou protestantes jouent un rôle important dans ce forum, au détriment des organisations syndicales ou politiques.

Les forums se tiennent dans un stade et les droits d’entrée, prohibitifs pour les kenyans représentent une semaine de salaire. Plusieurs organisations sociales ont manifesté contre la "commercialisation" du FSM et pour l’ouverture des grilles du stade, parfois filtrées par la police. Ce qui a fait dire à l’une des portes paroles du mouvement social indépendant kenyan que "le FSM est le bienvenue au Kenya, mais les pauvres n’y sont pas les bienvenus"...

Il n’empêche que malgrès les critiques que nous pouvons faire sur l’évolution du FSM, celui ci représente un cadre riche et unique de discussion entre militants de mouvements sociaux du monde entier, et que peuvent s’y tisser des liens entre organisations syndicales. C’’est pour cette raison que nous nous y rendons chaque année. Plusieurs organisations de la Quatrième Internationale sont également présentes à ce forum, et nous avons pu organiser une discussion entre camarades d’Afrique du Sud, de Tunisie, du Japon, de Belgique, de Suisse, d’Inde, du Pakistan, du Congo, du Sri Lanka et de Taïwan.

Olivier Besancenot s’est rendu pendant trois jours au FSM de Nairobi. Cela a été l’occasion de rencontrer entre autre des militants d’Afrique francophone et d’envisager des campagnes communes contre l’impérialisme français dans ces pays. Aussi bien du point de vue de la présence militaire française que des entreprises qui participent au pillage quotidien du continent africain, comme au Niger ou le groupe AREVA a la main mise sur les mines d’uranium afin d’assurer l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises.

BESANCENOT Olivier
* Paru sur le blog de campagne d’Olivier Besancenot.
Mis en ligne le 23 janvier 2007
(TIRÉ DU SITE EUROPE SOLIDAIRE SANS FRONTIÈRES)